POUR­RA-T-IL TE­NIR JUS­QU’AU BOUT ?

En l’es­pace de six mois, Do­nald Trump a dé­jà rem­pla­cé onze de ses plus proches col­la­bo­ra­teurs. Une in­sta­bi­li­té qui amène à s’in­ter­ro­ger sur sa ca­pa­ci­té à me­ner à bien son man­dat.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - PAR DI­DIER MICOINE

LA MAU­VAISE PASSE se pour­suit pour Do­nald Trump. Il peut bien en­chaî­ner les tweets af­fir­mant qu’il n’y a « pas de chaos » à la Mai­son-Blanche, la si­tua­tion en ce mi­lieu d’été est pour­tant bel et bien ca­la­mi­teuse pour le pré­sident amé­ri­cain. Six mois après son en­trée en fonc­tion, il se re­trouve en dif­fi­cul­té sur à peu près tous les ter­rains. De quoi ali­men­ter les ru­meurs ou même les in­ter­ro­ga­tions concer­nant ses ca­pa­ci­tés à al­ler au bout de son man­dat. La valse des dé­parts par­mi ses col­la­bo­ra­teurs montre que le pré­sident ne par­vient tou­jours pas à faire ré­gner l’ordre au sein de sa propre ad­mi­nis­tra­tion. Der­nier exemple en date, son di­rec­teur de la com­mu­ni­ca­tion, An­tho­ny Sca­ra­muc­ci, li­mo­gé dix jours après sa no­mi­na­tion pour avoir étrillé dans une in­ter­view deux des prin­ci­paux conseillers du pré­sident. Sa tête a été ré­cla­mée, et ob­te­nue, par le nou­veau se­cré­taire gé­né­ral, l’an­cien gé­né­ral des ma­rines John Kel­ly. Jus­qu’ici mi­nistre de la Sé­cu­ri­té in­té­rieure, Kel­ly est dé­sor­mais le maître d’oeuvre de la po­li­tique pré­si­den­tielle. Mais pour com­bien de temps ?

NOU­VEL ÉPI­SODE DANS L’AF­FAIRE RUSSE

En­glué dans les po­lé­miques à ré­pé­ti­tion, plom­bé par une im­po­pu­la­ri­té mas­sive, stig­ma­ti­sé par les en­quêtes sur ses re­la­tions avec la Russie, Trump vient d’es­suyer sur le front in­té­rieur un nou­vel échec sym­bo­lique. Le Sé­nat, pour­tant à ma­jo­ri­té ré­pu­bli­caine, a vo­té contre l’abro­ga­tion de l’Oba­ma­care, la réforme de san­té de son pré­dé­ces­seur. Et ce sont trois sé­na­teurs de son propre camp, par­mi les­quels le très po­pu­laire John McCain, qui ont fait bas­cu­ler le vote et ain­si contri­bué à en­ter­rer une pro­messe em­blé­ma­tique du can­di­dat.

La der­nière ré­vé­la­tion en date concerne l’af­faire russe. Le « Wa­shing­ton Post » a mis en cause hier le ré­cit du fils du pré­sident, Do­nald Trump Jr., qui a dû rendre compte, en juillet, de sa ren­contre avec une avo­cate russe en 2016, en pleine cam­pagne élec­to­rale. Se­lon le jour­nal amé­ri­cain, ce se­rait... son père qui lui au­rait dic­té ce qu’il de­vait dire.

Moins spec­ta­cu­laires mais au fond plus graves, les re­la­tion tu­mul­tueuses du mil­liar­daire avec sa ma­jo­ri­té, no­tam­ment les ca­ciques du par­ti ré­pu­bli­cain, consti­tuent une me­nace po­ten­tielle pour son ave­nir. Trump, qui avait fait sa cam­pagne contre l’es­ta­blish­ment de son par­ti, n’en a cure.

Il semble même vou­loir par­tir en guerre contre ses amis po­li­tiques, pré­fé­rant s’en­tou­rer de gé­né­raux. Le fait qu’un mi­li­taire soit se­cré­taire gé­né­ral de la Mai­son-Blanche est une pre­mière de­puis les an­nées Nixon. Pour l’heure, il n’y a pas en­core pé­ril en la de­meure. Mal­gré son im­po­pu­la­ri­té, il a en­core le sou­tien d’une grande par­tie de sa base. Et jus­qu’ici, au­cune pro­cé­dure d’im­peach­ment contre un pré­sident amé­ri­cain n’est par­ve­nue à son terme. Mais son dé­but de man­dat est tel­le­ment in­édit que rien ne semble im­pos­sible…

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