Si­gna­ler les contrôles, c’est bien­tôt fi­ni !

Le dé­cret vient d’être si­gné mais il doit en­core être va­li­dé par le Conseil d’Etat pour être mis en oeuvre. Les ap­plis qui si­gnalent les contrôles de po­lice sur les routes se­ront in­ter­dites.

Le Parisien (Paris) - - SOCIÉTÉ - FRÉDÉRICMOUCHON

la vieille tech­nique de l’ap­pel de phares. Quand les 20 mil­lions d’uti­li­sa­teurs d’ap­pli­ca­tions d’aide à la conduite (Coyote, Waze, Tom­Tom…) veulent pré­ve­nir de la pré­sence d’un contrôle rou­tier, il leur suf­fit de cli­quer sur le po­li­cier ou sur le pic­to­gramme… « dan­ger tem­po­raire ». Un clic qui ruine l’ef­fet de sur­prise des po­li­ciers. In­to­lé­rable pour le Pre­mier mi­nistre qui sou­haite en fi­nir avec ces signalements.

Un dé­cret, si­gné par le garde des Sceaux et le mi­nistre de l’In­té­rieur, vise à « in­ter­dire la dif­fu­sion, au moyen d’un ser­vice élec­tro­nique d’aide à la conduite ou à la navigation, de tout mes­sage sus­cep­tible de nuire à l’ef­fi­ca­ci­té des opé­ra­tions de po­lice dans cer­tains pé­ri­mètres ». Le texte a été en­voyé pour avis à la Com­mis­sion eu­ro­péenne et de­vra pas­ser par le Conseil d’Etat avant d’être adop­té. Si c’est le cas, il per­met­tra d’ici quelques mois aux forces de l’ordre d’obli­ger les opé­ra­teurs à cou­per leur ser­vice dans une zone don­née en cas de « contrôle sen­sible ».

Le dé­cret cible no­tam­ment les contrôles ef­fec­tués « dans le cadre de la lutte contre le ter­ro­risme ou la cri­mi­na­li­té or­ga­ni­sée, les ac­tions de sé­cu­ri­té routière, la re­cherche de dé­te­nus éva­dés ou de per­sonnes en­le­vées ». « Ces signalements ont des ef­fets déplorables dans cer­tains cas quand un contrôle d’al­coo­lé­mie est si­gna­lé à la sor­tie d’une boîte de nuit ou qu’une opé­ra­tion de po­lice est en cours pour ar­rê­ter un criminel, sou­ligne le délégué interministériel à la sé­cu­ri­té routière, Em­ma­nuel Barbe. Il faut don­ner la fa­cul­té aux forces de l’ordre de se rendre in­vi­sibles. » « En­fin ! » ré­agit la pré­si­dente de la Ligue contre la vio­lence routière, Chan­tal Per­ri­chon, qui mi­lite de­puis des an­nées pour l’in­ter­dic­tion de ces « aver­tis­seurs ». « C’est la moindre des choses d’in­ter­dire à des au­to­mo­bi­listes de si­gna­ler la pré­sence de po­li­ciers qui sont là pour as­su­rer notre sé­cu­ri­té. » « En no­vembre 2015, nous nous sommes en­ga­gés à cou­per to­ta­le­ment notre ser­vice dans Pa­ris quand l’alerte at­ten­tat a été dé­clen­chée et nous avons fait pa­reil à Bruxelles pour ne pas com­pro­mettre les opé­ra­tions de po­lice », in­dique un porte-pa­role de Coyote, qui re­ven­dique 4 mil­lions d’abonnés à son ap­pli­ca­tion.

Mais l’en­tre­prise dé­fend la per­ti­nence de son sys­tème. « Ce dé­cret, qui se­ra tech­ni­que­ment très com­pli­qué à ap­pli­quer, nous obli­ge­rait dans une zone don­née à sup­pri­mer toutes nos alertes alors que 80 % des in­for­ma­tions que nous re­layons concernent des ac­ci­dents ou des bou­chons », dé­taille la société. « Le gou­ver­ne­ment vient de si­gner la mort de pré­cieuses aides à la conduite et à la sé­cu­ri­té routière, s’étrangle la Ligue de dé­fense des conduc­teurs. Cette in­ter­dic­tion des signalements va en outre faire ex­plo­ser le nombre de PV et de re­traits de points. »

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