Ro­bertMuel­ler,le cau­che­mar­deT­rump

Le pro­cu­reur de 72 ans, char­gé de l’en­quête sur l’in­gé­rence russe dans la cam­pagne pré­si­den­tielle, est l’homme qui peut in­no­cen­ter le mil­liar­daire… ou le cou­ler.

Le Parisien (Paris) - - POLITIQUE - CHARLESDESAINTSAUVEUR

en bé­ton ar­mé, port hié­ra­tique, dé­ter­mi­na­tion sans faille… Ro­bert Muel­ler, le pro­cu­reur spé­cial char­gé de l’en­quête sur l’in­gé­rence russe dans la cam­pagne pré­si­den­tielle amé­ri­caine, a tout pour han­ter les va­cances de Do­nald Trump, qui ont dé­mar­ré hier.

Nom­mé il y a près de trois mois pour me­ner ces in­ves­ti­ga­tions ar­chi-sen­sibles, Muel­ler, 72 ans, vient d’ap­puyer lour­de­ment sur l’ac­cé­lé­ra­teur. Comme le ré­vèle le « Wall Street Jour­nal », le pro­cu­reur a consti­tué un grand ju­ry, sorte de chambre d’ins­truc­tion com­po­sée de ci­toyens. Leur mis­sion : dé­li­bé­rer se­crè­te­ment pour dé­ter­mi­ner si les élé­ments mis au jour par l’en­quête peuvent don­ner lieu à une in­cul­pa­tion. En clair ? Ce grand ju­ry est le pre­mier étage de­la­fu­sée­qui­dé­bou­che­ra­peu­têtre sur des pour­suites pé­nales contre l’en­tou­rage du pré­sident amé­ri­cain, soup­çon­né de s’être en­ten­du avec Mos­cou pour af­fai­blir la can­di­da­ture de sa ri­vale dé­mo­crate, Hilla­ry Clin­ton. Hier, la Mai­son-Blanche a ten­té de­fai­re­bon­ne­fi­gu­ree­nas­su­rant que l’exé­cu­tif co­opé­re­rait « to­ta­le­ment ». Mais le pré­sident, lui, s’est dé­chaî­né contre cette en­quête qui em­poi­sonne son dé­but de man­dat, et le met sous le coup — même si on en est en­core loin — d’une pos­sible pro­cé­dure de des­ti­tu­tion (« im­peach­ment »). « Une fa­bri­ca­tion to­tale », a-t-il ton­né de­vant ses par­ti­sans lors d’un mee­ting en Vir­gi­nie jeu­di soir.

En mai, ap­pre­nant que Muel­ler en­trait dans le jeu, Trump avait dé­non­cé « la pire chasse aux sor­cières de l’his­toire » contre un di­ri­geant po­li­tique.

Peu sen­sible aux ou­trances pré­si­den­tielles, Muel­ler en­quê­te­rait en pa­ral­lèle sur les liens fi­nan­ciers entre Trump, ses as­so­ciés et la Rus­sie. Le pré­sident l’a d’ailleurs pu­bli­que­ment pré­ve­nu que si tel était le cas, une ligne blanche se­rait fran­chie. Jus­qu’à le vi­rer, comme il l’a fait en mai avec James Co­mey, le pa­tron du FBI, jusque-là char­gé de l’en­quête russe avant que Muel­ler ne re­prenne le flam­beau ? Mal­gré les su­per­pou­voirs et la grande in­dé­pen­dance dont dis­pose le pro­cu­reur spé­cial, un li­mo­geage reste pos­sible.

Mais Muel­ler dis­pose d’atouts qui le rendent qua­si in­tou­chable dans l’opi­nion : un CV en or mas­sif, des dé­co­ra­tions mi­li­tai- res gla­nées au Viêt Nam et, sur­tout, une ré­pu­ta­tion d’incorruptible aux nerfs d’acier. Bom­bar­dé chef du FBI une se­maine avant le 11-Sep­tembre, c’est lui qui a re­mis l’ins­ti­tu­tion po­li­cière sur pied, évi­tant son dé­man­tè­le­ment quand tous l’ac­ca­blaient pour n’avoir rien de­vi­né de l’at­taque ter­ro­riste qui se pré­pa­rait. Il est res­té aux ma­nettes du FBI pen­dant douze ans, sous deux pré­si­dents de cou­leur po­li­tique op­po­sée, n’hé­si­tant pas à te­nir tête à Bush quand il ma­noeu­vrait pour lé­gi­ti­mer un sys­tème illé­gal d’écou­tes­des­ser­vi­ces­se­crets.L’en­tou­rage de Trump, qui es­saie d’en faire un sup­pôt des dé­mo­crates, a pour l’heure échoué : Muel­ler « l’incorruptible » est très ap­pré­cié des Ré­pu­bli­cains. Avec lui, Trump a du sou­ci à se faire. Dans nos édi­tions d’hier, nous avons évo­qué des chiffres se­lon les­quels 25 000 adhé­rents ont pris part au vote élec­tro­nique sur les sta­tuts de la Ré­pu­blique en marche (LREM). Se­lon LREM, il s’agis­sait d’un vote or­ga­ni­sé en juin et non du scru­tin élec­tro­nique en cours. A ce stade, LREM ne compte pas com­mu­ni­quer les chiffres de la par­ti­ci­pa­tion.

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