Les Ex­perts ont dé­cro­ché leur 6e étoile

Toute la se­maine, nous re­ve­nons sur les temps forts de la sai­son spor­tive. Le di­manche 29 jan­vier, l’équipe de France de hand­ball est en­trée dans la lé­gende en dé­cro­chant, chez elle, son sixième titre mon­dial.

Le Parisien (Paris) - - AU FIL DE L’ÉTÉ - STÉ­PHANE BIANCHI

j’ai fait une conne­rie Je suis sor­ti de Ber­cy, en­core en te­nue, juste pour dire au re­voir à ma fa­mille. Quelle bonne idée ! Je me suis fait at­tra­per par tout le monde, même les po­li­ciers m’ar­rê­taient pour faire des sel­fies. Je ve­nais dé­jà de pas­ser une heure et de­mie à ré­pondre aux ques­tions des jour­na­listes. Avec cette his­toire, j’ai mis trois quarts d’heure de plus avant de re­ve­nir au ves­tiaire. » Vincent Gé­rard n’a donc pas pour seul ta­lent d’écrire les lé­gendes.Le­gar­dien­del’équi­pede France de hand­ball sait aus­si les faire re­vivre. Tel Mar­ty McF­ly, le hé­ros de « Re­tour vers le fu­tur », au vo­lant de sa DeLo­rean, il re­monte le temps en un clin d’oeil et vous re­plonge six mois plus tôt dans l’in­croyable ef­fer­ves­cence de l’Ac­corHo­tels Are­na.

Le meilleur joueur de la fi­nale n’a rien ou­blié de ce di­manche 29 jan­vier. Sous les yeux ré­jouis du pré­sident Hol­lande et du prince Al­bert, brillants de Bruel et d’Obis­po, ou ad­mi­ra­tifs de Griez­mann et Sa­kho, les Bleus n’ont pas seule­ment bat­tu la Nor­vège en fi­nale de leur Mon­dial. La fu­sée des Ex­perts a per­fo­ré le pla­fond du pos­sible pour s’en­vo­ler vers l’im­pen­sable. De­vant 17 000 spec­ta­teurs — et près de 10 mil­lions d’autres plan­tés de­vant leur écran — les Tri­co­lores ont dé­cro­ché leur sixième titre mon­dial et ga­gné, par là même, leurs ga­lons de meilleure équipe de tous les temps. Nulle autre es­couade n’a dé­cro­ché au­tant d’étoiles. « J’ai du mal à réa­li­ser, convient la star de la dis­ci­pline, Ni­ko­la Ka­ra­ba­tic. Je n’ai pas de mots pour dire à quel point je suis fier de cette équipe. Car croyez-moi, ce n’est pas simple d’al­ler cher­cher l’or quand on sait que tout autre ré­sul­tat se­ra mal vé­cu. »

Con­trai­re­ment aux idées re­çues, il n’était pas écrit d’avance que l’équipe de France soit à nou­veau sa­crée dans le théâtre même où elle avait dé­jà été cou­ron­née en 2001. Si la fer­veur po­pu­laire a por­té les Bleus à Nantes, Lille et Pa­ris, elle n’a aus­si eu de cesse que de leur rap­pe­ler leur seul et unique de­voir. « Avant la fi­nale, j’ai vou­lu faire une sieste, se sou­vient Ni­ko­la Ka­ra­ba­tic. Mais je n’ai pas pu dor­mir, car les sup­por­teurs chan­taient dans la rue. Je me suis dit qu’on n’avait pas le droit de perdre. » « Bi­zar­re­ment, j’avais réus­si à me pré­ser­ver de tout ça jus­qu’au jour de la fi­nale, sou­rit Vincent Gé­rard. Mais­dans­le­bus­nou­sa­me­nan­tà la salle, quand j’ai vu le nombre de gens dans la rue, je me suis mis un gros coup de pres­sion. »

Meilleur bu­teur fran­çais (avec Ken­tin Ma­hé) de la com­pé­ti­tion, l‘ar­rière du PSG Ne­dim Re­mi­li n’a pas da­van­tage échap­pé à la règle. « Je m’étais mis tel­le­ment de pres­sion qu’après la fi­nale j’ai pas­sé quatre jours cloué au lit, ma­lade d’avoir été au­tant cris­pé pen­dant un mois, avoue-t-il au­jourd’hui. Quand on in­tègre cette équipe, c’est pour gar­der le cap. Ce maillot, il est in­ter­dit de le sa­lir avec une dé­faite. »

Voi­là sans doute la rai­son pour la­quelle Di­dier Di­nart a, lui, « choi­si de tra­ver­ser ce Mon­dial en toute innocence. Ce n’est qu’après que je me suis ren­du compte du dan­ger, que j’étais une bre­bis éga­rée au mi­lieu des loups, des lions et des cro­co­diles ». Car, au-de­là de la fer­veur po­pu­laire, le suc­ces­seur de Claude Ones­ta avait aus­si la lourde tâche de mar­cher sur les traces de son pré­dé­ces­seur. « Si on n’avait pas ga­gné, il au­rait fal­lu me trou­ver un rem­pla­çant, confie-t-il au­jourd’hui. Mais le pire pour moi si on avait per­du, c’est que j’au­rais gar­dé une plaie béante à vie. » Sur le po­dium dres­sé au centre de l’Ac­corHo­tels Are­na, Thier­ry Omeyer, seul joueur à dé­te­nir cinq titres mon­diaux, a, comme d’autres à ses cô­tés, pleu­ré à chaudes larmes.

Di­nart n’a pas non plus conte­nu ses émo­tions et est al­lé fes­toyer sur le po­dium avec ses troupes. « On m’a re­pro­ché de vivre la vic­toire comme un joueur, sou­rit le sé­lec­tion­neur. Mais ce­lui qui dit qu’un coach n’a pas le droit de cé­lé­brer la vic­toire avec ses gars n’a rien com­pris. Ce qu’on a vé­cu là, ce sont des mo­ments uniques. Comme un joueur, l’en­traî­neur se contient pen­dant toute la com­pé­ti­tion. Quand il se lâche, ce n’est pas pour ti­rer la cou­ver­ture à lui, mais sim­ple­ment parce que le groupe ne fait qu’un. Quand les joueurs sont tristes, je suis triste. Mais là, ils étaient heu­reux, je l’étais aus­si. J’avais en­vie de par­ta­ger ce bon­heur avec eux. »

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