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Le Parisien (Paris) - - LE JOURNAL DE PARIS -

ls ont po­sé leurs sacs et leurs fins ma­te­las à mi-che­min d’une al­lée, au 4e sous-sol. Ils sont quatre, avec deux chiens, qui font leur lit avec des gestes d’ha­bi­tude, sur le bi­tume d’un parc de sta­tion­ne­ment. Plu­tôt contents d’avoir trou­vé re­fuge dans ce vaste coin de par­king que la nuit a vi­dé, au­des­sus de la gare de Lyon (XIIe).

Au ni­veau su­pé­rieur, un autre homme seul dort dé­jà, ca­ché dans un re­coin. Invisible, sauf pour Mouc­tar et Ba­ka­ri, les deux agents d’ex­ploi­ta­tion de ce par­king pu­blic In­di­go. Il est à peine 23 heures et « ce soir ils sont peu nom­breux », note Ba­ka­ri. « En hi­ver, ils ar­rivent beau­coup plus tôt, par­fois par di­zaines. Ils ne de­man-

Les sans-abri, ces deux em­ployés d’In­di­go ont ap­pris à les cô­toyer. Ce parc de 300 places est l’un des sites où est ex­pé­ri­men­té, de­puis la se­maine der­nière, un dis­po­si­tif in­édit de ma­raudes, nées du par­te­na­riat entre le groupe In­di­go et le Sa­mu so­cial de Pa­ris.

Des ma­raudes à la ren­contre de ces « in­vi­sibles » que les tra­vailleurs so­ciaux ne « vi­sitent » pas ha­bi­tuel­le­ment, dans les rues. « Nous in­ter­ve­nons dans les es­paces pu­blics mais pas dans le mé­tro ni les par­kings, donc pour nous c’est aus­si nou­veau, même si notre mis­sion est la même », rap­pelle la di­rec­trice ad­jointe du pôle ré­gu­la­tion du Sa­mu so­cial, Lau­ra Charrier. La conven­tion si­gnée avec In­di­go com­prend éga­le­ment la sen­si­bi­li­sa­tion et la for­ma­tion de 250 agents d’ex­ploi­ta­tion à la « bonne at­ti­tude » dans leur contact avec les SDF. « Faire en sorte que ces der­niers ne se sentent pas agres­sés et que l’agent ne se sente pas en dan­ger », s’ac­cordent les par­te­naires.

En dé­but de nuit dans ce par­king pu­blic, San­drine l’in­fir­mière, Atef le chauf­feur et Quen­tin le tra­vailleur so­cial ont des­cen­du la rampe dans les pas de Ba­ka­ri. Le dia­logue s’amorce avec les 4 hommes aux chiens. « Vous avez man­gé ? Vous dor­mez sou­vent ici ? On est là pour voir si tout va bien, vous don­ner des adresses peut-être ? », pro­pose San­drine, vo­lon­tai­re­ment en re­trait. Ne rien brus­quer. « On pas­se­ra de temps en temps », pro­pose-t-elle. « Nouer le contact de­mande du temps, d’où l’in­té­rêt de se don­ner deux mois d’ex­pé­ri­men­ta­tion. Ce­la per­met­tra aus­si de mieux cer­ner s’ils ont des be­soins dif­fé­rents », es­time la jeune femme.

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