Les­qua­tre­pièges qui­guet­tentMa­cron

Le Parisien (Paris) - - SOMMAIRE - PAR PAU­LINE THÉVENIAUD @Pau­li­ne_Th

SI EM­MA­NUEL MA­CRON ap­pa­raît comme le grand fa­vo­ri du se­cond tour, le plus dur com­mence. Re­vue des em­bûches qui le me­nacent d’ici au 7 mai.

ICRIER VIC­TOIRE TROP TÔT

Des sa­luts de la main très « Ken­ne­dy », de­puis sa voi­ture ou le toit du QG. Un air ra­dieux et des em­bras­sades à la porte de Ver­sailles. Et pour fi­nir, ce fa­meux dî­ner à la Ro­tonde. Di­manche soir, la joie du couple (comme du camp) Ma­cron a cre­vé l’écran. « Il faut ima­gi­ner… On est par­tis de rien et on est en tête », jus­ti­fie le dé­pu­té Ar­naud Le­roy. « Ce­la don­nait un cô­té se­cond tour », re­con­naît un ami du can­di­dat, à l’évo­ca­tion du dî­ner ras­sem­blant les sa­la­riés, conseillers et élus du par­ti, mais aus­si les amis people. Com­me­siMa­cronl’avai­tem­por­té…

Le can­di­dat as­sume ce « mo­ment du coeur ». « C’est quand même une vic­toire, même si l’on n’a ja­mais pen­sé que le match était plié, jus­ti­fie un proche. On n’a pas été as­sez tac­tiques sur l’image que ce­la ren­voyait. On au­rait dû le mettre sous cloche. » Ce dî­ner, c’est du grain à moudre pour Ma­rine Le Pen. La soirée Fou­quet’s de Ni­co­las Sar­ko­zy en 2007 est dans toutes les têtes. « Ce n’est pas un pé­ché d’ar­ro­gance. Mais nous avons le FN en face de nous. J’ai en mé­moire la tête de Jacques Chi­rac en 2002, c’était grave », se sou­vient un proche.

IETRE ÉLU PAR DÉ­FAUT

Le syn­drome Chi­rac 2002, soit une vic­toire ve­nue « uni­que­ment d’un re­fus du FN » : c’est ce que Ma­cron veut évi­ter. Il a pas­sé le mes­sage à ses troupes dès di­manche, dans la grande salle de réunion du QG. « Nous sommes constants. De­puis le dé­but, nous vou­lons un vote po­si­tif, pour une dé­marche, un pro­jet, plus à l’hon­neur de notre dé­mo­cra­tie », mar­tèle le se­cré­taire gé­né­ral d’En Marche !, Richard Fer­rand. L’équipe Ma­cron as­sure qu’elle ne joue­ra pas « en dé­fense », pro­met une cam­pagne « tam­bour bat­tant ».

Hier au QG, les ré­sul­tats du pre­mier tour étaient dé­cor­ti­qués, pour ca­ler les dé­pla­ce­ments à ve­nir. L’en­jeu est de taille. Au-de­là de la vic­toire en fi­nale, il s’agit de pré­pa­rer la suite. « Il faut ras­sem­bler sur notre pro­jet, pour avoir un man­dat très clair », in­siste l’an­cienne juppéiste Au­rore Ber­gé. Un proche de Ma­cron le re­con­naît : « Cette cam­pagne doit être in­tense, pour pré­pa­rer les lé­gis­la­tives. »

IUNE ÉQUIPE ET UNE MA­JO­RI­TÉ SANS CO­HÉ­RENCE

C’est son autre pa­ri : par­ve­nir à consti­tuer une ma­jo­ri­té so­lide. D’au­tant plus osé que Ma­cron re­fuse tout ac­cord d’ap­pa­reil et en­tend pré­sen­ter des can­di­dats dans les 577 cir­cons­crip­tions de France. Voi­là des se­maines que la com­mis­sion d’in­ves­ti­tures pré­si­dée par l’an­cien chi­ra­quien Jean-Paul De- le­voye tur­bine. Pour l’heure, seuls 14 can­di­da­tures ont été of­fi­cia­li­sées ! Face à nos lec­teurs, il y a quinze jours, Ma­cron an­non­çait « beau­coup » d’in­ves­ti­tures « entre le pre­mier et le se­cond tour ». La donne pour­rait chan­ger. « Tout est sur la table, rien n’est ar­rê­té, ad­met De­le­voye. Nous avons à te­nir compte de la nou­velle réa­li­té politique, pour adap­ter notre dis­po­si­tif. Il ne faut écar­ter au­cune hy­po­thèse per­met­tant de confor­ter la ma­jo­ri­té pré­si­den­tielle. » Gare à ne pas perdre de vue la pro­messe ori­gi­nelle ! « Il faut mon­trer que le re­nou­vel­le­ment ce n’est pas du ba­ra­tin », plaide Da­niel Cohn-Ben­dit.

IAPPARAÎTRE EN CAN­DI­DAT DE L’ES­TA­BLISH­MENT

Cru­cial, alors que les sou­tiens af­fluent du PS à LR. La ma­jo­ri­té des res­pon­sables po­li­tiques, dont Fran­çois Hollande, ap­pellent à vo­ter Ma­cron pour faire bar­rage à Ma­rine Le Pen. De quoi écor­ner l’image de jeune mou­ve­ment qui en­tend re­nou­ve­ler la vie politique. « Ce front ré­pu­bli­cain nous ba­na­lise com­plè­te­ment », re­con­naît un proche du can­di­dat. Pis, il fait le miel du FN, qui dé­peint Ma­cron en can­di­dat du sys­tème. Alors, comme aux plus belles heures du feuilleton des ral­lie­ments, au QG d’En Marche !, on mar­tèle ce mes­sage : « Ce n’est pas parce que des gens se dé­clarent qu’ils in­fluencent la ligne politique. »

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