Ex­pos Ci­né­ma Mu­sique

Nos con­seils loi­sirs du di­manche

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - PAR YVES JAE­GLÉ

LES TRÉ­SORS DE TO­KYO

Brid­ges­tone fait d’abord pen­ser à ces fa­meux pneus qui ont long­temps équi­pé les For­mule 1. En an­glais, le mot veut dire « pe­tit pont de pierre », tra­duc­tion de Ishi­ba­shi, le nom du créa­teur d’une en­tre­prise qui a fait for­tune dans le ca­ou­tchouc et le pneu, et s’est ache­té cer­tains des plus beaux ta­bleaux du monde.

Au­jourd’hui, la troi­sième gé­né­ra­tion de la fa­mille Ishi­ba­shi di­rige la so­cié­té et une fon­da­tion de­ve­nue le Brid­ges­tone Mu­seum of Art, à To­kyo. Il est fer­mé pour tra­vaux et a prê­té ses chefs-d’oeuvre à l’Oran­ge­rie, à Pa­ris : un ef­fet de pluie à Belle-Ile de Claude Mo­net, le « Cerf cou­rant dans la neige » de Gus­tave Cour­bet, une dan­seuse nue et pen­chée en avant de De­gas, un au­to­por­trait très rare de Ma­net, des jeunes ou pe­tites filles de Re­noir, une « Mon­tagne Sainte-Vic­toire » de Cé­zanne que les Ja­po­nais consi­dèrent un peu comme notre mont Fu­ji, Ma­tisse, Pi­cas­so, Sou­tine…

Cette col­lec­tion de haut vol se nour­rit aus­si d’art ja­po­nais, et court jus­qu’à la pein­ture contem­po­raine, confron­tant Sou­lages à un abs­trait ja­po­nais, Shi­ra­ga. La fa­mille Ishi­ba­shi jette aus­si un pont entre l’Eu- rope et le Ja­pon. A moins de se rendre au Ja­pon quand leur mu­sée au­ra rou­vert, on ne re­ver­ra ja­mais ces 76 icônes de l’art.

« Chefs-d’oeuvre du Brid­ges­tone Mu

seum », Oran­ge­rie, jar­din des Tui­le­ries (Pa­ris Ier). 9 heures-18 heures. Ta­rif : 6,50 €, 9 €. Jus­qu’au 21 août.

LE MU­SÉE IMA­GI­NAIRE D’UNE ES­PA­GNOLE

C’est la pre­mière fois qu’elle montre ses ta­bleaux. Ali­cia Ko­plo­witz, femme d’af­faires es­pa­gnole qui pré­side une so­cié­té d’in­ves­tis­se­ment plus que flo­ris­sante à Ma­drid, est une col­lec­tion­neuse aty­pique. « De Zur­ba­ran à Ro­th­ko », une sé­lec­tion de 53 oeuvres pré­sen­tées à Pa­ris, n’a d’autre fil conduc­teur que le beau à tra­vers les siècles. « Son père était dé­jà un gros bu­si­ness­man. Elle aime la pein­ture de­puis l’en­fance mais à chaque fois qu’elle achète un ta­bleau, il faut qu’il y ait une his­toire der­rière », ex­plique Pa­blo Me­len­do Bel­tran, com­mis­saire de l’ex­po­si­tion qui tra­vaille avec elle. De Tie­po­lo, elle achète des oeuvres du père et du fils. De Goya, une « At­taque de la di­li­gence » qui sort de l’or­di­naire du peintre. Plus on avance dans les salles, plus on est frap­pé par le ca­rac­tère exis­ten­tiel plus que dé­co­ra­tif de sa col­lec­tion. Son in­ten­si­té. Une qua­li­té d’âme, de vi­bra­tion, comme dans ce chefd’oeuvre de Mark Ro­th­ko, l’un de ses ta­bleaux em­blé­ma­tiques en trois bandes va­po­reuses de ce géant de l’abs­trac­tion du XXe siècle. La col­lec­tion­neuse ne fait confiance qu’à son goût au dé­tri­ment des cou­rants : de la même époque, elle achète presque l’in­verse, un por­trait de femme réa­liste d’An­to­nio Lo­pez Gar­cia. Entre les deux, une même grâce. Van Gogh, Gau­guin, Mo­di­glia­ni, Pi­cas­so et jus­qu’à Ta­pies, Bar­ce­lo, les grands Es­pa­gnols d’au­jourd’hui, cette col­lec­tion trans­met l’amour du beau sans au­cune ex­clu­sive. Le mu­sée ima­gi­naire et per­son­nel d’une femme de goût.

