Mu­rielle Bolle li­bé­rée au­jourd’hui ?

AF­FAIRE GRÉGORY La de­mande de re­mise en li­ber­té de ce té­moin clé, soup­çon­né d’être im­pli­qué dans le rapt de l’en­fant, est exa­mi­née au­jourd’hui. Le par­quet gé­né­ral s’op­pose à sa sor­tie, ar­guant de risques de pres­sion.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - PAR ÉRIC PELLETIER (AVEC TIMOTHÉE BOUTRY)

MU­RIELLE BOLLE a de nou­veau ren­dez-vous avec ce pas­sé qui ne passe pas. La convo­ca­tion ju­di­ciaire d’au­jourd’hui, qu’elle es­père et re­doute à la fois, va dé­ci­der de son ave­nir im­mé­diat. La chambre de l’ins­truc­tion de Di­jon (Côte-d’Or) doit en ef­fet se pro­non­cer sur la de­mande de re­mise en li­ber­té dé­po­sée par ses avo­cats. On de­vrait être fixé en fin d’après-mi­di.

Avec ce vi­sage rond, constel­lé de taches de rous­seur, Mu­rielle Bolle est le té­moin clé de l’as­sas­si­nat du pe­tit Grégory, 4 ans, je­té dans la Vo­logne, une ri­vière des Vosges, le 16 oc­tobre 1984. Une af­faire spec­ta­cu­laire ment re­lan­cée en juin der­nier. Agée dé­sor­mais de 48 ans, mise en exa­men pour« en­lè­ve­ment sui­vi de mort » et écrouée de­puis la fin du mois de juin, elle est dé­sor­mais of­fi­ciel­le­ment soup­çon­née d’être im­pli­quée dans le rapt de l’ en­fant. Ac­cu­sa­tion qu’elle conteste éner­gi­que­ment.

ELLE AU­RAIT DON­NÉ DEUX VERSIONS DES FAITS À SON COU­SIN

« Dé­pres­sive, sou­mise à l’iso­le­ment pour la pro­té­ger, Mu­rielle traverse une phase dif­fi­cile mais a re­fu­sé une hospitalisation dans un éta­blis­se­ment spécialisé. C’est une femme forte, déterminée à se battre », confie l’un de ses avo­cats, Me JeanPaul Teissonnière. Le pro­cu­reur gé­né­ral Jean-Jacques Bosc a d’ores et dé­jà an­non­cé qu’il de- man­de­rait le main­tien en dé­ten­tion « pour les né­ces­si­tés de l’en­quête et l’ef­fi­ca­ci­té des actes à ve­nir ». Apre com­bat en pers­pec­tive : l’au­dience re­vien­dra for­cé­ment sur la soi­rée du 5 no­vembre 1984 afin de sa­voir si, comme le sup­posent les gen­darmes, l’ado de 15 ans a su­bi des vio­lences de la part de sa fa­mille pour se ré­trac­ter. A l’époque, Mu­rielle Bolle ve­nait de dé­non­cer son beau­frère, Ber­nard La­roche, dans l’en­lè­ve­ment.

Le 17 juin der­nier, dès la mé­dia­ti­sa­tion de l’af­faire, un cou­sin ger­main de Mu­rielle Bolle est al­lé trou­ver les gen­darmes. Pa- trick F. as­sure avoir été pré­sent au mo­ment du « lyn­chage » : « Ça fait trente-trois ans que j’ai ça sur l’ es­to­mac, dit-il. J’ai pro­fi­té­du truc qu’ il y avait sur BFMTV. Per­sonne ne m’a for­cé la main. » Lui dé­crit une Mu­rielle Bolle « en train de se faire mas­sa­crer », à qui on ar­rache une « poi­gnée de che­veux », avec des « bleus sur le vi­sage et dans le dos ».

Pa­trick F. ex­plique sur­tout qu’un peu plus tard, à l’ex­té­rieur, il a re­çu les confi­dences de sa cou­sine de 15 ans : elle au­rait bien été pré­sente lors de l’en­lè­ve­ment de Grégory par Ber­nard La­roche. Mu­rielle lui au­rait don­né « deux versions » sur ce qui s’est pas­sé en­suite. La pre­mière : « Ber­nard part avec l’en­fant », re­ve­nant seul. La se­conde : « Il y a deux per­sonnes qui prennent le gosse », sans qu’elle soit en me­sure de dire les­quelles.

L’in­té­res­sée conteste avoir su­bi des vio­lences et dit n’avoir au­cun sou­ve­nir de ce cou­sin fâ­ché avec la fa­mille. Qui dit vrai ? La confron­ta­tion du 28 juillet der­nier a été émaillée d’in­ci­dents. Des vé­ri­fi­ca­tions sont en cours afin de dé­ter­mi­ner quelles étaient les per­sonnes pré­sentes dans l’après-mi­di et la soi­rée du 5 no­vembre 1984. Y avait-il un jour­na­liste ou en­core l’avo­cat Paul Prompt, au­jourd’hui dé­cé­dé, comme l’af­firme le té­moin ? « Une in­ven­tion to­tale », cingle la dé­fense, qui in­vite à re­voir to­ta­le­ment le « sé­quen­çage » de la soi­rée et des jours sui­vants. Quant aux traces de coups, elles « n’au­raient pas man­qué d’être consta­tées par le juge Lam­bert et par son gref­fier le len­de­main après-mi­di et re­mar­quées par les gros plans dans l’interview que Mu­rielle a don­née à une équipe de té­lé­vi­sion le 7 no­vembre », fait va­loir Me Teissonnière.

Dans ses té­moi­gnages, Pa­trick F. a dé­si­gné d’autres per­sonnes comme pou­vant dé­te­nir des in­for­ma­tions d’im­por­tance. Un ar­gu­ment pour l’ac­cu­sa­tion qui, en conser­vant Mu­rielle Bolle en pri­son, veut li­mi­ter les risques de pres­sions. Me Teissonnière plaide, lui, pour une sor­tie ac­com­pa­gnée d’un hé­ber­ge­ment, loin des Vosges. Loin des fra­cas des in­ves­ti­ga­tions.

“MU­RIELLE TRAVERSE UNE PHASE DIF­FI­CILE MAIS A RE­FU­SÉ UNE HOSPITALISATION DANS UN ÉTA­BLIS­SE­MENT SPÉCIALISÉ. C’EST UNE FEMME FORTE, DÉTERMINÉE BATTRE.” À SE L’UN DE SES AVO­CATS, Me JEAN-PAUL TEISSONNIÈRE

Mu­rielle Bolle ( ici en 1993) conteste éner­gi­que­ment son im­pli­ca­tion dans l’en­lè­ve­ment du pe­tit Grégory.

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