Trou­blant es af­faires à Ozoir-la-Fer­rière

Le maire (LR) de cette ville de Seine-et-Marne, Jean-François One­to, est pour­sui­vi dans un dos­sier de cor­rup­tion en lien avec un pro­mo­teur im­mo­bi­lier om­ni­pré­sent.

Le Parisien (Paris) - - FAITSAITS DIVERS -

DE­PUIS LE 19 JAN­VIER,

PAR TI­MO­THÉE BOUTRY (AVEC P.D.S.)

JeanFrançois One­to, le maire (LR) d’Ozoir-la-Fer­rière (Seine-etMarne), est mis en exa­men pour prise illé­gale d’in­té­rêts, cor­rup­tion pas­sive, re­cel d’abus de bien so­cial et dé­tour­ne­ment de fonds pu­blics. L’élu pris dans les fi­lets du scan­dale im­mo­bi­lier France Pierre fait mine de ne pas être trop af­fec­té. Quelques jours plus tard, alors qu’il ne de­vait sa li­ber­té qu’au paie­ment d’une cau­tion de 250 000 €, il se fai­sait ac­cla­mer par sa ma­jo­ri­té à la pré­sen­ta­tion des voeux. Il y a une di­zaine de jours en­core, il pré­si­dait sans sour­ciller le conseil mu­ni­ci­pal, même si une al­lu­sion à la « mo­rale po­li­tique » a fait bon­dir l’op­po­si­tion.

Les charges qui pèsent sur le pre­mier ma­gis­trat de la ville de­puis 2010, et qu’il nie, sont pour­tant lourdes. La jus­tice lui re­proche no­tam­ment d’avoir fa­vo­ri­sé le groupe im­mo­bi­lier dans sa com­mune et d’en avoir ti­ré des bé­né­fices. A com­men­cer par un vaste ter­rain en Corse.

Un virement pro­vi­den­tiel à l’ori­gine plus que sus­pecte, un pro­mo­teur de­vant le­quel tous

DE SOUSA M’AVAIT IN­DI­QUÉ QUE CE VIREMENT ÉTAIT DES­TI­NÉ À JEAN-FRANÇOIS ONE­TO, POUR ACHE­TER

CORSE” UNE MAI­SON EN ARMINDO DIAS, LE DI­REC­TEUR D’UN SOUS-TRAI­TANT DE FRANCE PIERRE, DONT AN­TO­NIO DE SOUSA EST LE DI­RI­GEANT

les obs­tacles s’ef­facent op­por­tu­né­ment et des ex­pli­ca­tions pour le moins alam­bi­quées : l’his­toire de l’ac­qui­si­tion en 2010 d’un ter­rain à Lu­mio (Haute-Corse) par Jean-François One­to — une pos­ses­sion qu’il avait d’abord niée à la presse après les pre­mières ré­vé­la­tions — est au coeur des soup­çons de cor­rup­tion qui pèsent dans ce dos­sier. UN VIREMENT DE 531 450 € In­vi­té à s’ex­pli­quer, lors de sa garde à vue, sur les contours de cet achat contro­ver­sé, le mai­red’ Ozoir-la-Fer­rière dé­roule sa ver­sion. A l’été 2010, après avoir si­gné un com­pro­mis de vente, il pré­tend avoir re­çu une offre de prêt de sa banque. Avant d’ap­prendre que le prêt était fi­na­le­ment re­je­té. « Dans une im­passe », il ex­plique alors avoir croi­sé Armindo Dias, le di­rec­teur d’un sous-trai­tant de France Pierre, le pro­mo­teur im­mo­bi­lier qui truste les ap­pels d’offres à Ozoir. « C’est au cours de cette conver­sa­tion qu’il m’a pro­po­sé de m’avan­cer les fonds sous forme d’un prêt per­son­nel. Pour moi, c’était […] du pain bé­nit. »

Deux jours avant la vente, le no­taire re­çoit ef­fec­ti­ve­ment un virement de 531 450 € qui per­met à Jean-François One­to d’ac­qué­rir ce ter­rain. Une au­baine. Et même une très bonne af­faire puisque, six ans plus tard, l’élu confesse qu’il n’a pas res­ti­tué la somme à son gé­né­reux do­na­teur… « M. Dias ne semble pas pres­sé du rem­bour­se­ment du prêt », avance-t-il. L’en­quê­trice de l’ins­pec­tion gé­né­rale de la po­lice na­tio­nale (IGPN) entre alors en scène. Et dé­monte mé­tho­di­que­ment ce scé­na­rio. L’offre de prêt ? Vé­ri­fi­ca­tion faite, elle n’a ja­mais exis­té. « Ma femme se­rait en me­sure de vous ré­pondre plus pré­ci­sé­ment », bre­douille l’élu. L’ab­sence de clause ré­so­lu­toire dans le com­pro­mis de vente en cas de re­fus de prêt ? « Je ne me l’ex­plique pas », avoue JeanFrançois One­to.

