Sa stra­té­gie de cam­pagne jus­qu’au 7 mai

Après avoir don­né le sen­ti­ment di­manche qu’il avait déjà ga­gné, et une jour­née de flot­te­ment, le can­di­dat d’En Marche ! re­part en cam­pagne.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - PAU­LINE THÉVENIAUD @Pau­li­ne_Th www.le­pa­ri­sien.fr

LA BER­LINE d’Em­ma­nuel Ma­cron file vers l’en­trée de l’hô­pi­tal de Garches (Hauts-de-Seine). Et laisse sur son pas­sage une cer­taine confu­sion. L’or­ga­ni­sa­tion de ce dé­pla­ce­ment fut un brin chao­tique. De­puis deux jours, une im­pres­sion de flot­te­ment règne, tan­dis que sa concur­rente, Ma­rine Le Pen, s’est af­fi­chée sur un mar­ché dès lun­di ma­tin. Le dî­ner or­ga­ni­sé à la Ro­tonde, pour fê­ter sa qua­li­fi­ca­tion a, en outre, don­né le sen­ti­ment que le can­di­dat d’En Marche ! criait vic­toire.

Alors, hier, lorsque Fran­çois Hol­lande a dé­plo­ré l’ab­sence « de prise de conscience de ce qui s’est pas­sé », que l’on semble « ou­blie[r] que c’était quand même Ma­rine Le Pen qui était au deuxième tour », les re­gards se sont tour­nés vers Ma­cron. L’in­té­res­sé dé­ment tout ex­cès de confiance, as­su­rant n’avoir « ja­mais consi­dé­ré que quoi que ce soit était ga­gné ». Di­manche soir, un cadre d’En Marche ! re­con­nais­sait tout de même que Ma­rine Le Pen se­rait « for­cé­ment » une can­di­date moins dif­fi­cile qu’un « Jean-Luc Mé­len­chon, avec le cô­té ex­plo­sif de la France in­sou­mise » par exemple…

L’équipe de cam­pagne, elle, ad­met n’avoir pas « écrit la feuille de route » de cet en­tre­deux-tours par avance, « as­sume to­ta­le­ment d’avoir pris une jour­née pour ana­ly­ser le vote des Fran­çais ». « Ma­rine Le Pen est re­par­tie tôt en cam­pagne, mais ce sont des dé­pla­ce­ments aléa­toires, qu’elle au­rait pu or­ga­ni­ser la se­maine der­nière », tacle l’en­tou­rage du can­di­dat. Tout de même, ce dé­but d’en­tre­deux-tours n’est-il pas pous­sif ? Ma­cron s’agace. « Que ça n’aille pas as­sez vite pour vous, grand bien vous fasse ! » lance-t-il aux jour­na­listes. Au pas­sage, il glisse être en cam­pagne « de­puis un an », soit la créa­tion de son mou­ve­ment alors qu’il était en­core au gou­ver­ne­ment. Qu’on se le tienne pour dit, il ne cé­de­ra pas « au dik­tat des mé­dias » : « Je sui­vrai le rythme que j’ai dé­ci­dé. »

Sa ri­vale fron­tiste lui sem­blet-elle une can­di­date comme les autres ? Cer­tai­ne­ment pas, cer­ti­fie son en­tou­rage. « Son re­gard, c’est qu’elle est hors de la Ré­pu­blique. Que les po­si­tions dé­fen­dues, la fa­çon de s’or­ga­ni­ser, cor­res­pondent à un par­ti d’ex­trême droite », rap­porte un proche, dé­pei­gnant Ma­cron « en op­po­sant chi­mi­que­ment pur » à Ma­rine Le Pen. Comment cette chi­mie opé­re­ra-t-elle sur le ter­rain ? En Marche ! pro­met de « don­ner à voir ce qu’est le Front na­tio­nal », d’« in­sis­ter sur leur pro­gramme », de « ca­rac­té­ri­ser ce qu’est Ma­rine Le Pen ».

Au­jourd’hui, Ma­cron compte s’at­ta­quer au « Front na­tio­nal du Nord », ce­lui qui pros­père sur la dés­in­dus­tria­li­sa­tion, en ren­con­trant l’in­ter­syn­di­cale des Whirlpool à la chambre de com­merce et d’in­dus­trie d’Amiens (Somme), avant de prendre la route du Pas-de-Ca­lais, où il tien­dra un mee­ting. Place en­suite à la thé­ma­tique des ter­ri­toires ou­bliés, avec un dé­pla­ce­ment à Li­moges (Haute-Vienne) ven­dre­di. Et peut-être, à cette oc­ca­sion, une vi­site à Ora­dour-surG­lane, lieu sym­bo­lique s’il en est. L’équipe Ma­cron pro­met en­fin aus­si de ne pas « lais­ser le pa­vé pa­ri­sien » au Front na­tio­nal le 1er mai. L’or­ga­ni­sa­tion d’un grand ras­sem­ble­ment en ex­té­rieur est en pré­pa­ra­tion.

L’en­jeu n’est pas mince. Tuer dans l’oeuf le pro­cès en lé­gè­re­té. Et par­ve­nir à sus­ci­ter l’adhé­sion au-de­là des 24,01 % des voix qui se sont por­tées sur son nom au pre­mier tour. Car, au-de­là de la vic­toire, c’est une ma­jo­ri­té so­lide qu’il faut al­ler cher­cher le 7 mai. L’en­tou­rage de Ma­cron le re­con­naît : « Une vic­toire étri­quée contre Ma­rine Le Pen ne per­met­trait pas de gou­ver­ner dans de bonnes condi­tions et de me­ner des ré­formes. »

Hô­pi­tal de Garches (Hauts-de-Seine), hier. En dé­pla­ce­ment aux cô­tés de l’ur­gen­tiste Pa­trick Pel­loux ( à droite), Em­ma­nuel Ma­cron a dé­men­ti tout ex­cès de confiance avant le se­cond tour.

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