Les joueurs de Dort­mund ont frô­lé la mort

Cette se­maine, nous re­ve­nons sur les temps forts de la sai­son de sport. Au­jourd’hui, l’at­taque à l’ex­plo­sif qui a vi­sé, le 11 avril, le bus du club de foot de Dort­mund avant son match de Ligue des cham­pions face à Mo­na­co.

Le Parisien (Paris) - - AU FIL DE L’ÉTÉ - ALAIN JOUTEAU À BER­LIN (AL­LE­MAGNE)

A deux heures du coup d’en­voi du quart de fi­nale al­ler de la Ligue des cham­pions entre le Bo­rus­sia Dort­mund et Mo­na­co, le bus des joueurs du club al­le­mand est la cible d’une at­taque à l’ex­plo­sif. Le drame s’est dé­rou­lé à 100 m de l’hô­tel l’Ar­ri­vée, là où la for­ma­tion de la Ruhr prend ha­bi­tuel­le­ment ses quar­tiers afin de pré­pa­rer ses ren­contres à do­mi­cile. Par mi­racle, le BVB échappe de peu au car­nage. As­sis au der­nier rang, le dé­fen­seur es­pa­gnol Marc Bar­tra est quand même vic­time d’une frac­ture du poi­gnet et de plu­sieurs hé­ma­tomes aux bras.

L’UEFA re­porte le coup d’en­voi de vingt-deux heures. Du­rant cette at­tente, de nom­breux sup­por­teurs mo­né­gasques vont trou­ver re­fuge chez leurs ho­mo­logues al­le­mands. Que ce soit à Bot­trop, Bo­chum, Herne ou Dort­mund même, des liens se nouent entre les deux camps et des ami­tiés se forment. On s’échange maillots, cas­quettes et écharpes et les vi­si­teurs sont gâ­tés avec bière à vo­lon­té, char­cu­te­rie et gâ­teaux en tout genre. « Nous avions trois gar­çons ve­nus de Cannes, se sou­vient Hen­rik, abon­né au Bo­rus­sia Dort­mund de­puis 1997. Mal­gré la bar­rière de la langue, nous avons re­fait le monde avant de nous pro­mettre de nous re­voir dans les pro­chains mois. Cette fois-ci, ils ai­me­raient nous ser­vir d’hôtes, ce que nous avons aus­si­tôt ac­cep­té. C’est une soi­rée qui res­te­ra mar­quée à vie. » Ste­phan et Joa­chim ont, pour leur part, in­vi­té un couple de fans de l’ASM qui ré­side en ban­lieue pa­ri­sienne. « Dans ces cir­cons­tances si par­ti­cu­lières et ne sa­chant pas ce qui se pas­sait, ve­nir en aide à nos ho­mo­logues mo­né­gasques était le mi­ni­mum que nous pou­vions faire, ex­plique Joa­chim qui vit en pé­ri­phé­rie de Dort­mund. Dans ces mo­ments-là, il n’y a plus d’en­ne­mis et de ri­va­li­té entre sup­por­teurs. Nous sommes unis pour une seule et même cause. Ce drame a prou­vé que les fans sa­vaient faire preuve de gé­né­ro­si­té et de so­li­da­ri­té. Quelque part, c’était un mal pour un bien avec un vrai élan hu­main. »

A Lü­din­ghau­sen, l’hô­tel Zur Post (à la poste) pro­po­sait de lo- ger gra­tui­te­ment les fans de l’ASM. « Je n’ai pas ré­flé­chi long­temps lorsque j’ai dé­ci­dé de twee­ter cette offre, confie Ute Uh­len­kott, la fille de la pa­tronne de l’éta­blis­se­ment. Si j’ai ef­fec­tué cette dé­marche, c’est à la fois par amour pour le Bo­rus­sia Dort­mund et aus­si pour mon­trer que nous avons du coeur et que le foot, c’est aus­si l’aide mu­tuelle entre fans. » Au fi­nal, une de­mi­dou­zaine de sup­por­teurs du cham­pion de France 2017 ont pas­sé la nuit dans l’éta­blis­se­ment. « Peu avant 2 heures du ma­tin, ils ont son­né. La pre­mière chose que nous avons faite avant qu’ils n’aillent dans leur chambre, c’est de dé­gus­ter en­semble un bon di­ges­tif pour nous re- mettre de cette soi­rée pas comme les autres », glisse Mene Uh­len­kott, la pro­prié­taire des lieux. mand a été li­mo­gé au len­de­main du suc­cès des Jaune et Noir en fi­nale de la Coupe d’Al­le­magne…

Quant à Marc Bar­tra, après s’être long­temps ré­fu­gié dans le si­lence, il a com­men­cé à se re­mettre, no­tam­ment en fê­tant son re­tour à la com­pé­ti­tion avec no­tam­ment une place de ti­tu­laire en fi­nale de la Coupe d’Al­le­magne. « Ja­mais je ne pour­rai ou­blier cette soi­rée, dé­cla­rait l’in­ter­na­tio­nal es­pa­gnol, mais do­ré­na­vant, je peux mieux l’écar­ter de mon es­prit, grâce au sou­tien de mes proches et de mon club. Mais lorsque j’en­tends un gros bruit, je prends peur. Lorsque je monte dans le bus, c’est le même trau­ma­tisme. Il fau­dra du temps pour pou­voir tour­ner la page. »

Le 19 août, il va re­prendre la com­pé­ti­tion avec le Bo­rus­sia en cham­pion­nat, puis en Ligue des cham­pions en sep­tembre. Le 24 août, qui sait si sa for­ma­tion (cha­peau 2 lors du ti­rage au sort) ne va pas tom­ber de nou­veau sur l’AS Mo­na­co (cha­peau 1), his­toire de cé­lé­brer la mer­veilleuse en­tente entre les deux camps de sup­por­teurs et pour Bar­tra, de prendre une belle re­vanche, lui qui a dé­ci­dé de conser­ver sa place au der­nier rang du bus fraî­che­ment ré­pa­ré…

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