Trump : 100 jours et une im­po­pu­la­ri­té re­cord

ÉTATS-UNIS Après une cam­pagne-ou­ra­gan, ses 100 pre­miers jours à la Mai­son-Blanche ont de quoi dé­con­cer­ter. Comme si en­dos­ser le cos­tume avait as­sa­gi l’homme d’af­faires… qui reste tou­te­fois très im­po­pu­laire.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - DE NOTRE CORRESPONDANTE CHLOÉ COHEN À NEW YORK (ÉTATS-UNIS)

SOUVENEZ-VOUS, il y a quelques mois, Do­nald Trump pro­met­tait de rendre l’Amé­rique meilleure en 100 jours. Le pré­sident avait même éla­bo­ré un plan d’ac­tion pour ce cap sym­bo­lique, avec comme me­sures phares la construc­tion d’un mur à la fron­tière avec le Mexique — dont le fi­nan­ce­ment reste en­core un mystère — ou le dé­man­tè­le­ment de l’Oba­ma­care (l’as­su­rance san­té créée par son pré­dé­ces­seur pour of­frir une cou­ver­ture san­té aux Amé­ri­cains).

Les 100 jours se­ront at­teints de­main et… rien de tout ce­la ne s’est pas­sé. Pis, trois mois après son en­trée en fonc­tion, le pré­sident mil­liar­daire bat tous les records d’im­po­pu­la­ri­té : il re­cueille seule­ment 42 % d’opi­nions fa­vo­rables, se­lon un son­dage pour le « Wa­shing­ton Post » et ABC News. 53 % des son­dés désap­prouvent sa po­li­tique, contre 26 % pour son pré­dé­ces­seur, Ba­rack Oba­ma. Au­cun néo-pré­sident n’a af­fi­ché des scores aus­si mé­diocres que ceux du ti­tu­laire ac­tuel. Seul le dé­mo­crate Bill Clin­ton avait fait pire (39 %, en avril 1993)… ce qui ne l’a pas em­pê­ché de rem­pi­ler pour un se­cond man­dat.

Dans l’un de ses tweets com­pul­sifs avec les­quels le monde ap­prend à vivre, Do­nald Trump tente de mi­ni­mi­ser les faits dans une volte-face dont lui seul a le se­cret. « Le cap des 100 jours » — for­mule pour­tant ré­pé­tée à l’en­vi pen­dant sa cam­pagne — est de­ve­nu d’un seul coup in­si­gni­fiant. « Peu im­porte tout ce que j’ar­rive à accomplir pen­dant ce stan­dard ri­di­cule des 100 pre­miers jours, et j’en ai fait beau­coup : les mé­dias vont me dé­truire ! » af­firme-t-il, en droite ligne de ses dé­cla­ra­tions sur ces « en­ne­mis du peuple amé­ri­cain ».

En dé­pit de ces chiffres in­quié­tants, la Mai­son-Blanche peut quand même s’ap­puyer sur un autre en­sei­gne­ment du son­dage : seule­ment 2 % des per­sonnes ayant vo­té pour Trump re­grettent de l’avoir fait. La po­pu­la­ri­té du pré­sident est donc ré­duite à son noyau dur, qui tient bon pour l’ins­tant. « La base de Trump lui est très loyale, com­mente Ro­bert Sha­pi­ro, pro­fes­seur de sciences po­li­tiques à l’uni­ver­si­té Co­lum­bia de New York, car il a pro­mis d’accomplir beau­coup de choses et ils ont en­core de l’es­poir. »

Mais le pré­sident n’a pas réus­si à s’at­ti­rer les fa­veurs des dé­mo­crates ni des in­dé­pen- dants. En cause, les nom­breuses po­lé­miques qui ont en­ta­ché son dé­but de man­dat, comme les ac­cu­sa­tions de conni­vence entre son ad­mi­nis­tra­tion et la Rus­sie.

SES CHANGEMENTS DE PIED SONT LÉ­GION

Do­nald Trump, con­trai­re­ment à ses nom­breuses pro­messes, n’a en outre pas ac­com­pli grand­chose de­puis son ar­ri­vée à la Mai­son-Blanche. Mal­gré un Con­grès ré­pu­bli­cain en­clin à le sou­te­nir, le pré­sident a échoué à faire vo­ter des lois d’en­ver­gure. « Sauf la no­mi­na­tion de Neil Gor­such, juge conser­va­teur, à la Cour su­prême, ou la baisse des im­pôts », pré­cise Ro­bert Sha­pi­ro. Et en­core mer­cre­di, Do­nald Trump n’a pré­sen­té qu’une ébauche de ré­forme fis­cale.

Pour le reste, ni son dé­cret an­ti-im­mi­gra­tion (vi­sant à in­ter­dire l’en­trée du ter­ri­toire amé­ri­cain aux res­sor­tis­sants de sept pays mu­sul­mans) — plu­sieurs fois blo­qué par des juges fé­dé­raux — ni son tor­pillage de l’Oba­ma­care n’ont pu abou­tir. Et ses changements de pied sont dé­sor­mais lé­gion. L’ac­cord de Pa­ris pour lut­ter contre le ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique, qu’il vou­lait cas­ser, est de­ve­nu hier « né­go­ciable ». Tout comme l’Ale­na, le trai­té nord-amé­ri­cain pour le li­breé­change (entre les Etats-Unis, le Ca­na­da et le Mexique), qu’il qua­li­fiait pen­dant sa cam­pagne de « dé­sastre ». En­fin, sa po­li­tique ex­té­rieure — un bom­bar­de­ment pu­ni­tif contre le Sy­rien As­sad no­tam­ment — semble prendre un tour plus clas­sique que le « re­pli sur l’Amé­rique » long­temps cla­mé. Comme si, sur le ter­rain di­plo­ma­tique aus­si, il s’était nor­ma­li­sé. Bref, après trois mois à la barre, Do­nald Trump se cherche en­core. Une chose est sûre : le fou­gueux ré­pu­bli­cain s’est as­sa­gi. Presque nor­ma­li­sé.

PEU IM­PORTE TOUT CE QUE J’AR­RIVE À ACCOMPLIR PEN­DANT CE STAN­DARD RI­DI­CULE DES 100 PRE­MIERS JOURS, ET J’EN AI FAIT BEAU­COUP : LES MÉ­DIAS VONT ME

!” DÉ­TRUIRE DO­NALD TRUMP

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