La po­li­cière ex­hume alors les ex­pli­ca­tions d’Armindo Dias, éga­le­ment mis en exa­men dans ce dos­sier. Pla­cé en garde à vue en avril 2016, le pa­tron de La­mas Construc­tion ra­conte, lui, qu’en sep­tembre 2010 le compte de sa so­cié­té se voit mys­té­rieu­se­ment cré­di­té d’une grosse somme d’ar­gent pré­ten­du­ment cen­sée re­ve­nir à France Pierre. Il signe alors un ordre de re­vi­re­ment mais dé­couvre que l’es­sen­tiel va être ver­sé au no­taire char­gé d’as­su­rer l’ac­qui­si­tion du ter­rain de Lu­mio.

INGÉNU « Je peux vous dire que De Sousa (NDLR : An­to­nio De Sousa, di­ri­geant de France

Pierre) m’ avait in­di­qué à l’époque que ce virement était des­ti­né à M. le mai­red’ Ozoir, Jean-François One­to, pour ache­ter une mai­son en Corse », re­late Armindo Dias, qui ne fait men­tion d’au­cune ren­contre avec l’élu.

In­ter­ro­gé en jan­vier, JeanFrançois One­to joue les in­gé­nus : « J’ignore ab­so­lu­ment tout ce que vous ve­nez de me dire […] Je pen­sais que c’était M. Dias qui me prê­tait per­son­nel­le­ment les fonds. » « Pour­tant, la fiche de compte re­çue de votre no­taire […] men­tionne clai­re­ment le virement de La­mas », ri­poste l’en­quê­trice, prou­vant ain­si que l’édile ne peut igno­rer l’ori­gine des fonds. « Lors­qu’on re­çoit un do­cu­ment, on n’en prend pas for­cé­ment connais­sance dans Jean-François One­to est mis en exa­men pour prise illé­gale d’in­té­rêts, cor­rup­tion pas­sive, re­cel d’abus de bien so­cial et dé­tour­ne­ment de fonds pu­blics.

“MON CLIENT CONTESTE TOUTE COR­RUP­TION. IL S’EN EXPLIQUERA DE­VANT LE JUGE. ” Me CLAUDIA CHEMARIN, L’AVO­CATE DE JEANFRANÇOIS ONE­TO

le dé­tail », ré­pond le maire, ma­ni­fes­te­ment moins sour­cilleux que pour le sui­vi des pro­grammes im­mo­bi­liers sur sa com­mune. Les en­quê­teurs soup­çonnent An­to­nio De Sousa — qui le conteste — de s’être ser­vi de la so­cié­té La­mas comme écran pour grais­ser la patte de Jean-François One­to. « Je nie qu’il s’agis­sait d’un ar­ran­ge­ment entre moi et M. De Sousa », jure le maire.

La jus­tice es­time au contraire que l’ac­qui­si­tion de ce ter­rain est la contre­par­tie d’un pacte de cor­rup­tion entre les deux hommes. En échange de ce ca­deau, Jean-François One­to au­rait, no­tam­ment, contri­bué à rendre construc­tible un ter­rain ac­quis 50 000 € par France Pierre sur sa com­mune et va­lo­ri­sé à 11 M€ grâce à cette op­por­tune mo­di­fi- ca­tion du plan lo­cal d’ur­ba­nisme (PLU). « Mon client conteste toute cor­rup­tion. Il s’en expliquera de­vant le juge », as­sure Me Claudia Chemarin, l’avo­cate du maire. « Mon client nie fer­me­ment l’exis­tence du moindre ar­ran­ge­ment », ajoute Me An­toine Mai­son­neuve, l’un des avo­cats d’An­to­nio De Sousa, mis en exa­men pour cor­rup­tion ac­tive dans ce vo­let.

En at­ten­dant, Jean-François One­to ne peut tou­jours pas pro­fi­ter de son ter­rain à Lu­mio puis­qu’il n’est pas construc­tible. Un — gros — pé­pin qui ne l’a pour­tant pas mo­ti­vé à ac­tion­ner les re­cours pos­sibles. Mais qu’on se ras­sure : en 2013, il a ac­quis avec son épouse une mai­son à Cal­vi (Hau­teCorse). Grâce à un prêt ban­caire, cette fois.

Ozoir-la-Fer­rière (Seine-et-Marne), le 13 avril. La fille du maire ga­gnait 45 000 € par an mais la ma­té­ria­li­té de son em­ploi n’a pas été éta­blie.

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