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Le Parisien (Paris) - - LOISIRS -

u bout de la route de terre ca­bos­sée et pous­sié­reuse de Yo u p o u g o n , u n quar­tier po­pu­laire d’Abid­jan (Côte d’Ivoire), la mai­son de trois étages af­fiche les fastes d’un bâ­ti­ment of­fi­ciel. Quelques ou­vriers épui­sés par la cha­leur écra­sante s’af­fairent dans cet édi­fice flam­bant neuf aux murs rouges, jaunes, verts… « Bien­ve­nue dans l’am­bas­sade du reg­gae », s’amuse Ti­ken Jah Fa­ko­ly, l’icône de cette mu­sique qui a épou­sé ces trois cou­leurs pan­afri­caines, en nous ac­cueillant chez lui.

De­vant la fa­çade or­née d’un por­trait de Bob Mar­ley, le ras­ta le plus connu d’Afrique af­fiche le sou­rire fier des nou­veaux pro­prié­taires. Après des an­nées d’exil à Ba­ma­ko (Mali), l’ar­tiste de 49 ans ré­in­ves­tit le quar­tier qu’il a dû fuir en 2002, me­na­cé pour ses prises de po­si­tion po­li­tiques au dé­but de la guerre ci­vile. Les Es­ca­drons de la mort, mys­té­rieux groupe ar­mé, ci­blaient à l’époque des per­son­na­li­tés qui s’op­po­saient au ré­gime.

Dans un pied de nez, l’ar­tiste sur­nom­mé la Tour Eif­fel (car il se­rait pris aus­si sou­vent en pho­to que la Dame de fer), (re)construit au­jourd’hui. Au sens propre. Un stu­dio d’en­re­gis­tre­ment, un lieu de ré­si­dence pour les ar­tistes, un ap­par­te­ment per­son­nel, une ca­fé­té­ria et sur­tout une « ra­dio libre pour don­ner la pa­role à la so­cié­té ci­vile ». « Quand les gens parlent, ils ne sombrent pas dans la vio­lence, ce­la évite de

comme on dit ici. Ce­la manque beau­coup en­core en Côte d’Ivoire », nous ra­conte l’ar­tiste qui vient de sor­tir « Troi­sième Man­dat », un mi­ni-al­bum en­ga­gé dis­tri­bué uni­que­ment sur le con­tinent.

Ori­gi­naire d’Odienne dans le nord­du­pays,l’ar­tis­teaem­me­na-

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