«Je­souf­fre­san­shaine»

Le com­pa­gnon de Xa­vier Ju­ge­lé, le po­li­cier as­sas­si­né jeu­di sur les Champs-Ely­sées, a pro­non­cé hier un dis­cours d’hom­mage digne et poi­gnant, en­tou­ré des élus de la na­tion.

Le Parisien (Paris) - - FAITS DIVERS - STÉ­PHANE SELLAMI

s’est ajou­té à la peine et à la dou­leur. Hier ma­tin, un hom­mage na­tio­nal a été ren­du dans la cour de la pré­fec­ture de po­lice de Pa­ris à Xa­vier Ju­ge­lé, 37 ans, ce po­li­cier tué, jeu­di der­nier, sur les Champs-Ely­sées. Sa fa­mille et ses proches, unis dans la souf­france et te­nus à l’abri des re­gards in­dis­crets, ont as­sis­té à l’ar­ri­vée de son cer­cueil, ceint du dra­peau tri­co­lore.

Sous les yeux de Fran­çois Hol­lande, le pré­sident de la Ré­pu­blique, mais aus­si de ceux d’un large par­terre d’hommes et de femmes po­li­tiques de tous ho­ri­zons, au pre­mier rang du­quel fi­gu­raient Ma­rine Le Pen, Em­ma­nuel Ma­cron, Ni­co­las Sar­ko­zy ain­si qu’Anne Hi­dal­go, la maire de Pa­ris, le com­pa­gnon de Xa­vier Ju­ge­lé, Etienne Car­diles, a pro­non­cé un digne et poi­gnant dis­cours à sa mé­moire. nouée par l’émo­tion. Et elle m’a rap­pe­lé cette for­mule gé­né­reuse et gué­ris­seuse : vous n’au­rez pas ma haine. Car cette haine, elle ne te res­semble pas. » Une for­mule em­prun­tée à Antoine Lei­ris, dont la femme avait été abat­tue lors de la prise d’otages du 13 no­vembre 2015 dans la salle de spec­tacle du Ba­ta­clan à Pa­ris. « Je suis ren­tré le soir, sans toi, avec une dou­leur ex­trême et pro­fonde qui s’apai­se­ra peu­têtre un jour, je l’ignore. Et, pour ce qui me concerne, je souffre sans haine. »

Etienne Car­diles a en­core évo­qué les ar­tistes pré­fé­rées de son com­pa­gnon telles que « Madonna, Cé­line Dion et Brit­ney Spears », dont les « chan­sons fai­saient vi­brer les fenêtres de notre ap­par­te­ment » et son goût « im­mo­dé­ré » pour le 7e art, en ver­sion ori­gi­nale. « Pour ap­prendre l’an­glais que tu vou­lais maî­tri­ser sur le bout des doigts », a aus­si rap­pe­lé Etienne Car­diles, avant de par­ler de ce « voyage ré­ser­vé » et qui ne se fe­ra ja­mais… « A toi, je vou­drais te dire que tu res­te­ras dans mon coeur pour tou­jours. Je t’aime. Res­tons tous dignes. Veillons à la paix », a-t-il conclu so­bre­ment sous les yeux, par­fois em­bués de larmes, de nom­breux po­li­ciers pa­ri­siens, ve­nus en voi­sin.

« Xa­vier Ju­ge­lé a été tué parce qu’il était po­li­cier, a pour­sui­vi Fran­çois Hol­lande en en­ta­mant son dis­cours. C’est parce qu’il était po­li­cier qu’il a été frap­pé, et c’est en po­li­cier qu’il est tom­bé. Il est mort sur les Champs-Ely­sées quand son des­tin a croi­sé ce­lui d’un fa­na­tique hai­neux qui vou­lait tuer des po­li­ciers et per­pé­tre­run­car­nage»,asou­li­gnéle chef de l’Etat. Il est aus­si re­ve­nu sur le par­cours de Xa­vier Ju­ge­lé, « an­cien gen­darme ad­joint vo­lon­taire, de­ve­nu po­li­cier », par­ti­ci­pant à l’ac­cueil de mi­grants au cours « d’opé­ra­tions à l’étran­ger » et qui de­vait être pro­chai­ne­ment af­fec­té « à la Di­rec­tion des re­la­tions in­ter­na­tio­nales au sein de la Di­rec­tion cen­trale de la po­lice ju­di­ciaire (DCPJ) ». « Je de­mande aux élus de demain de don­ner aux forces de l’ordre les moyens né­ces­saires pour as­su­rer la pro­tec­tion des Fran­çais », a-t-il ajou­té, avant d’éle­ver Xa­vier Ju­ge­lé au rang de ca­pi­taine et de le nom­mer che­va­lier de la Lé­gion d’hon­neur.

Une im­por­tante mo­bi­li­sa­tion de po­li­ciers, à l’ap­pel du syn­di­cat Uni­té SGP-Po­lice-FO, de­vrait avoir lieu au­jourd’hui, à mi­di, place du 18-Juin-1940, dans le XVe ar­ron­dis­se­ment. Le cor­tège, si­len­cieux, se ren­dra en­suite sur les Champs-Ely­sées, à l’en­droit même où Xa­vier Ju­ge­lé a trou­vé la mort.

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