Le­ren­sei­gne­ment fran­çai­sac­cu­seAs­sad

Pour les ser­vices de ren­sei­gne­ment fran­çais, l’at­taque, dé­but avril, au gaz sa­rin contre la lo­ca­li­té sy­rienne de Khan Chei­khoun porte « la si­gna­ture » de Da­mas.

Le Parisien (Paris) - - POLITIQUE - DOMITILLE ARRIVET

au gaz sa­rin ne fait au­cun doute, la res­pon­sa­bi­li­té du ré­gime sy­rien ne fait pas de doute non plus. » Le mi­nistre des Af­faires étran­gères fran­çais, Jean-Marc Ay­rault, a confir­mé hier les soup­çons qui pe­saient sur la Sy­rie de Ba­char al-As­sad, à la suite de l’at­taque chi­mique du 4 avril contre la ville re­belle de Khan Chei­khoun. Un acte qui avait cau­sé la mort par étouf­fe­ment de 88 per­sonnes, dont 31 en­fants.

Ré­vol­tés par cette at­teinte à la po­pu­la­tion ci­vile, la France et ses par­te­naires oc­ci­den­taux avaient an­non­cé qu’une en­quête se­rait me­née pour prou­ver que le gaz sa­rin uti­li­sé lors de cette at­taque l’avait bien été par les forces sy­riennes elles-mêmes.

Pa­ris ne doute plus désor- mais que le ré­gime de Da­mas est bien res­pon­sable de cette at­taque, ce que Ba­char al-As­sad avait fer­me­ment dé­men­ti. Le ren­sei­gne­ment fran­çais se base sur ses pré­lè­ve­ments réa­li­sés sur le ter­rain, et sur les vic­times. Ils confirment que l’agent chi­mique uti­li­sé est bien du sa­rin, comme l’Or­ga­ni­sa­tion pour l’in­ter­dic­tion des armes chi­miques (OIAC) l’avait an­non­cé le 20 avril.

Le pro­cé­dé est, par ailleurs, ty­pique des mé­thodes uti­li­sées dans les la­bo­ra­toires sy­riens. En at­teste, se­lon les ex­perts du ren­sei­gne­ment, la si­mi­li­tude avec d’autres pré­lè­ve­ments ef­fec­tués sur une gre­nade ré­cu­pé­rée lors de l’at­taque d’avril 2013 sur la ville sy­rienne de Sa­ra­qeb au nord-ouest du pays. De l’hexa­mine, une sub­stance qui sta­bi­lise le gaz sa­rin uti­li­sé par Da­mas, a été re­trou­vée dans les deux cas. En­fin, der­nier in­di­ca­teur : le mode de dis­per­sion de ce gaz. Les frappes aériennes sur Khan Chei­khoun ont été ef­fec­tuées par un chas­seur bom­bar­dier Su­khoi 22 que le ré­gime sy­rien est le seul à pos­sé­der.

« Il nous ap­par­tient col­lec­ti­ve­ment de pré­ser­ver le ré­gime de non-pro­li­fé­ra­tion d’armes chi­miques, l’un des fon­de­ments de l’ordre in­ter­na­tio­nal et de notre sé­cu­ri­té col­lec­tive. Les au­teurs de ces atro­ci­tés de­vront en ré­pondre de­vant la jus­tice in­ter­na­tio­nale et la France conti­nue­ra à s’en­ga­ger dans ce sens », a pro­mis le mi­nistre qui vit ses der­niers jours au Quai d’Or­say.

De leur cô­té, en com­plé­ment des frappes aériennes de re­pré­sailles que le pré­sident amé­ri­cain Do­nald Trump avait en­ga­gées le 7 avril, les Etats-Unis ont an­non­cé lun­di des sanc­tions contre 271 scien­ti­fiques du la­bo­ra­toire sy­rien qui semble être à l’ori­gine de la créa­tion du gaz chi­mique.

« Les preuves ap­por­tées au­jourd’hui par la France sont conformes à sa vo­lon­té de gar­der son in­dé­pen­dance en ma­tière de ren­sei­gne­ment, ana­lyse Elie Tenenbaum, chercheur à l’Ins­ti­tut fran­çais des re­la­tions in­ter­na­tio­nales, mais elles ne de­vraient pas chan­ger la donne. En l’ab­sence de plan B à Ba­char al-As­sad, je ne vois pas les Etats-Unis, et en­core moins la France, al­ler plus loin contre le ré­gime. Ça prouve juste l’inefficacité du dis­po­si­tif de désarmement né­go­cié en 2013 et que le ré­gime n’a pas dé­man­te­lé son ar­se­nal chi­mique, con­trai­re­ment à l’en­ga­ge­ment qu’il avait pris alors. »

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