Champs-Ely­sées : un po­li­cier ra­conte

Alors qu’un hom­mage se­ra ren­du ce matin au po­li­cier tué sur les Champs-Ely­sées jeu­di der­nier, les au­di­tions de ses col­lègues ra­content l’at­taque su­bie et l’in­ten­si­té des coups de feu échan­gés.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - JEAN-MI­CHEL DÉCUGIS

j’ai pen­sé à des pé­tards puis j’ai très ra­pi­de­ment com­pris qu’il s’agis­sait de tirs par arme à feu. » Ni­co­las, bri­ga­dier de 34 ans, était l’un des six po­li­ciers de la 32e com­pa­gnie d’in­ter­ven­tion de la pré­fec­ture de po­lice de Pa­ris vi­sés jeu­di soir par l’at­ten­tat des ChampsE­ly­sées (VIIIe). Nous avons pu prendre connais­sance de son au­di­tion, un ré­cit qui fait froid dans le dos. Le po­li­cier a été en­ten­du seule­ment quelques heures après la mort de son col­lègue Xa­vier Ju­ge­lé, abat­tu de deux balles de ka­lach­ni­kov dans la tête.

27 CAR­TOUCHES

Ce matin, à 11 heures, un hom­mage na­tio­nal doit être ren­du au po­li­cier dé­funt. Une cé­ré­mo­nie pré­si­dée par Fran­çois Hollande se tien­dra à la pré­fec­ture de po­lice de Pa­ris. Elle se­ra re­trans­mise sur TF 1 et France 2, les chaînes info, LCP Assemblée na­tio­nale et Pu­blic Sé­nat.

Ce jeu­di soir, il est 20 h 47. Ni­co­las et­trois­de­ses­col­lègues,dont­son­chef d’équi­page Vic­tor, se trouvent à l’en­trée du 102 de la plus belle ave­nue du monde pour pro­té­ger l’of­fice de tou­risme turc. Un ras­sem­ble­ment de Kurdes a été an­non­cé par ra­dio. « J’ai orien­té mon re­gard vers notre Mas­ter (NDLR : car) d’où les tirs pro­ve­naient et j’ai alors vu un in­di­vi­du contour­ner par l’avant le vé­hi­cule. J’ai consta­té qu’il te­nait une arme longue qu’il orien­tait vers nous. Il a alors com­men­cé à nous ti­rer des­sus en mode ra­fale », té­moigne le bri­ga­dier. Ni­co­las est in­ca­pable de dé­crire le vi­sage de l’homme, « tel­le­ment tout s’est pas­sé ra­pi­de­ment ». Il ne sait pas si ce­lui-ci leur a par­lé.

Tout­com­me­ses­col­lègues,Vic­to­ra sor­ti son arme de ser­vice et a vi­sé dans la di­rec­tion de l’as­saillant à deux re­prises. Au to­tal, 27 car­touches se- ront ti­rées par les quatre po­li­ciers dont treize ont tou­ché Ka­rim Cheur­fi, le ter­ro­riste abat­tu. « Pen­dant nos tirs, l’agres­seur a conti­nué à nous ti­rer des­sus. J’ai en­ten­du plu­sieurs ra­fales, de nom­breuses dé­to­na­tions. Au bout d’une di­zaine de se­condes, l’as­saillant s’est ef­fon­dré », ra­conte Vic­tor. Le bri­ga­dier en­tend alors l’un de ses confrères se plaindre de dou­leur. Cé­dric,le­gar­dien­de­la­paix­bles­sé,est à l’ex­té­rieur, ados­sé au car de po­lice. C’est en ar­ri­vant à la hau­teur du bles­sé que Ni­co­las s’est aper­çu de la pré­sence deXa­vie­rau­vo­lant«dont­la­tête était pen­chée sur la droite ».

Le bri­ga­dier, sûr de la mort de son col­lègue, se fo­ca­lise sur le bles­sé. « J’ai cou­ru vers Cé­dric pen­dant que Vic­tor s’oc­cu­pait de l’as­saillant neu­tra­li­sé. » A ce mo­ment-là, les po­li­ciers ignorent si le ter­ro­riste est seul ou avec des com­plices. « J’ai ti­ré Cé­dric vers le vé­hi­cule pour le pro­té­ger. Il m’a dit qu’il souf­frait dans le bas du dos. Je l’ai dé­bar­ras­sé de son gi­let pare-balles. » Il est griè­ve­ment at­teint à « la fesse droite d’où jaillit du sang à pro­fu­sion ». Ni­co­las lui fait un point de com­pres­sion. « Il est res­té conscient pen­dant tout le temps que je suis res­té avec lui. » Cé­dric a été opé­ré à l’hô­pi­tal Georges-Pom­pi­dou. Ses jours ne sont plus en dan­ger.

Pa­ris (VIIIe), jeu­di soir. La po­lice scien­ti­fique sur les lieux de l’at­taque des Champs-Ely­sées.

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