UNEDERNIÈRE VAGUE… SANSPASSION

Les Fran­çais, qui se sont ma­jo­ri­tai­re­ment abs­te­nus — un re­cord —, ont fi­na­le­ment don­né à Em­ma­nuel Ma­cron une ma­jo­ri­té, certes ab­so­lue, mais moins large que pré­vu.

Le Parisien (Paris) - - FAIT DU JOUR - DIDIER MICOINE ET HEN­RI VER­NET @Hen­riVer­net

Les Fran­çais — tout au moins ceux qui sont al­lés vo­ter hier — ont vou­lu se faire en­tendre. Ils n’ont pas don­né à Em­ma­nuel Ma­cron la ma­jo­ri­té hé­gé­mo­nique qui lui sem­blait pro­mise au soir du pre­mier tour. Dès au­jourd’hui, le jeune pré­sident et son Pre­mier mi­nistre, Edouard Phi­lippe, même s’ils dis­posent d’une ma­jo­ri­té ab­so­lue en sièges à l’As­sem­blée, vont de­voir te­nir compte de ce rap­port de force plus ser­ré que pré­vu.

LE BOULET DE L’ABS­TEN­TION

Là, il n’y a mal­heu­reu­se­ment pas eu de sur­prise. Avec une par­ti­ci­pa­tion de 43,2 %, soit 12 points de moins qu’en 2012, l’abs­ten­tion bat un nou­veau re­cord his­to­rique après ce­lui de di­manche der­nier. Les ex­pli­ca­tions sont mul­tiples : las­si­tude face à un cycle élec­to­ral ex­cep­tion­nel­le­ment long ; vo­lon­té de lais­ser sa chance à un pré­sident qui in­carne le re­nou­vel­le­ment, mais aus­si, pour beau­coup, le sen­ti­ment que les jeux étaient faits ou que, de toute fa­çon, ils ne se re­con­nais­saient pas dans les can­di­dats en­core en lice. Plus pro­blé­ma­tique, le fait que ce soient les jeunes d’une part, les em­ployés et ou­vriers d’autre part, c’est-à-dire la France po­pu­laire, qui boudent, scru­tin après scru­tin, les urnes. Or, au mo­ment où la re­pré­sen­ta­tion na­tio­nale se re­nou­velle et se fé­mi­nise, eux res­te­ront ab­sents de l’As­sem­blée.

LES FRAN­ÇAIS RECTIFIENT LE TIR

La Ré­pu­blique en marche (LREM) n’au­ra donc pas 440 sièges, voire plus, ce qui au­rait été, en ef­fet, du ja­mais-vu. Avec 341 dé­pu­tés, Ma­cron fait un score com­pa­rable à ce­lui de Chi­rac en 2002 avec l’UMP, créée dans la fou­lée du choc du 21 avril. Mais le duo exé­cu­tif au­ra, certes, un groupe à sa main pour vo­ter ses ré­formes, qui s’an­noncent dé­li­cates. Et Ma­cron pour­ra même se pas­ser du MoDem de son al­lié cen­triste Fran­çois Bay­rou. Un atout, si ja­mais les re­la­tions de­vaient se tendre entre le chef de l’Etat et son bouillant garde des Sceaux.

C’est de droite que vien­dra l’op­po­si­tion la plus mas­sive. Même si le ré­sul­tat est le pire de son his­toire, pas­sant de 199 à 135 dé­pu­tés, LR, qui s’at­ten­dait à une dé­rouillée, sauve l’es­sen­tiel, et pour­ra pe­ser de ses votes… à la condi­tion de dé­pas­ser ses di­vi­sions in­ternes et de cal­mer les ar­deurs ma­cron-com­pa­tibles d’une par­tie de ses troupes. Fran­çois Ba­roin a aver­ti, LR fe­ra en­tendre sa dif­fé­rence avec le par­ti pré­si­den­tiel, sur la fis­ca­li­té no­tam­ment.

UNE TRIBUNE POUR LE PEN ET MÉ­LEN­CHON

Sou­la­ge­ment pour Ma­rine Le Pen, qui réus­sit à en­trer au Pa­lais-Bour­bon… et dé­joue les sombres pro­nos­tics pour le FN avec huit élus. Pas de quoi tou­te­fois consti­tuer un groupe, mais l’as­su­rance, pour le par­ti le­pé­niste qui n’avait que deux sor­tants, de faire en­tendre dans cette arène une op­po­si­tion aus­si to­ni­truante que ra­di­cale. Le lea­deur des In­sou­mis, élu lui aus­si, au­ra en plus un groupe. Ce qui ne l’em­pê­chait pas, hier, de re­mettre d’em­blée en cause la lé­gi­ti­mi­té de cette As­sem­blée « mal élue » et d’en ap­pe­ler, dé­jà, à la « ré­sis­tance » contre la ré­forme du Code du tra­vail qu’il qua­li­fie de « coup d’Etat so­cial ».

En­fin, le PS aus­si au­ra son groupe… mais il voit, à quelques no­tables ex­cep­tions telles que Ma­nuel Valls et Sté­phane Le Foll, dis­pa­raître ses têtes d’af­fiche — Val­laud-Bel­ka­cem, Tou­raine, El Khom­ri — et, sur­tout, voit ses ef­fec­tifs fondre : de 284 (avec ses al­liés) à… 44 dé­pu­tés.

UNE AS­SEM­BLÉE PLUS FÉMININE

C’est l’as­pect le plus spec­ta­cu­laire du re­nou­vel­le­ment : ja­mais l’hé­mi­cycle n’au­ra comp­té au­tant de femmes. Elles ne re­pré­sen­taient que 27 % des élus dans l’As­sem­blée sor­tante. Elles se­ront de­main entre 35 et 40 %. C’est l’un des grands en­ga­ge­ments du quin­quen­nat Ma­cron… même si, pour l’heure, les postes clés à l’Ely­sée comme au gou­ver­ne­ment (Ma­ti­gnon) res­tent aux mains des hommes. Au Pa­lais-Bour­bon, les ac­ces­sions aux fonc­tions stra­té­giques comme les pré­si­dences de groupes ou de com­mis­sions se­ront scru­tées.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.