MA­CRON - LE PEN, LA GUERRE DES IMAGES

Les deux pré­ten­dants à l’Ely­sée se mettent en scène jus­qu’à la ca­ri­ca­ture pour sé­duire des élec­teurs dont le choix n’est pas en­core ar­rê­té.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - PAR OLI­VIER­BEAU­MONT ET PAULINE THÉVENIAUD @oli­vier­beau­mont @Pau­li­ne_Th

UNE SCÈNE, DEUX IMAGES. Ma­rine Le Pen dé­bar­quant à l’im­pro­viste sur le site de l’usine Whirl­pool d’Amiens. Em­ma­nuel Ma­cron pris de court et qui en fait au­tant quelques ins­tants plus tard. Une scène in­édite dont seule la po­li­tique a le se­cret, re­trans­mise en temps réel par les chaînes d’in­fo conti­nue et lar­ge­ment com­men­tée sur les ré­seaux so­ciaux. Mer­cre­di, l’en­tre­deux-tours est en­tré dans sa phase pa­roxys­tique, une dra­ma­ti­sa­tion digne d’un feuille­ton té­lé. Of­frant là une sé­quence dont on se sou­vien­dra très long­temps. Le poids des mots, certes. Mais sur­tout le choc des pho­tos. A dix jours du se­cond tour, les deux fi­na­listes ont dé­ci­dé de se rendre coup pour coup. Une guerre de l’image avec la can­di­date du FN qui tente, pour le mo­ment, d’im­po­ser son tem­po, du moins sur le plan mé­dia­tique. Mar­di ma­tin à l’aube sur le mar­ché de Run­gis, mer­cre­di à Amiens et hier dès po­tron-mi­net à bord d’un cha­lu­tier au large du Grau-du-Roi (Gard). Une can­di­date au mi­lieu de cette France qui se lève tôt. Ce à quoi le can­di­dat d’En marche ! ré­plique par un dé­pla­ce­ment à Sar­celles (Val-d’Oise) dans l’après-mi­di, pré­vu la veille, au pied des tours et au mi­lieu de jeunes en­fants et ado­les­cents mé­tis­sés criant « Ma­cron pré­sident ! ». « Ma­dame Le Pen, elle ne peut pas­ve­nir­dan­sun­quar­tier­com­me­ce­lui-ci. Car qu’est-ce qu’elle veut ? Elle veut qu’ils s’en aillent », ba­lance-t-il, avant de ti­rer un pé­nal­ty face ca­mé­ra.

Dire que les deux ad­ver­saires ont pré­vu de soi­gner leur com­mu­ni­ca­tion est un eu­phé­misme. Ma­cron ne laisse rien au ha­sard. C’est cette vi­déo au mi­lieu des sa­la­riés de Whirl­pool, re­trans­mise en di­rect sur son compte Fa­ce­book, et bien sûr mise à la dis­po­si­tion des mé­dias. Cette image au tré­bu­chet, il la tra­vaille avec une poi­gnée de très proches.

SYMBOLES

Comme Ma­rine Le Pen. « Chez nous, pas de gou­rous, ni conseiller com ! » se dé­fend son di­rec­teur de cam­pagne, Da­vid Ra­chline. « On gère ça au sein d’une pe­tite équipe, on lui sug­gère des idées, mais c’est tou­jours elle qui est à l’ini­tia­tive et qui tranche au fi­nal », re­prend Phi­lippe Oli­vier, son beau-frère, res­pon­sable de la cel­lule Idées et image. Le coup d’Amiens ? « To­ta­le­ment im­pro­vi­sé, au fee­ling », dit-on. Mais ja­mais dé­nué d’ar­rière-pen­sées po­li­tiques. « On était en réunion, elle voyait les images de Ma­cron avec l’in­ter­syn­di­cale à la té­lé. Puis elle a dé­ci­dé d’y al­ler, comme ça, à l’ins­tinct », pour­suit-il. Même chose pour son af­fiche de cam­pagne. « Ma­rine avait po­sé quelques prin­cipes. Elle vou­lait se mettre en si­tua­tion de pré­si­dente de la Ré­pu­blique, d’où le bureau avec la bi­blio­thèque der­rière, une pos­ture ré­ga­lienne et sur­tout fé­mi­nine », en­chaîne Oli­vier. Quant au ge­nou ap­pa­rent ? « To­ta­le­ment vo­lon­taire aus­si. C’est un signe de li­ber­té, pour dire qu’en France les femmes s’ha­billent comme elles le veulent. »

Les symboles, tou­jours les symboles. Et les deux concur­rents n’ont pas fi­ni de s’envoyer des cartes pos­tales. « On pro­met d’autres dé­pla­ce­ments sur­prises dans les pro­chains jours », as­sure l’en­tou­rage de Ma­rine Le Pen. Au­jourd’hui, l’an­cien mi­nistre de l’Eco­no­mie se ren­dra pour sa part à Ora­dour-sur-Glane (Haute-Vienne), vil­lage mas­sa­cré par les SS en juin 1944. Tout sauf un ha­sard, bien sûr… « Quand vous avez face à vous une can­di­date qui re­nou­velle ce qu’elle a pu dire sur le Vél d’Hiv, qui est l’hé­ri­tière di­recte et as­su­mée de quel­qu’un qui a por­té le né­ga­tion­nisme en France, bien sûr que ce­la a du sens », jure Ma­cron.

E N U E J E L R E I V LI O / P L

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