« Rien ne peut chan­ger si nous ne sommes pas à l’ini­tia­tive du chan­ge­ment »

Ani­na Ciu­ciu, Rom et élève avo­cate, a té­moi­gné lors d’un dé­bat sur la place des Roms dans la so­cié­té de de­main.

Le Parisien (Paris) - - SEINE-SAINT-DENIS - PAR EL­SA MARNETTE

« MER­CI pour ce beau té­moi­gnage, on se voit de­dans. » Emue, Li­lia­na Hris­tache, pré­si­dente de l’as­so­cia­tion Rom réus­site, ap­plau­dit la jeune femme aux longs che­veux sombres à ses cô­tés. Ani­na Ciu­ciu, Rom et élève avo­cate, est la pre­mière à prendre lon­gue­ment la pa­role au dé­bat or­ga­ni­sé sa­me­di après-mi­di à Mon­treuil sur la place des Roms dans la so­cié­té de de­main. En fran­çais et en ro­ma­nès, elle ra­conte son par­cours de vie aux fa­milles ins­tal­lées sous le cha­pi­teau du cirque Ali­bo­ro. Les dis­traits se taisent pour écou­ter ce flot de pa­roles. « L’école m’a sor­ti de la boue des bi­don­villes », dé­bu­tet-elle. Une nais­sance en Rou­ma­nie, un père comp­table, une mère in­fir­mière. L’ère com­mu­niste se ter­mine et « de nom­breux Roms perdent leur em­ploi ». Sa fa­mille prend le che­min de l’exil. Pour l’Ita­lie d’abord, la France en­suite. « Mon père a dé­ci­dé de par­tir pour nous of­frir un ave­nir meilleur, une vie digne. » Au lieu de ça, ils at­ter­rissent dans un des plus grands bi­don­villes d’Eu­rope, à Rome. Nou­velle ten­ta­tive, di­rec­tion la France. « On s’est dit qu’on y se­rait mieux ac­cueilli. » Et nou­velle dés­illu­sion : « Pour sur­vivre, on s’est ra­bais­sés à tendre la main. C’est un trau­ma­tisme qui nous marque à ja­mais. »

Ani­na Ciu­ciu fi­nit par croi­ser la route de « Mme Jac­que­line », une en­sei­gnante qui lui « donne ac­cès à ses droits fon­da­men­taux ». La jeune fille étu­die, écrit un livre — « Je suis Tzi­gane et je le reste » en 2013 — et passe avec suc­cès le cer­ti­fi­cat d’ap­ti­tude à la pro­fes­sion d’avo­cat (Ca­pa) pour le bar­reau de Pa­ris. Elle s’en­gage aus­si, no­tam­ment comme membre du conseil d’ad­mi­nis­tra­tion de La Voix des Roms. Et dit avoir com­pris que « rien ne peut chan­ger si nous ne sommes pas à l’ini­tia­tive du chan­ge­ment. » Quant à un cer­tain dis­cours po­li­tique di­sant que les Roms sont « des per­sonnes non in­té­grables », elle le ba­laie d’un re­vers de main : « Ils sont vic­times d’une ex­clu­sion, c’est ça le mé­ca­nisme. »

« On est en France, on existe aus­si. Les pou­voirs pu­blics ferment les yeux sur notre si­tua­tion, avait dé­bu­té Li­lia­na Hris­tache. Il faut qu’en­semble, nous trou­vions des so­lu­tions. »

L’EXIL, LA GA­LÈRE, PUIS UNE REN­CONTRE

QUI CHANGE TOUT

Mon­treuil, sa­me­di. Ani­na Ciu­ciu (à gauche) a ra­con­té son par­cours de vie lors du dé­bat or­ga­ni­sé par Rom réus­site. Un « beau té­moi­gnage », se­lon Li­lia­na Hris­tache (au centre), pré­si­dente de l’as­so­cia­tion.

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