Comment Ma­rine Le P en veut sé­duire les In sou­mis

Le Parisien (Paris) - - FAIT DU JOUR - PAR MYRIAM ENCAOUA (AVEC O.B.)

C’EST CE QUI S’AP­PELLE une drague lourde. De­puis di­manche soir, Ma­rine Le Pen ne mé­nage pas sa peine pour faire les yeux doux aux quelque sept mil­lions d’élec­teurs de Jean-Luc Mé­len­chon, ré­ser­voir cru­cial de votes pour le 2d tour. Et comme dans toutes les dé­cla­ra­tions d’amour, les mots ont leur im­por­tance. Alors, la can­di­date du FN a dé­ci­dé de faire simple en se met­tant à par­ler comme… Mé­len­chon. Em­ma­nuel Ma­cron ? « Can­di­dat de la France sou­mise » a-t-elle lan­cé sur TF 1 il y a deux jours, dé­tour­nant le slo­gan du qua­trième homme du scru­tin ; elle s’est pré­sen­tée comme la can­di­date du peuple contre « l’oli­gar­chie », un vo­ca­bu­laire es­tam­pillé Mé­len­chon, avant de s’éri­ger en rem­part contre « l’ar­gent roi », l’une des for­mules fé­tiches du PCF.

Ces ap­pels du pied, l’équipe de cam­pagne de Ma­rine Le Pen les as­sume plei­ne­ment : « Il s’agit de mon­trer qu’il y a des pas­se­relles pos­sibles. Ma­cron est un ré­pul­sif pour l’élec­to­rat mé­len­cho­niste qui le voit comme l’hé­ri­tier de Fran­çois Hol­lande, ex­plique un pro­che­de­la­can­di­date.On­ne­leur de­mande pas d’être convain­cus par­ce­que­ditMa­ri­neLePen,mais de consta­ter que son pro­gramme est un moindre mal. »

L’opé­ra­tion sé­duc­tion ne s’ar­rête pas là. Un tract poin­tant les conver­gences des deux pro­grammes a fait son ap­pa­ri­tion sur les ré­seaux so­ciaux. Un sa­vant mé­lange entre les deux cam­pagnes où l’on peut lire « L’ave­nir en

com­mun (NDLR : nom du pro

gramme de Mé­len­chon), c’est aus­si avec Ma­rine » et voir la rose bleue fron­tiste af­fi­chée au-des­sus des deux pho­tos Le Pen-Mé­len­chon comme deux co­lis­tiers. Le tract va jus­qu’à lis­ter des si­mi­li­tudes entre les deux pro­grammes. Sor­tie des trai­tés eu­ro­péens, abro­ga­tion de la loi El Khom­ri, re­traite à 60 ans. Cette ré­cu­pé­ra­tion mas­quée a fait bon­dir Alexis Cor­bière. Le porte-pa­role de la France in­sou­mise dé­nonce une ma­ni­pu­la­tion. Le FN, lui, se dé­fend d’en être à l’ori­gine, mais l’en­tou­rage de la can­di­date ne boude pas son plai­sir : « Si ce tract a car­ton­né sur la Toile, c’est qu’il vise juste » sou­rit un fron­tiste.

LES RÉSERVES DE VOIX SONT POTENTIELLEMENT DEUX FOIS PLUS IMPORTANTES CHEZ LES ORPHELINS DE FILLON

Mais cette stra­té­gie est-elle la bonne ? Il existe, certes, des points de pas­sage. Le bas­cu­le­ment­du­vo­teou­vrier­com­mu­niste vers le FN en té­moigne, et Ma­rine Le Pen n’a pas at­ten­du d’al­ler au che­vet des sa­la­riés de Whirl­pool à Amiens pour le sa­voir. Mais la so­cio­lo­gie de ces deux élec­to­rats n’est pas le même. « La vieille théo­rie qui veut que les deux ex­trêmes se re­joignent ne se vé­ri­fie pas em­pi­ri­que­ment. La seule fois où ils ont conver­gé, c’est pour dire non au ré­fé­ren­dum sur la Cons­ti­tu­tion eu­ro­péenne en 2005, mais ça n’était pas une élec­tion. Il n’y au­ra pas de re­port en masse des mé­len­cho­nistes vers Ma­rine Le Pen car les ressorts fon­da­men­taux de ces deux votes sont très dif­fé­rents », ana­lyse le politologue Bru­no Cautrès, duCe­vi­pof.Et10à15 %seule­ment des élec­teurs de Mé­len­chon pour­raient se re­por­ter sur le vote Le Pen, se­lon les pre­mières es­ti­ma­tions. Les réserves de voix sont potentiellement deux fois plus importantes à droite chez les orphelins de Fran­çois Fillon.

Il y a cinq ans, le lea­deur du Front de gauche et la pa­tronne du FN s’étaient vio­lem­ment dis­pu­té la cir­cons­crip­tion d’Hé­nin-Beaumont aux élec­tions lé­gis­la­tives. Le pre­mier avait été ac­cu­sé de jouer les idiots utiles de la se­con­deen­con­tri­buan­tà­sur­mé­dia­ti­ser sa cam­pagne. Cette fois, mal­gré l’as­sour­dis­sant si­lence de Mé­len­chon dans cet entre-deux-tours, se­sé­lec­teurs­ne­de­vraient­pas­faire la courte échelle à Ma­rine Le Pen. IL N’Y AU­RA PAS DE RE­PORT EN MASSE DES MÉ­LEN­CHO­NISTES VERS MA­RINE LE PEN CAR LES RESSORTS FON­DA­MEN­TAUX DE CES DEUX VOTES SONT TRÈS DIF­FÉ­RENTS” BRU­NO CAUTRÈS, POLITOLOGUE

Un tract poin­tant les conver­gences entre les deux pro­grammes cir­cule sur les ré­seaux so­ciaux, avec Ma­rine Le Pen et Jean-Luc Mé­len­chon en pho­to comme des co­lis­tiers. Alors que Jean-Luc Mé­len­chon n’a pas don­né de consigne de vote, Ma­rine Le Pen tente de ré­cu­pé­rer son élec­to­rat.

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