Deux Le Pen à quinze ans d’écart

Si le FN fait moins peur, c’est aus­si parce qu’il a chan­gé de vi­sage. « Je suis un an­cien pa­ra­chu­tiste, elle est une mère de fa­mille, c’est nor­mal qu’elle soit plus ras­su­rante », ré­sume Jean-Ma­rie Le Pen.

Le Parisien (Paris) - - FAIT DU JOUR - TEXTES : VA­LÉ­RIE HACOT

1 Le front ré­pu­bli­cain fis­su­ré

« Le front ré­pu­bli­cain a pris du plomb dans l’aile », ri­cane Jean-Ma­rie Le Pen. Après le choc du 21 avril 2002, la classe po­li­tique, una­nime, avait ap­pe­lé à faire bar­rage au Front na­tio­nal. Même Jean-Luc Mé­len­chon, alors au PS, avait contri­bué à ce que Jacques Chi­rac re­cueille un score digne d’une Ré­pu­blique ba­na­nière (82 %). « Met­tez des gants si vous vou­lez, mais vo­tez », ex­hor­tait-il à l’époque.

Quinze ans plus tard, c’est une tout autre his­toire. Le même Mé­len­chon di­manche n’a pas don­né de consigne de vote, ren­voyant Le Pen et Ma­cron dos à dos. Les Ré­pu­bli­cains ap­pellent à « vo­ter contre Ma­rine Le Pen », mais cer­tains élus, comme Jacques Myard, se sont pro­non­cés pour le ni-ni. Fran­çoise Hos­ta­lier, ex-se­cré­taire d’Etat LR, sou­tien de Fillon, vo­te­ra, elle, pour Ma­rine Le Pen.

2 Pas de grandes ma­ni­fes­ta­tions

Des cen­taines de mil­liers de per­sonnes qui se re­trouvent spon­ta­né­ment place de la Ré­pu­blique à Pa­ris, quelques heures à peine après l’an­nonce du ré­sul­tat du 1er tour, le 21 avril au soir. Dix jours plus tard, le 1er Mai, ce sont des dé­fi­lés géants de plus d’un mil­lion de per­sonnes dans toute la France — dont une ma­ni­fes­ta­tion monstre à Pa­ris — pour ap­pe­ler à faire bar­rage à Jean-Ma­rie Le Pen.

Le contraste est au­jourd’hui sai­sis­sant. Di­manche soir, seuls quelques grou­pus­cules d’ex­trême gauche ont in­ves­ti la place de la Bas­tille pour faire le coup de poing. Et lun­di, ils n’étaient que quelques cen­taines à ré­pondre à l’ap­pel de SOS Ra­cisme et des or­ga­ni­sa­tions étu­diantes à Ré­pu­blique… De même hier, seuls une poi­gnée de sym­pa­thi­sants de gauche se sont ras­sem­blés place d’Ita­lie. Une bien maigre mo­bi­li­sa­tion, en tout cas pour l’ins­tant.

3 Cette fois il y au­ra un dé­bat

« Face à l’in­to­lé­rance et à la haine, il n’y a pas de tran­sac­tion pos­sible, pas de com­pro­mis­sion pos­sible, pas de dé­bat pos­sible. » En 2002, Jacques Chi­rac avait fer­mé la porte trois jours après le 21 avril. Pour la pre­mière fois de­puis 1974, le tra­di­tion­nel dé­bat entre les deux fi­na­listes de la course à la pré­si­den­tielle n’avait donc pas eu lieu. « Une pi­teuse dé­ro­bade », avait dé­non­cé à l’époque Jean-Ma­rie Le Pen.

Chan­ge­ment de ton cette an­née. Il est vrai qu’avant le pre­mier tour, Ma­rine Le Pen avait par­ti­ci­pé aux dé­bats té­lé­vi­sés avec ses ad­ver­saires. Dès lun­di, Em­ma­nuel Ma­cron a ac­cep­té la confron­ta­tion avec la pa­tronne du FN le 3 mai, soit quatre jours avant le se­cond tour. Et à en croire les proches du can­di­dat d’En Marche !, ce der­nier n’y va pas à re­cu­lons : « C’est un dé­bat que nous vou­lons », a ain­si as­su­ré sur Eu­rope 1 son por­te­pa­role Ben­ja­min Gri­veaux.

4 Faire cam­pagne n’est plus im­pos­sible

Bru­no Goll­nisch, di­rec­teur de cam­pagne de JeanMa­rie Le Pen en 2002, s’en sou­vient en­core : im­pos­sible d’or­ga­ni­ser une cam­pagne d’en­tre­deux-tours nor­male. « On avait ten­té de mon­ter une con­fé­rence de presse à Bruxelles, et la salle avait été en­va­hie par des dé­pu­tés hos­tiles. » De même, le mee­ting or­ga­ni­sé à Mar­seille avait été per­tur­bé par des ma­ni­fes­ta­tions. Et, échau­dés par le cli­mat, peu de mi­li­tants s’y étaient ren­dus.

Ma­rine Le Pen, elle, mène sa cam­pagne sur les cha­peaux de roue en mul­ti­pliant les dé­pla­ce­ments : un mar­ché dans le Nord lun­di, une vi­site à Run­gis hier, une autre pro­gram­mée dans le Gard demain avant un grand mee­ting à Nice demain soir. VI­DÉO

Pa­ris, le 22 avril 2002. Au len­de­main du pre­mier tour, des mil­liers de per­sonnes dé­filent pour faire bar­rage à Jean-Ma­rie Le Pen.

Pa­ris, hier. Seuls quelques sym­pa­thi­sants de gauche se sont ras­sem­blés place d’Ita­lie.

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