Tout ce que vous avez toujours vou­lu sa­voir sur le mu­guet

En France, la tra­di­tion de s’of­frir un brin de mu­guet le 1er mai est vi­vace. Mais sa­viez-vous qu’elle doit beau­coup au chan­teur de « Viens Pou­poule » et à Dior ?

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - CORALIE GARANDEAU

CE SONT des « clo­chettes de mai » pour les Al­le­mands (« Mai­glö­ck­chen »), le « lys des val­lées » pour les An­glo-Saxons (« li­ly of the val­ley »)… Mais notre pe­tit brin fa­vo­ri du 1er Mai a-t-il le même pou­voir de por­ter bon­heur au-de­là de nos fron­tières ? Voi­ci un pe­tit quiz pour tout sa­voir —ou presque— sur le mu­guet.

ON EN OFFRE DE­PUIS LA RE­NAIS­SANCE

Pré­ci­sé­ment à par­tir de 1561. En vi­site dans le Dau­phi­né avec sa mère Ca­the­rine de Mé­di­cis, le jeune roi Charles IX est ac­cueilli par un ba­ron qui lui offre un brin de mu­guet cueilli dans son jar­din, à Saint-Paul­Trois-Châ­teaux. Ins­pi­ré par cette dé­li­cate at­ten­tion, Charles IX dé­cide d’of­frir cette fleur le 1er mai aux dames du royaume en di­sant : « Qu’il en soit fait ain­si chaque an­née. » La cou­tume s’étend dans tout le pays.

IL A TOUJOURS ÉTÉ FÊ­TÉ LE 1er MAI

A la Ré­vo­lu­tion fran­çaise, le ca­len­drier de Fabre d’Eglan­tine as­so­cie le mu­guet au « jour ré­pu­bli­cain » fixé au 26 avril, et non au 1e mai, pour rompre avec la tra­di­tion royale. Il faut at­tendre le 1e mai 1895 pour que la tra­di­tion re­naisse. Ce jour-là, le chan­son­nier Fé­lix Mayol ac­croche un brin de mu­guet au re­vers de sa re­din­gote, qu’il porte sur scène au Concert-Pa­ri­sien. L’au­teur du tube « Viens Pou­poule ! » fait de la fleur son em­blème.

LE MONDE DE LA MODE L’ADORE

Au dé­but du XXe siècle, les grands cou­tu­riers fran­çais offrent, le 1er mai, un brin de mu­guet à leurs pe­tites mains et à leurs clientes. Ch­ris­tian Dior en fait l’em­blème de sa mai­son de cou­ture. Ce qui donne de l’am­pleur à cette cou­tume en ré­gion pa­ri­sienne.

IL EST L’EM­BLÈME D’UN CLUB DE RUGBY

Une fleur à 13 clo­chettes fi­gure sur l’écus­son du Stade tou­lon­nais, toujours grâce à… Fé­lix Mayol. Le chan­son­nier na­tif de Tou­lon (Var) a fi­nan­cé le stade de sa ville dans les an­nées 1920 — ce­lui-ci porte en­core son nom à l’heure ac­tuelle. Pour le re­mer­cier, le club a adop­té son porte-bon­heur.

IL A TOUJOURS ÉTÉ LA FLEUR DE LA FÊTE DES TRA­VAILLEURS

Le 1e mai 1891, à Four­mies, dans le Nord, une ma­ni­fes­ta­tion d’ou­vriers est ré­pri­mée dans le sang. Par­mi les tués, Ma­rie Blon­deau, des fleurs dans les bras. En leur hom­mage, l’églan­tine écar­late de­vient la fleur du 1er Mai, épin­glée à la bou­ton­nière des mi­li­tants. Les cloches blanches rem­placent pro­gres­si­ve­ment l’églan­tine et le tri­angle rouge au re­vers des ves­tons car on le trou­vait fleu­ri au­tour du 1er mai.

IL PORTE BON­HEUR CAR IL EST BLANC

C’est parce qu’il sym­bo­lise le re­nou­veau. La pe­tite fleur qui pousse dans les sous-bois pointe son nez dès la fin des ri­gueurs de l’hi­ver. D’après le lan­gage des fleurs, le mu­guet est le sym­bole du bon­heur et du bon­heur re­trou­vé. La tige et ses clo­chettes dé­li­cates in­carnent aussi le prin­temps, l’ave­nir et la chance. Il s’offre aux amis chers, comme à ceux qui se sont éloi­gnés.

Du bon­heur à l’amour, il n’y a qu’un brin… Au Moyen Age, le­mu­guet était as­so­cié aux fian­çailles. Et les couples qui cé­lèbrent leurs treize ans de ma­riage le font sous l’égide des noces de mu­guet.

IL N’EST CÉ­LÉ­BRÉ QU’EN FRANCE

C’est aussi la fleur na­tio­nale de la Fin­lande. Elle éclôt au tout dé­but de l’été nor­dique, aussi bien dans la na­ture que dans les jar­dins de pra­ti­que­ment tout le pays. Le mu­guet est ci­té de fa­çon ré­cur­rente dans la poé­sie d’inspiration ro­man­tique fin­noise, comme dans les pa­roles de nom­breuses chan­sons. Le nom fin­nois de la fleur, kie­lo, est aussi un pré­nom fé­mi­nin tra­di­tion­nel.

LA VENTE AU COIN DE LA RUE EST UNE IDÉE DES SYN­DI­CATS

Le 1e mai est le seul jour de l’an­née où les par­ti­cu­liers ont le droit de vendre du mu­guet sau­vage dans la rue, à condi­tion de se te­nir à dis­tance d’un fleu­riste (40 m à Pa­ris). C’est au­to­ri­sé de­puis 1978 et les syn­di­cats pro­fitent de cet ar­rê­té lors des dé­fi­lés de la Fête du tra­vail. Le Par­ti com­mu­niste fran­çais, qui en­cou­rage en­core ses mi­li­tants à en vendre, es­time ses recettes à 500000€.

Cette tra­di­tion au­rait pu prendre fin en jan­vier, après le pro­cès in­ten­té au PCF par la Chambre des fleu­ristes d’Ile-de-France. Une plainte dé­bou­tée par le tri­bu­nal se­lon qui cette ac­ti­vi­té ne pré­sente pas de ca­rac­tère pro­fes­sion­nel.

Le mu­guet en quelques chiffres

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