La plom­bière a du style

Pas­sée par Dior et Jen­ny­fer, Na­tha­lie La­foux, an­cienne sty­liste, a fon­dé une entreprise de plomberie. Elle a réus­si à se faire une place dans un mi­lieu très mas­cu­lin…

Le Parisien (Paris) - - ECO - CYRIL PE­TER

e crée, donc je suis. » La for­mule ré­sume bien la car­rière pro­fes­sion­nelle de Na­tha­lie La­foux, créa­trice de pulls, robes et chaus­settes, pour Jen­ny­fer ou Etam, re­con­ver­tie dans la plomberie. Avant de fon­der son entreprise de salles de bains sur-me­sure, la Fran­ci­lienne a dou­té. En té­moigne son ex­pé­rience chez Dior : « J’avais plus l’im­pres­sion de me battre en in­terne que de faire mon mé­tier. Les femmes sont mé­chantes et per­verses, je n’étais pas dans une équipe. »

A 40 ans, elle quitte la pla­nète mode : « Je ne me suis ja­mais sen­tie chez moi dans le prêt-à-por­ter. » La tran­si­tion se fait en dou­ceur. Les al­lo­ca­tions-chômage s’ajoutent au sa­laire confor­table de son ma­ri, cadre chez Pu­bli­cis. Le temps de se lan­cer, sans ex­pé­rience, dans la ré­no­va­tion d’un ap­par­te­ment pa­ri­sien, qu’elle ac­quiert lors d’une vente aux en­chères.

En pa­ral­lèle, Na­tha­lie ap­prend la théo­rie avec « des bou­quins et des cas­settes vi­déo », ou au Bri­co­lo ca­fé, es­pace de ren­contre pour bri­co­leurs au sous-sol du BHV à Pa­ris. « J’étais la seule femme, il y avait une sorte de mé­pris », se sou­vient-elle. Pen­dant les tra­vaux, c’est dans la salle de bains que Na­tha­lie s’éclate le plus : « C’est un lieu qui me parle. Je peux jouer avec des pe­tits es­paces, les rendre pra­tiques. » Comme « le coeur de la salle de bains, c’est la plomberie », Na­tha­lie cherche alors une for­ma­tion. Mais ga­lère, no­tam­ment au­près de l’Agence na­tio­nale pour la for­ma­tion pro­fes­sion­nelle (Af­pa) qui lui ferme la porte. Mo­tif : le sec­teur s’ouvre en prio­ri­té aux per­sonnes han­di­ca­pés, pas aux femmes. Un an plus tard, elle dé­croche fi­na­le­ment un Cer­ti­fi­cat d’ap­ti­tude pro­fes­sion­nelle (CAP) « ins­tal­la­teur sa­ni­taire », via le ré­seau Gre­ta (groupement d’éta­blis­se­ments pour la for­ma­tion des adultes).

Seule femme dans une classe de 22 élèves, la mère de fa­mille per­turbe le per­son­nel dans la PME qui l’em­bauche : « Le di­rec­teur de fa­bri­ca­tion était désem­pa­ré. Il ne me re­gar­dait pas dans les yeux. » Trois ans plus tard, l’ou­vrière signe une rup­ture conven­tion­nelle, puis se met à son compte, en por­tage sa­la­rial. « L’entreprise qui m’em­ployait me ré­mu­né­rait en fonc­tion de mon chiffre d’af­faires. Ce n’est pas in­té­res­sant dans le bâ­ti­ment. Mon em­ployeur ga­gnait plus que moi. » Mais l’ex­pé­rience lui per­met de dé­ve­lop­per une clien­tèle. Idéal pour créer Les salles de bains de Na­tha­lie, sa so­cié­té qu’elle dote d’un ca­pi­tal de 10 000 €. Aux­quels s’ajoute « un coup de pouce » de 6 000 € ob­te­nu lors d’un concours ré­gio­nal dé­dié aux en­tre­pre­neures, dans la ca­té­go­rie « mé­tiers non tra­di­tion­nel­le­ment fé­mi­nins ».

Na­tha­lie consacre au­jourd’hui la plu­part de son temps à la ges­tion de l’entreprise, même si elle re­tourne par­fois sur le ter­rain pour épau­ler ses trois ou­vriers, ré­mu­né­rés entre 1 700 € et 2 000 € net. « C’est grâce à vous que j’ai ache­té une mai­son », lui a ré­cem­ment confié l’un d’eux. Une fier­té pour cette cheffe d’entreprise qui n’a ja­mais ab­di­qué. Et a ga­gné le res­pect de la pro­fes­sion.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.