Le si­lence gê­né de l’Eglise pour le se­cond tour

Le Parisien (Paris) - - POLITIQUE -

lors du « choc du 21 avril », une bonne ving­taine d’évêques, sous l’im­pul­sion de Mgr Lus­ti­ger, avaient pu­bli­que­ment ap­pe­lé à faire bar­rage au FN. Cette fois, les huiles de l’Eglise ca­tho­lique sont net­te­ment plus pru­dentes.

Au soir du pre­mier tour, la Con­fé­rence des évêques de France (CEF) a en ef­fet énon­cé ses « fon­da­men­taux pour ai­der au dis­cer­ne­ment », in­sis­tant sur « une so­cié­té plus fra­ter­nelle », les mi­grants, la fa­mille… Mais sans ap­pe­ler con­crè­te­ment à pen­cher « pour l’un ou l’autre can­di­dat ». Et ce alors que les autres cultes ont in­vi­té plus clai­re­ment leurs fi­dèles à opter pour Ma­cron ou à faire bar­rage au FN.

Deux pré­lats ca­tho­liques ont tout de même sou­hai­té se po­si­tion­ner à titre per­son­nel. Marc Sten­ger, évêque de Troyes (Aube), a ain­si fus­ti­gé le bul­le­tin « de la peur, de la haine » quand Pas­cal Wint­zer, ar­che­vêque de Poi­tiers (Vienne), a an­non­cé qu’il ne don­ne­rait pas sa voix à Ma­rine Le Pen. Mais leurs confrères de­meurent dis­crets. « Je ne veux pas avoir une in­di­gna­tion de plus qui nour­ri­rait, au fi­nal, le Front national. Nous com­mu­ni­quons le mes­sage de l’Evan­gile, ce­lui de la doc­trine so­ciale de l’Eglise, mais pas la cou­leur du bul­le­tin », jus­ti­fie un évêque de pro­vince qui sou­haite gar­der l’ano­ny­mat. « Ce se­rait nous prê­ter plus de pou­voirs qu’on en a en réa­li­té. Les fi­dèles ont leur propre conscience », ajoute-t-il.

« Pour le cler­gé, cela se­rait une faute grave de mé­lan­ger po­li­tique et religion. Mais il peut faire com­prendre, de façon ha­bile et voi­lée, que l’ex­trême droite n’est pas la bonne di­rec­tion », sug­gère de son cô­té un « simple cu­ré » de la Drôme.

Cer­tains voient dans la réac­tion col­lec­tive ti­mide et floue de l’épis­co­pat hexa­go­nal puis dans son mu­tisme em­bar­ras­sé, la vo­lon­té de ne pas frois­ser les pra­ti­quants ré­cep­tifs aux idées du Front national. Ni de bra­quer cette droite ca­tho­lique très conser­va­trice qui a nour­ri les dé­fi­lés de la Ma­nif pour tous et re­jette au­jourd’hui le can­di­dat d’En Marche ! « Il y a une nor­ma­li­sa­tion du FN au sein de la so­cié­té fran­çaise, ce phé­no­mène n’épargne pas la com­mu­nau­té ca­tho­lique. J’ai vé­cu la pous­sée de Ma­rine Le Pen au pre­mier tour comme une déses­pé­ran- ce. C’est dan­ge­reux pour le vi­vreen­semble », s’alarme un jeune cu­ré des Pays de la Loire qui vo­te­ra Ma­cron « sans hé­si­ter » au se­cond tour. Se­lon les son­dages, entre 22 et 23 % des « ca­thos » ont of­fert leur suf­frage di­manche der­nier à Ma­rine Le Pen (21,3 % pour l’en­semble des Fran­çais).

Ex­trê­me­ment rares se­ront les prêtres de­main à abor­der ce su­jet sen­sible lors de la messe. Pas ques­tion, par exemple, pour le père Florent Mur­zeau, qui of­fi­cie en Ven­dée, de s’ex­pri­mer face aux fi­dèles sur le duel Ma­cron-Le Pen. « Moi, je suis dans l’éclai­rage des consciences avant le scru­tin. Si elles le sont, elles vont se dire qu’il y a une idéo­lo­gie qui n’est pas bonne », es­time l’ec­clé­sias­tique avant d’ajou­ter : « Main­te­nant, c’est à eux de dé­ci­der. »

Idem pour le père Ch­ris­tian Lancrey-Javal, à Notre-Dame-de-laCom­pas­sion à Pa­ris (XVIIe), qui re­con­naît qu’il « a tout à perdre à se pro­non­cer clai­re­ment ».

« On veut faire de l’église des lieux de ras­sem­ble­ment. Or, la ques­tion po­li­tique est très clivante », dé­crit-il.

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