NON, TOUT N’EST PAS EN­CORE JOUÉ

Mal­gré les son­dages, qui donnent Ma­cron lar­ge­ment vain­queur de­vant Le Pen, il reste en­core deux se­maines de cam­pagne avant le se­cond tour. Tout peut ar­ri­ver, tan­dis qu’à droite et à gauche, on pré­pare dé­jà les lé­gis­la­tives.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - PAR HEN­RIVER­NET @Hen­riVer­net

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C’EST UN CON­SEIL que lui a ré­cem­ment souf­flé à l’oreille Fran­çois Bay­rou, fort de ses trois can­di­da­tures à la pré­si­den­tielle : « Fais cam­pagne jus­qu’au bout, avance des pro­po­si­tions, prends des risques : rien de pire que l’im­mo­bi­lisme. » Em­ma­nuel Ma­cron écou­te­ra-t-il son al­lié cen­triste ? Re­lan­ce­ra-t-il la ma­chine En Marche ! jus­qu’au 7 mai pour battre Ma­rine Le Pen ? Ou se conten­te­ra-t-il de sur­fer sur la vague qui l’a pla­cé en tête au 1er tour di­manche… et sur le souffle d’un front ré­pu­bli­cain an­ti-FN qui le dis­pen­se­rait qua­si­ment de faire cam­pagne ? De fait, Jacques Chi­rac, dans la fou­lée du 21 avril 2002, se dis­pen­sa ain­si de tout ef­fort avant de ter­ras­ser JeanMa­rie Le Pen avec plus de 80 % des suf­frages au se­cond tour. Le gaul­liste se paya même le luxe de re­fu­ser le tra­di­tion­nel dé­bat d’ entre-deux-tours… qui au­rait pu se ré­vé­ler dé­sta­bi­li­sant compte te­nu de la per­son­na­li­té érup­tive du chef fron­tiste.

UN DέNER FES­TIF PRÉ­MA­TU­RÉ ET DÉ­CA­LÉ

Mais voi­là, en quinze ans, les choses ont bien chan­gé. La fille n’est pas le père. Au­tant le tri­bun Jean-Ma­rie Le Pen, pour­fen­deur de tou­jours de ce qu’il ap­pe­lait « l’es­ta­blish­ment », n’a ja­mais vrai­ment vou­lu du pou­voir et se trou­va désem­pa­ré au soir de sa qua­li­fi­ca­tion. Au­tant son hé­ri­tière, elle, se ver­rait très bien à l’Ely­sée. Elle a ré­flé­chi de longue date à son gou­ver­ne­ment, tan­dis que son par­ti (de la pré­si­dence du­quel elle s’est « mise en congé » hier) dis­pose dé­sor­mais des re­lais né­ces­saires dans l’ad­mi­nis­tra­tion, la po­lice et même le sys­tème édu­ca­tif pour es­pé­rer faire tour­ner le pays. Bref, pour Em­ma­nuel Ma­cron, le dan­ger Ma­rine Le Pen est tout sauf à sou­ses­ti­mer. Le fa­meux « pla­fond de verre », qui in­ter­di­rait au FN de ga­gner une élec­tion au scru­tin ma­jo­ri­taire faute d’al­liés de 2nd tour, pa­raît de plus en plus fra­gile.

La fron­tiste, à l’évi­dence, mise sur l’ex­cès de confiance de son ad­ver­saire. « Ma­cron, a-t-elle ta­clé hier soir sur France 2, avance sur un ta­pis de roses, avec tous les com­pli­ments de la presse, dans une forme d’una­ni­mi­té. » De fait, le camp Ma­cron a don­né l’im­pres­sion di­manche soir de cé­der à l’eu­pho­rie. D’abord son discours de­puis la porte de Ver­sailles — où le can­di­dat te­nait sa soirée élec­to­rale — avait des ac­cents de vic­toire fi­nale. Puis il y eut ces images de dî­ner fes­tif avec une cen­taine de convives, people et col­la­bo­ra­teurs, dans une bras­se­rie chic de Mont­par­nasse. Pré­ma­tu­ré, et sur­tout dé­ca­lé par rap­port à une France qui ve­nait d’ex­pri­mer sa co­lère et sa soif de chan­ge­ment. Elles risquent de lui col­ler à la peau, comme le spa­ra­drap du ca­pi­taine Had­dock ou… les images du Fou­quet’s de Sar­ko­zy en 2007 !

« C’est vrai qu’on s’est peut-être vus un peu trop beaux trop vite », concède un proche d’Em­ma­nuel Ma­cron. Mais main­te­nant, conclut l’équipe de cam­pagne, « on se re­met vite au tra­vail… et on va al­ler à la ren­contre de cette France ru­rale, po­pu­laire, ten­tée par le vote Le Pen ». Pour cha­cun des deux can­di­dats, tout reste à faire. Et cette fois, le duel té­lé­vi­sé avant le se­cond tour au­ra bien lieu (le mer­cre­di 3 mai) : il pour­rait être dé­ci­sif.

Dès hier, Em­ma­nuel Ma­cron a été sol­li­ci­té par ses sup­por­teurs à peine sor­ti de son ap­par­te­ment pa­ri­sien. Et Ma­rine Le Pen s’est lan­cée dans la cam­pagne d’entre-deux-tours à Rou­vroy (Pas-de-Ca­lais).

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