« De Zur­ba­ran à Ro­th­ko, col­lec­tion Ali­cia

Ko­plo­witz », mu­sée Jac­que­mart-An­dré (Pa­ris VIIIe). 10 heures-18 heures tous les jours, 20 h 30 lun­di. Ta­rif : 10,50 €, 13,50 €. Jus­qu’au 10 juillet.

L’AMÉ­RI­CAIN QUI AI­MAIT LES DES­SINS

On a ra­re­ment vu une ex­po­si­tion aus­si ma­gis­trale de des­sins. On n’a même peut-être ja­mais aus­si bien com­pris cet art à un, deux ou trois crayons. Une vir­tuo­si­té phé­no­mé­nale et dé­pouillée, qui rend le gé­nie en­core plus vi­sible que dans une pein­ture. Le des­sin, l’en­fance de l’art : « De Wat­teau à Da­vid, l’art du XVIIIe siècle dans la col­lec­tion Hor­vitz » peut plai- re à des vi­si­teurs de tout âge. Jef­frey E. Hor­vitz, col­lec­tion­neur amé­ri­cain de 67 ans qui a fait for­tune dans l’im­mo­bi­lier, est fou de peintres fran­çais du XVIIe-XVIIIe et sur­tout de leurs des­sins. Il en pos­sède 1 300 sur 1 800 tré­sors de sa col­lec­tion, dont le Pe­tit Pa­lais pré­sente une sé­lec­tion (en­vi­ron 200).

Les ar­tistes s’af­fron­taient dans cet art des trois crayons, san­guine, pierre noire et craie. Comme des traits d’es­prit. Cette « Femme nue al­lon­gée » de Fran­çois Bou­cher, que l’on a pris pour une es­quisse d’un ta­bleau du Louvre, a été réa­li­sée pour un col­lec­tion­neur ama­teur d’oeuvres sua­ve­ment co­quines. Fra­go­nard signe un « pay­sage qui n’existe pas », comme le dit Ch­ris­tophe Le­ri­bault, di­rec­teur du Pe­tit Pa­lais, une sorte de per­fec- tion in­ti­tu­lée « Jar­din d’une vil­la ita­lienne ». « C’est re­com­po­sé avec une vir­tuo­si­té in­croyable. La lu­mière vient du pa­pier lui-même, avec des es­paces lais­sés en blanc », sou­ligne ce der­nier.

Autre star des trois crayons, une femme, Ma­rie-Ga­brielle Ca­pet, qui laisse en 1790 un au­to­por­trait mo­derne, d’une fran­chise rare. Une sim­pli­ci­té qui vient aus­si de l’aban­don des per­ruques et cor­sets en pleine Ré­vo­lu­tion. Cette col­lec­tion d’une co­hé­rence im­pres­sion­nante ne réunit pas que des grands noms mais que des grands des­si­na­teurs.

« De Wat­teau à Da­vid, la col­lec­tion Hor­vitz », Pe­tit Pa­lais (Pa­ris VIIIe), 10 heures18 heures, 21 heures ven­dre­di, fer­mé lun­di. Ta­rif : 7-10€. Jus­qu’au 9 juillet.

Par­mi les chefs-d’oeuvre du Brid­ges­tone Mu­seum de To­kyo ex­po­sés à l’Oran­ge­rie, on peut no­tam­ment ad­mi­rer des toiles de Cé­zanne, dont la « Mon­tagne Sainte-Vic­toire », que les Ja­po­nais ont cou­tume de sur­nom­mer le mont Fu­ji fran­çais.

Au mu­sée Jac­que­martAn­dré, on dé­couvre la col­lec­tion d’Ali­cia Ko­plo­witz, femme d’af­faires es­pa­gnole. Par­mi ses re­mar­quables pièces, « Jaune, blanc, bleu sur jaune sur gris », une toile de Mark Ro­th­ko, géant de l’abs­trac­tion du XXe siècle.

Au Pe­tit Pa­lais, ce sont les des­sins de la col­lec­tion Hor­vitz qui s’ex­posent, dont ce « Jar­din d’une vil­la ita­lienne avec un jar­di­nier et deux en­fants », de Jean-Ho­no­ré Fra­go­nard.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.