Le­mai­reetses«connards»d’élec­teurs

Ul­cé­ré par l’am­pleur du vote FN dans sa com­mune, ce maire du Pas-de-Ca­lais a dé­clen­ché une sa­crée po­lé­mique.

Le Parisien (Paris) - - POLITIQUE -

Face à une jour­na­liste de l’heb­do­ma­daire lo­cal « l’Ave­nir de l’Ar­tois » qui, à l’heure de la pro­cla­ma­tion des ré­sul­tats, lui fai­sait com­men­ter le ver­dict des urnes, il s’est « em­por­té ». « Il est pos­sible que je dé­mis­sionne car je ne veux pas consa­crer ma vie à des connards », dé­cla­rait-il. Ces ad­mi­nis­trés vi­sés, ce sont les 1 323 élec­teurs qui ont of­fert leur voix à Ma­rine Le Pen, soit 38 % des suf­frages. La pe­tite phrase de l’ar­ticle se re­trouve sur Twit­ter, im­mé­dia­te­ment par­ta­gée des mil­liers de fois. « Ce n’était pas mon but. Il y a quelques jours en­core, je ne sa­vais pas ce qu’était un tweet », as­sure le pre­mier ma­gis­trat. fond, je ne regrette pas », ex­plique l’élu, épui­sé par cette po­lé­mique. Fi­na­le­ment, à la de­mande de tous ses ad­joints réunis mar­di soir, il a dé­ci­dé de ne pas rendre son écharpe tri­co­lore. « Nous sommes so­li­daires, même si le mot n’était pas ap­pro­prié. Il ne pen­sait pas que ça pren­drait une telle am­pleur. Mais c’est un hé­ros, mon maire ! » sa­lue sa pre­mière ad­jointe, Na­tha­lie De­lan­noy. Elle non plus ne com­prend pas cette pous­sée du Front na­tio­nal sur ses terres. « Il n’y a pas d’im­mi­gra­tion, pas d’in­sé­cu­ri­té, pas de voi­tures qui brûlent… » énu­mère-t-elle. « Ici, il fait bon vivre », ré­sume Sé­ve­rine, ins­ti­tu­trice.

Mais alors, qu’en pensent les « connards » qui ont glis­sé un bul­le­tin Le Pen, à l’ins­tar de Vé­ro­nique, 56 ans, pa­tronne du barP­MU le Vin­cennes ? « Main­te­nant, quand mes clients dé­barquent, je dis :

iro­nise-t-elle der­rière son comp­toir. Le ju­ron l’a cho­quée. « Si Ma­rine elle passe, qu’est-ce qu’il va dire ? Bon, nous, on va res­ter po­lis, si­non on n’en a pas fi­ni. Il de­vait être en co­lère, il a par­lé trop vite. Mais il doit sa­voir que tout le monde ici en a marre. Les gens n’ont plus les moyens d’al­ler au bis­trot », ob­serve la com­mer­çante contes­ta­taire, qui, lors des mu­ni­ci­pales en 2014, avait vo­té pour ce­lui qui reste… « un bon maire » ! Di­dier, re­trai­té de 62 ans, a éga­le­ment été « un peu re­froi­di » par le gros mot parce que « tout le monde est libre de vo­ter pour qui il veut ». « Mais je lui par­donne, je ne lui en veux pas », ré­pète l’ex­chauf­feur rou­tier. Dans le co­ron, cer­tains élec­teurs de gauche, eux, ap­plau­dissent l’écart ver­bal. « Je suis tout à fait d’ac­cord avec lui, dé­fend Mu­riel, mé­len­cho­niste de 57 ans. Et mon père, qui est dé­cé­dé, an­cien mi­neur et mi­li­tant com­mu­niste, au­rait dit exac­te­ment la même chose… »

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