Les po­li­ciers et la morte vi­vante

Morte pour le mé­de­cin du Sa­mu, elle ne doit la vie sauve qu’aux deux po­li­ciers ve­nus consta­ter son dé­cès.

Le Parisien (Paris) - - FAITS DIVERS - CÉ­LINE CAREZ

comme l’un des plus mar­quants de leur car­rière. Deux po­li­ciers ont en ef­fet em­pê­ché qu’une Pa­ri­sienne de 49 ans soit en­ter­rée vi­vante. Jeu­di der­nier, cette mère de fa­mille, di­vor­cée et souf­frant d’ano­rexie sé­vère de­puis l’âge de 20 ans, est se­cou­rue par les pom­piers et le Sa­mu.

L’in­ter­ven­tion a lieu à son do­mi­cile, au sud de Pa­ris, dans un ap­par­te­ment au 1er étage d’une tour du square Du­nois, le long du mé­tro aé­rien (XIIIe). C’est sa fille de 18 ans qui la trouve ina- ni­mée et ap­pelle le 17 de po­lice se­cours de­puis la loge de la gar­dienne.

« On est ap­pe­lé pour ar­rêt car­diaque », se sou­vient une source po­li­cière. Les pom­piers de la ca­serne Mas­se­na dé­barquent. Le mé­de­cin du Sa­mu de l’hô­pi­tal de la Sal­pê­trière (XIIIe) constate que la vic­time ne res­pire plus, la dé­clare morte à 18 h 10 et signe le cer­ti­fi­cat de d é cè s « ave c u n ob s t a c l e mé­di­co-lé­gal » (cause sus­pecte). Une heure plus tard, la po­lice prend donc le re­lais.

Un of­fi­cier de po­lice ju­di­ciaire et un gar­dien de la paix du com­mis­sa­riat du XIIIe ar­ron- dis­se­ment com­mencent les consta­ta­tions, comme c’est l’usage, pour l’en­quête aux fins de re­cherche des causes de la mort. Ils sou­lèvent le drap sous le­quel re­pose la dé­pouille. Et là, « on constate des mou­ve­ments au ni­veau du ventre », s’étrangle l’un d’eux. Le gar­dien de la paix prend le pouls au ni­veau de la veine ju­gu­laire et constate une ré­ac­tion. L’of­fi­cier dé­croche alors illi­co son té­lé­phone pour un « coa­ching » de massage car­diaque à dis­tance avec les pom­piers. L’opé­ra­tion dure trente mi­nutes, re­layée par des col­lègues. L’un d’eux tient la main de la femme et lui parle. Le coeur de la vic­time re­part « sur un rythme de croi­sière ». Les po­li­ciers rap­pellent le mé­de­cin des pom­piers afin qu’il re­vienne et constate of­fi­ciel­le­ment que la dame est bien vi­vante. Elle est en­suite trans­por­tée en ré­ani­ma­tion à Ne­cker.

« C’est une ré­sur­rec­tion après Pâques », s’en­thou­siasme Jé­rôme Cou­met, le maire PS du XIIIe. « Une his­toire de dingue, pour­suit Yvan As­sio­ma, se­cré­taire ré­gio­nal Pa­ris du syn­di­cat Al­liance, un scé­na­rio in­ima­gi- nable. Leur ré­ac­tion a été sa­lu­taire pour la mal­heu­reuse. » La com­mis­saire de po­lice du XIIIe a de­man­dé que ses deux fonc­tion­naires soient dé­co­rés de la mé­daille du cou­rage et du dé­voue­ment.

Il reste à sa­voir comment le mé­de­cin a pu dé­cla­rer morte une vi­vante ? « Y a-t-il eu faute ? » s’in­ter­roge une source proche du dos­sier. A l’AP-HP (As­sis­tance pu­blique-Hô­pi­taux de Pa­ris), une en­quête ad­mi­nis­tra­tive de­vrait être ou­verte. Contac­té hier soir, l’ad­mi­nis­tra­teur de garde de l’AP-HP n’a pu confir­mer l’ou­ver­ture d’une en­quête. Il a re­fu­sé de s’ex­pri­mer.

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