Ten­tée par le vote FN mais…

Le Parisien (Paris) - - FAIT DU JOUR - MARJORIE LENHARDT À ARGENTEUIL (VAL-D’OISE)

DANS SON EN­TOU­RAGE, elle évite le su­jet car ses pro­pos pour­raient cho­quer et « cas­ser la fa­mille ». Ch­ris­ti­na, 55 ans, fille d’immigrés al­gé­riens, le confie ano­ny­me­ment, car chez elle, à Argenteuil, elle ne l’as­su­me­rait pas : cer­taines idées de Ma­rine Le Pen la sé­duisent. Et si cette der­nière ne s’était pas « at­ta­quée à l’is­lam », Ch­ris­ti­na au­rait sans doute vo­té pour elle au se­cond tour. Mais au lieu de ce­la, elle a choi­si de ne pas choi­sir.

Au pre­mier tour, elle s’est lais­sée em­por­ter par un « en­goue­ment gé­né­ral » pour Jean-Luc Mé­len­chon. Dans son quar­tier de la ZUP d’Argenteuil, plus connu sous le nom de la Dalle, où Ni­co­las Sar­ko­zy avait pro­mis de dé­bar­ras­ser les ha­bi­tants des « ra­cailles », le can­di­dat de la France in­sou­mise a d’ailleurs re­cueilli plus de 46 % des suf­frages. Mais au se­cond tour, pas ques­tion pour Ch­ris­ti­na de se lais­ser in­fluen­cer par le dis­cours an­ti-FN.

Au­tour d’elle, nom­breux sont pour­tant ceux qui se tour­ne­ront vers Em­ma­nuel Ma­cron pour évi­ter « la bête noire », comme la sur­nomme Mouf­fak Ba­daoui : le pré­sident de l’as­so­cia­tion Dar­sa­lem, re­pré­sen­tant la com­mu­nau­té al­gé­rienne d’Argenteuil, forte de plus de 30 000 per­sonnes, a d’ailleurs ap­pe­lé tous les ci­toyens à faire bar­rage à Le Pen.

Ch­ris­ti­na, elle, ne voit pas Ma­rine Le Pen comme une « bête noire ». « Elle pro­pose des choses que j’aime bien : le re­tour au franc et la fer­me­ture des fron­tiè- res, énu­mère-t-elle. Il y a trop d’immigrés, et le contexte n’est plus le même que lorsque moi je suis ar­ri­vée avec mes pa­rents. »

Ch­ris­ti­na est ar­ri­vée en France à l’âge de 1 an. Elle a vé­cu quelques an­nées dans un bi­don­ville avant de s’ins­tal­ler dans un « vrai ap­par­te­ment ». « Mais mon père a tout de suite tra­vaillé chez Otis, le fa­bri­cant d’as­cen­seurs. C’était une pé­riode où il y avait tout à construire ici, on avait be­soin de nous », sou­ligne-t-elle. Con­trai­re­ment à au­jourd’hui : « Je ne suis pas contre les immigrés, mais il faut leur dire clai­re­ment et gen­ti­ment qu’il n’y a rien pour eux ici. Ce n’est pas le luxe, on sur­vit ! » s’in­surge-t-elle.

Ré­vol­tée. C’est ain­si que Ch­ris­ti­na se sent. Elle qui a tra­vaillé dans l’in­dus­trie, puis la coif­fure, puis le gar­dien­nage est sans em­ploi de­puis plus de dix ans, après avoir été re­con­nue tra­vailleuse han­di­ca­pée. « Je suis ré­vol­tée de tout car je veux tra­vailler, et je n’ar­rive pas à trou­ver un em­ploi. J’ai fait plu­sieurs for­ma­tions et je suis tou­jours au RSA. » Pour elle, le re­tour au franc se­rait sy­no­nyme d’une pé­riode plus faste : « Quand on avait en­core du pou­voir d’achat et que je pou­vais em­me­ner mes en­fants en va­cances. »

IL Y A TROP D’IMMIGRÉS, ET LE CONTEXTE N’EST PLUS LE MÊME QUE LORSQUE MOI JE SUIS AR­RI­VÉE

PA­RENTS” AVEC MES CH­RIS­TI­NA, 55 ANS, FILLE D’IMMIGRÉS AL­GÉ­RIENS

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.