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L’ac­cu­sé du meurtre de la Fran­çaise, à Saint-Mar­tin en 2006, a été in­ter­pel­lé sa­me­di après dix-huit mois de ca­vale. La fa­mille de la vic­time es­père en­fin un pro­cès.

Le Parisien (Paris) - - FAITS DIVERS - RO­BIN DUSSENNE

que la fa­mille Chau­vi­ré at­ten­dait ce­la. Ka­thron For­tune, sur­nom­mé Cu­chi, le prin­ci­pal sus­pect du meurtre d’Angélique, une Fran­çaise du Maine-et-Loire ins­tal­lée à Saint-Mar­tin, a été in­ter­pel­lé sa­me­di der­nier par la po­lice royale de Saint-Kitts-et-Ne­vis, pe­tite île des Caraïbes. « Un sou­la­ge­ment pour les proches, as­sure Me Pas­cal Rouiller, avo­cat au bar­reau d’An­gers. Cette ar­res­ta­tion va en­fin per­mettre de ju­ger l’ac­cu­sé, plus d’une dé­cen­nie après le drame. »

Le meurtre d’Angélique Chau­vi­ré, 30 ans, re­monte à l’an­née 2006. La veille de sa disparition, le 31 mai, la jeune femme, qui s’était ins­tal­lée à GrandCase où elle tra­vaillait dans une bou­tique de sou­ve­nirs pour tou­ristes, est vue à la Poste où elle re­tire plu­sieurs cen­taines d’eu­ros. Elle dé­jeune en­suite sur la plage avec ses pa­rents ve­nus en va­cances. Ils se quittent vers 13 heures en se don­nant ren­dez-vous deux heures plus tard. Mais ils ne se re­ver­ront plus.

Le corps meur­tri d’« An­gie » se­ra re­trou­vé le sur­len­de­main par des pro­me­neurs dans les taillis d’une col­line de Dawn Beach, non loin de là, dans la par­tie néer­lan­daise de l’île. « L’au­top­sie ré­vèle que la vic­time a été vio­lem­ment frap­pée à la tête à coups de pierre et a été vio­lée », re­late Me Pas­cal Rouiller.

L’en­quête pié­tine, mais l’ar­res­ta­tion de Ka­thron For­tune pour le meurtre d’un homme tué quinze jours avant Angélique per­met­tra en­fin d’avan­cer. Le truand écope de vingt et un ans de pri­son en 2007 pour avoir tué par balles cet ins­tal­la­teur d’an­tennes de té­lé­vi­sion qu’il avait dé­pouillé de ses bi­joux. Le condam­né est un ré­ci­di­viste des vols et vio­lences avec armes, éga­le­ment sus­pec­té d’ap­par­te­nir au clan ma­fieux du Bling Bling Band, spé­cia­liste des bra­quages. Les en­quê­teurs éta­blissent un pre­mier lien avec le meurtre d’Angélique en étu­diant ses re­le­vés té­lé­pho­niques, qui confir­me­ront les dires d’un té­moin af­fir­mant avoir vu la jeune femme le jour de sa disparition dans le quar­tier d’Or­léans, à SaintMar­tin, vers 14 h 30, soit une heure et de­mie après avoir quit­té ses pa­rents. Elle était en com­pa­gnie de Ka­thron For­tune. Le té­moi­gnage pré­cise qu’ils au­raient tous deux quit­té la ville, Angélique sui­vant en voi­ture celle de Cu­chi. Pour le conseil de la fa­mille Chau­vi­ré, « les langues se sont sur­tout dé­liées quand Ka­thron For­tune a été condam­né à une longue peine. Avant, les gens res­taient muets par peur des re­pré­sailles. »

Ain­si de nom­breux té­moi- gnages sont ve­nus confor­ter ce­lui de la pe­tite amie du tueur. Elle avait four­ni aux ins­pec­teurs les noms de per­sonnes qu’il vou­lait abattre, dont ce­lui d’An­gie qui, se­lon elle, lui de­vait de l’ar­gent. Mais les rai­sons du mo­bile pour­raient être ailleurs : l’en­quête a en ef­fet dé­mon­tré qu’Angélique, qui sor­tait sou­vent et avait lié de mul­tiples re­la­tions dans la po­pu­la­tion lo­cale, « sa­vait beau­coup de choses com­pro­met­tantes sur Ka­thron For­tune, no­tam­ment sur la disparition de deux de ses aco­lytes, dont les corps n’ont ja­mais été re­trou­vés ». Un an avant la mort d’Angélique, ces deux hommes qui fré­quen­taient le truand avaient en ef­fet dis­pa­ru sans lais­ser de trace.

La fa­mille d’Angélique de­vra pa­tien­ter presque dix ans pour es­pé­rer un pro­cès. Cu­chi est mis en examen le 23 juillet 2015 à la suite d’in­ter­ro­ga­toires me­nés conjoin­te­ment par les gen­darmes fran­çais et la po­lice néer­lan­daise. Mais en fé­vrier 2016, leurs es­poirs sont bru­ta­le­ment dé­çus : Cu­chi s’échappe de la pri­son de Pointe-Blanche (par­tie néer­lan­daise de l’île) lors d’une vi­site mé­di­cale. Après un man­dat d’ar­rêt eu­ro­péen et une ré­com­pense de 5 000 flo­rins (en­vi­ron 2 400 €), il se­ra fi­na­le­ment in­ter­cep­té sa­me­di.

Consi­dé­ré comme ex­trê­me­ment dan­ge­reux, l’homme de 40 ans était, se­lon un jour­nal lo­cal, « en pos­ses­sion d’un fu­sil à lu­nette, d’un gi­let pare-balles, d’une im­por­tante quan­ti­té de ma­ri­jua­na thé­ra­peu­tique et de dol­lars amé­ri­cains »…

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