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Le Parisien (Paris) - - LOISIRS -

epuis que les murs ont la pa­role, ja­mais ils n’ont au­tant par­lé. Des ré­seaux so­ciaux aux salles des ventes en pas­sant par les musées, l’art ur­bain, ce­lui des graf­fi­tis, des po­choirs et des af­fiches, long­temps as­si­mi­lé au van­da­lisme, a dé­sor­mais pi­gnon sur rue. Né aux Etats-Unis dans les an­nées 1960, dé­bar­qué en France au tour­nant des an­nées 1980, le mou­ve­ment connaît dé­sor­mais les fa­veurs du grand pu­blic. Der­nier exemple en date : l’ou­ver­ture, au­jourd’hui, de Street Art Ci­ty, une friche in­dus­trielle de 10 ha li­vrée aux graf­feurs ve­nus du monde en­tier, près de Mou­lins (Al­lier).

Ni­ché dans un bois, en pleine cam­pagne, l’en­droit reste en­core un peu se­cret. Long­temps, il n’était connu que des em­ployés des té­lé­coms car les bâ­ti­ments ser­vaient de centre na­tio­nal de for­ma­tion. Aban­don­né en 1992, le site, en­va­hi par les ronces, doit sa ré­sur­rec­tion à un couple, Gilles et Syl­vie Inies­ta, 62 et 56 ans, et à une qua­si-illu­mi­na­tion. « Nous sommes chefs d’en­tre­prise au dé­part. Nous avons ache­té ce ter­rain pour le pe­tit châ­teau qui s’y trou­vait. Nous vou­lions faire des chambres d’hôte. Et puis, après l’avoir ré­ha- bi­li­té, nous ne nous sen­tions plus l’âme à ce­la… Nous l’avons donc re­ven­du, ra­conte Gilles. Il nous res­tait juste ces 10 ha et des bâ­ti­ments en ruine. Nous ne sa­vions pas quoi en faire… En jan­vier 2015, Syl­vie se pro­me­nait sur le site et elle s’est dit :

L’idée des graf­fi­tis est née comme ce­la. Mais nous n’y connais­sions ab­so­lu­ment rien ! » Ils vont d’abord faire ap­pel à un col­lec­tif de graf­feurs de Cler­mont-Fer­rand. Très vite, le bouche-à-oreille va faire le reste. Des ar­tistes de toute l’Eu­rope puis du monde en­tier veulent être de l’aven­ture. Ils sont plus de 50 en 2016 à s’être ins­tal­lés en ré­si­dence et à avoir « po­sé » leurs oeuvres sur, ou dans, l’un des treize bâ­ti­ments aban­don­nés. Car l’en­droit offre un cadre idéal aux ar­tistes : ils sont nour­ris, lo­gés et le ma­té­riel est gra­tuit.

La vi­site est étour­dis­sante. A l’in­té­rieur, ni les pla­fonds ni les sols n’ont échap­pé aux créa­tions. « Là, c’est un Da­nois, là, des Mexi­cains », com­mente Gilles Inies­ta de­vant la grande tête de mort co­lo­rée. A l’ex­té­rieur, dès l’en­trée, une vaste fresque mé­lange fu­tu­risme et ré­fé­rence aux temples ro­mains. Sur les bâ­ti­ments de plus de 13 m de haut, une en­fant vous suit du re­gard… Le tout dans un dé­cor de friche in­dus­trielle. Ci­ré sur le dos et

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