« J’ai vu dans son re­gard qu’il al­lait me dé­fon­cer »

Cy­cliste de la for­ma­tion belge Wan­ty, ra­conte sa vio­lente agres­sion par un au­to­mo­bi­liste lun­di, lors d’une sor­tie d’en­traî­ne­ment.

Le Parisien (Paris) - - FOOTBALL -

d’ou­til. Elle me met un coup der­rière la tête. Entre-temps, le conduc­teur fait hur­ler le mo­teur

comme s’il al­lait écra­ser mes deux col­lègues. Fi­na­le­ment, le conduc­teur ré­cu­père le bâ­ton, s’acharne sur moi. Je réus­sis à lui re­ti­rer, et il me met un der­nier coup en pleine tête… Je n’ai por­té au­cun coup. On a blo­qué le vé­hi­cule et l’em­ployeur du couple d’une qua­ran­taine d’an­nées

est ar­ri­vé très vite. On a té­lé­pho­né à la gen­dar­me­rie de Gif. Les gen­darmes sont ve­nus et cha­cun a pu don­ner sa ver­sion des faits. Oui, je ne peux pas lais­ser pas­ser ce­la. C’est mon mé­tier de­puis quinze ans, j’es­saie le moins pos­sible de ré­pondre aux agres­sions ver­bales et en­core plus de­puis que je suis pa­pa. Je suis tous les jours sur la route, à rai­sonde30 000km­pa­ran… Fran­che­ment, oui… Je n’ai pas en­vie de dire que les agres­sions font par­tie du quo­ti­dien, mais des mots plus haut que l’autre, il y en a sou­vent. Je le conçois car, ré­si­dant en ré­gion pa­ri­sienne, je sais que les condi­tions de cir­cu­la­tion sont dif­fi­ciles. Et trou­ver deux cy­clistes de­vant toi qui te font perdre dix se­condes, ça peut exas­pé­rer et je com­prends que cer­tains nous in­sultent. Mais là, j’ai vu dans son re­gard que ça ne se­rait pas juste une ex­pli­ca­tion ver­bale… Je ne sa­vais pas s’il uti­li­se­rait sa lame, mais je sa­vais qu’il al­lait me dé­fon­cer… Ma fille aî­née de 4 ans pleu­rait. Elle m’a de­man­dé si j’avais chu­té, j’ai dit non ! Elle m’a dit : « Tu as le nez en sang ! » J’ai ré­pon­du : « Je me suis fait ta­per des­sus… » C’était dif­fi­cile de lui ex­pli­quer. Après le dé­cès de Scar­po

elle m’avait de­man­dé qui il était. J’avais ré­pon­du : « C’est un col­lègue de pa­pa, un ami qui est dé­cé­dé en fai­sant du vé­lo… » J’en ai marre ! La route est dan­ge­reuse et je n’ai pas en­vie que mes en­fants fassent du vé­lo tant que rien ne se­ra fait pour les cy­clistes et sans prise de conscience des au­to­mo­bi­listes… Il y avait de la colère et le pre­mier but était de dire : « Il y en a ras le bol. » En­vi­ron 150 (

cy­clistes meurent chaque an­née en France sur les routes. ll ye­na­marre.Je­ne­dis­pas­queles cy­clistes sont tout blancs, je suis cou­reur et je sais que ça peut ar­ri­ver de griller un feu ou de gueu­ler contre un au­to­mo­bi­liste nous frô­lant, mais ça ne jus­ti­fie en au­cun cas d’être agres­sé de la sorte. Hier soir quand je suis ren­tré, j’y ai pen­sé. Je n’ai pas en­vie de par­tir le ma­tin à l’en­traî­ne­ment en me di­sant : « Est-ce que je vais ren­trer ce soir ? » Ce n’est pas pos­sible… Je de­vais rou­ler au­jourd’hui

mais je n’ai pas la tête à ça… J’ai le nez cas­sé, une côte dans un sale état et des hé­ma­tomes par­tout, mais je souffre da­van­tage du mo­ral que du corps. Je dois re­prendre aux 4 Jours de Dun­kerque on ver­ra en fonc­tion de la du­rée de mon ITT.

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