Une can­di­date nor­male ?

En avril 2002, la pré­sence de Le Pen au se­cond tour avait pro­vo­qué un vé­ri­table séisme po­li­tique et po­pu­laire. Quinze ans plus tard, le Front na­tio­nal s’est ba­na­li­sé, au point que sa qua­li­fi­ca­tion est ac­cueillie dans une in­dif­fé­rence presque to­tale.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - OLI­VIER BEAU MONT ET VA­LÉ­RIE HA CO T @oli­vier­beau­mont @vha­cot1

21 AVRIL 2002-23 AVRIL 2017. Quinze ans plus tard, l’his­toire se ré­pète… mais bien dif­fé­rem­ment. En 2002, quand Jean-Ma­rie Le Pen s’in­vite — à la sur­prise gé­né­rale — au se­cond tour de la pré­si­den­tielle, c’est « Le choc », comme le ti­trait notre jour­nal à l’époque. Dès le ré­sul­tat connu à 20 heures, des cen­taines de mil­liers de Fran­çais conver­geaient spon­ta­né­ment dans les rues des grandes villes pour dire non à Le Pen. Di­manche der­nier, c’est dans un tout autre cli­mat, dans la qua­siin­dif­fé­rence, qu’a été ac­cueillie la nou­velle de la qua­li­fi­ca­tion de la pré­si­dente du Front na­tio­nal. « Autre temps, autres mo eurs»,s’ étonne lui-même JeanMa­rie Le Pen… Fran­çois Hol­lande s’en est ému hier :« Je pense qu’il n’y a pas eu de prise de conscience de ce qui s’est pas­sé di­manche. Ce n’est pas rien, que l’ex­trême droite soit au se­cond tour d’une élec­tion pré­si­den­tielle. » Alors certes, la pré­sence de Ma­rine Le Pen, dont le par­ti a réa­li­sé des scores ca­non aux der­nières élec­tions in­ter­mé­diaires, était at­ten­due. Pen­dant des mois, les son­dages ont même fait d’elle la grande fa­vo­rite de ce pre­mier tour. Mais l’ef­fet de non-sur­prise ne sau­rait tout ex­pli­quer.

En quinze ans, la France a chan­gé. La me­nace ter­ro­riste, les dé­lo­ca­li­sa­tions et la crise fi­nan­cière sont pas­sées par là. C’est aus­si, sur­tout, la grande opé­ra­tion de ra­va­le­ment de fa­çade en­tre­prise par Ma­rine Le Pen de­puis qu’elle a pris les com­mandes du par­ti, en jan­vier 2011, qui ex­plique le peu de ré­ac­tions sus­ci­té. Le Front na­tio­nal s’est ba­na­li­sé. Et Ma­rine Le Pen a en­gran­gé son re­cord de voix. C’est la fa­meuse « dé­dia­bo­li­sa­tion », consis­tant à dé­bar­ras­ser le par­ti de ses vieux ori­peaux ra­cistes, an­ti­sé­mites et xé­no­phobes… Bref, des pro­vo­ca­tions qui ont émaillé la vie du Front sous le règne de Jean-Ma­rie Le Pen, em­bar­ras­sant son hé­ri­tière dans sa quête de res­pec­ta­bi­li­té.

OB­JEC­TIF : FAIRE MOINS PEUR

Pour la fille du vieux lea­deur d’ex­trême droite, 2002 fut même un dé­clic : « Quand j’ai vu ces mil­lions de Fran­çais sor­tir dans la rue pour dire non à Le Pen, j’ai com­pris à quel point la dia­bo­li­sa­tion nous em­pê­che­rait tou­jours d’ac­cé­der un jour au pou­voir », nous confiait-elle, il y a quelques an­nées.

Pro­fes­sion­na­li­sa­tion du par­ti, maillage ter­ri­to­rial avec des élus, re­la­tions moins conflic­tuelles avec les mé­dias et ex­clu­sion sys­té­ma­tique de tous ceux qui dé­rapent… Jus­qu’à JeanMa­rie Le Pen lui-même, vi­ré sans mé­na­ge­ment à l’été 2015. « Cette stra­té­gie a fonc­tion­né », constate le cher­cheur, spé­cia­liste de l’ex­trême droite, Syl­vain Cré­pon. Le FN a-t-il pour au­tant to­ta­le­ment mu­té ? « Oui et non. Le pro­gramme reste le même. Mais c’est vrai que, lorsque Ma­rine Le Pen dé­clare que la Shoah est le sum­mum de la bar­ba­rie, il y a quand même du chan­ge­ment », sou­ligne le cher­cheur.

Ma­rine Le Pen a aus­si soi­gné son image. Se pré­sen­tant comme une femme, mère de fa­mille, pu­bliant des pho­tos de ses chats sur les ré­seaux so­ciaux… Avec un ob­jec­tif : faire moins peur. Mis­sion en par­tie ac­com­plie. Et puis, comme le ré­sume un cadre fron­tiste : « Les gens partent du prin­cipe qu’elle ne ga­gne­ra pas au se­cond tour. Ils se disent que ce n’est pas trop la peine de s’in­quié­ter. »

JE PENSE QU’IL N’Y A PAS EU DE PRISE DE CONSCIENCE DE CE QUI S’EST PAS­SÉ DI­MANCHE” FRAN­ÇOIS HOL­LANDE

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