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Le Parisien (Paris) - - MAISON -

e dé­pay­se­ment est en­chan­teur. Ha­bi­tant ex­clu­sif d’une vir­gule de sable blanc per­due au beau mi­lieu des Mal­dives, l’hô­tel Ka­nu­hu­ra* rouvre cette an­née dans un nou­veau dé­cor exal­tant les en­vies de vivre de­dans-de­hors, celles dont on rêve en ce mo­ment pour chez soi. Fé­tiche du site, un fau­teuil Em­ma­nuelle (ou « paon » pour les An­glais) sur­git d’entre les pan­da­nus (des arbres aux ra­cines ten­ta­cu­laires), pal­miers et co­co­tiers d’abon­dance, entre autres. Le pa­no­ra­ma en vert et bleu est rê­vé pour ce siège ap­pa­ru du cô­té de Ta­hi­ti à la fin du XIXe siècle.

D’abord connu sous le nom de Po­ma­ré — du nom du prince qui, tel Mo­lière, se­rait mort dans ce fau­teuil —, le trône fier et ex­cen­trique tout en ro­tin de­vient culte en 1974 sous les charmes de son hé­roïne in­dé­cente in­car­née par Syl­via Kris­tel. Il fait au­jourd’hui un re­tour tous azi­muts dans la dé­co. On le choi­sit pour son look vin­tage au­tant que pour en faire la pièce maî­tresse d’une am­biance tro­piques ou jungle.

Pour l’ar­chi­tecte sud-afri­caine Inge Moore, du stu­dio Mu­za Lab (Mu­za­lab.com), qui a conçu et réa­li­sé le nou­veau dé­cor de Ka­nu­hu­ra, il est ico­nique de l’es­prit bo­hème et jet-set de l’hô­tel qui fait la part belle au mo­bi­lier out­door en ro­tin et en fibres tres­sées. « Nous avons na­tu­rel­le­ment choi­si du mo­bi­lier qui ré­siste au so­leil, à l’air ma­rin et aus­si aux averses », sou­ligne non sans sou­rire Inge Moore (il pleut très ra­re­ment sur Ka­nu­hu­ra). Par­mi les créa­tions de de­si­gneurs du monde en­tier, des classiques de Vincent Shep­pard (l’édi­teur des cé­lèbres fau­teuils Lloyd Loom en pa­pier tres­sé) aux plus contem­po­rains de Ligne Ro­set, on y re­marque mê- me une série ori­gi­nale de chaises bis­trot de la mai­son fran­çaise et pi­carde Dru­cker, celles qui gar­nissent de­puis plus d’un siècle les ter­rasses des bras­se­ries pa­ri­siennes.

L’art de la van­ne­rie est an­ces­tral et la tech­nique du tres­sage de l’osier, ré­col­té en Eu­rope, s’élar­git au XIXe siècle avec l’uti­li­sa­tion du ro­tin im­por­té des co­lo­nies. En marge de son uti­li­sa­tion in­dus­trielle — pa­niers à usage des fi­la­teurs du nord de la France, des ven­dan­geurs du SudOuest ou des os­tréi­cul­teurs de la côte at­lan­tique —, l’ameu­ble­ment se l’ap­pro­prie dans les an­nées 1900 pour la fa­bri­ca­tion de ber­ceaux, gué­ri­dons, fau­teuils de sa­lon et chaises longues des­ti­nés aux jar­dins d’hi­ver. Tan­dis que le bam­bou, creux, est cas­sant et que l’osier est fin et souple, le ro­tin est plein et peut être cin­tré et for­mé à loi­sir après avoir été mouillé et chauf­fé ; son écorce, qui se teinte, est aus­si uti­li­sée pour le can­nage ; ain­si le ro­tin ne souffre d’au­cun dé­chet.

Les ar­chi­tectes et dé­co­ra­teurs des an­nées 1950 offrent un nou­veau souffle à cette tra­di­tion ar­ti­sa­nale en osant de nou­velles as­so­cia­tions avec le mé­tal et lui in­ventent des formes très or­ga­niques. Fau­teuil co­quille, oeuf ou so­leil, le ro­tin au­to­rise toutes les fan­tai­sies et sti­mule au­jourd’hui en­core l’ins­pi­ra­tion des de­si­gneurs, sen­sibles aux ver­tus éco­lo­giques et du­rables de ce ma­té­riau vrai­ment ma­lin. Adresses

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