« Il faut re­mettre les choses à leur place »

Dans un en­tre­tien ac­cor­dé à notre jour­nal, Ni­cole Bel­lou­bet, la mi­nistre de la Jus­tice, dé­fend avec vi­gueur la loi de mo­ra­li­sa­tion de la vie po­li­tique.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - PAR AVA DJAMSHIDI ET VA­LÉ­RIE HACOT

ELLE PORTE LA LOI la plus em­blé­ma­tique de ce dé­but de quin­quen­nat. Rien ne pré­des­ti­nait pour­tant la garde des Sceaux, Ni­cole Bel­lou­bet, 62 ans, à dé­fendre le texte sur la mo­ra­li­sa­tion de la vie po­li­tique, qui de­vrait être dé­fi­ni­ti­ve­ment adop­té mer­cre­di. Ce pro­jet, c’était ce­lui de son pré­dé­ces­seur, Fran­çois Bay­rou, qui en avait fait la condi­tion sine qua non de son ral­lie­ment à Em­ma­nuel Ma­cron. Oui, mais l’af­faire des em­plois sup­po­sés fic­tifs au Par­le­ment eu­ro­péen du MoDem est pas­sée par là, tor­pillant la car­rière mi­nis­té­rielle du Béar­nais.

Un in­ci­dent de plus, alors que le mi­nistre de la Co­hé­sion des ter­ri­toires, Richard Fer­rand, était lui aus­si dans la tour­mente, soup­çon­né d’avoir fa­vo­ri­sé sa com­pagne. De biens mau­vais pré­sages au­tour de cette loi qui avait pour­tant vo­ca­tion à faire consen­sus. Et sur­tout à dif­fé­ren­cier le nou­veau pré­sident de la Ré­pu­blique des an­ciennes pra­tiques de la vie po­li­tique, en par­ti­cu­lier celles mises en lu­mière par le Pe­ne­lo­pe­gate, du nom de l’épouse de Fran­çois Fillon, son prin­ci­pal ri­val du­rant la cam­pagne. Le can­di­dat ré­pu­bli­cain au­ra été, bien mal­gré lui, le vé­ri­table ins­ti­ga­teur de cette mo­ra­li­sa­tion à marche for­cée.

A peine ins­tal­lé à l’Ely­sée, Em­ma­nuel Ma­cron a pous­sé les feux pour que ce pro­jet em­blé­ma­tique voie le jour. Et vite. Mais l’ac­cou­che­ment ne s’est pas fait sans dou­leur. Plus de 51 heures de dé­bats par­fois hou­leux, 955 amen­de­ments, pour deux lois qui ne font pas l’una­ni­mi­té.

COUACS

Pour les uns, le pro­jet va trop loin. Un seul exemple : la sup­pres­sion de la ré­serve par­le­men­taire (en­vi­ron 130 000 € par an et par dé­pu­té) fait bon­dir les sé­na­teurs qui ont vo­té contre. Pour les autres, il ne tient pas ses pro­messes. L’ in­ter­dic­tion ab­so­lue des ac­ti­vi­tés de con­seil pour les par­le­men­taires n’est plus à l’ordre du jour—pour des rai­sons consti­tu­tionn elles —, au grand dam, no­tam­ment, des élus de la France in­sou­mise, et même de cer­tains Mar­cheurs !

Les dis­cus­sions ont aus­si mis en lu­mière l’in­ex­pé­rience des no­vices de la Ré­pu­blique en marche (LREM). Cer­tains se sont même mé­lan­gé les pince aux en vo­tant… contre un ar­ticle por­tant sur la trans­pa­rence fi­nan­cière des mi­nistres. Mo­tif : les In­sou­mis avaient vo­té pour ! Quant à Richard Fer­rand, de­ve­nu pré­sident du groupe LREM après son ex­fil­tra­tion du gou­ver­ne­ment, il au­ra brillé par son ab­sence. Der­nier épi­sode en date, le sé­na­teur Mi­chel Mer­cier, suc­ces­seur de Ni­cole Bel­lou­bet au Con­seil consti­tu­tion­nel, est rat­tra­pé par une af­faire d’em­plois fa­mi­liaux.

Des couacs qui n’en­tament en rien le mo­ral et la dé­ter­mi­na­tion de Ni­cole Bel­lou­bet, qui dé­fend bec et ongles cette loi des­ti­née à re­tis­ser un lien de confiance entre les Fran­çais et leurs re­pré­sen­tants. Sans pour au­tant croire au mi­racle : « Une loi à elle seule ne fait pas le prin­temps ! concède-t-elle. Il fau­dra qu’il y ait une évo­lu­tion des com­por­te­ments. »

Pa­lais-Bour­bon (Pa­ris VIIe), le 24 juillet. Ni­cole Bel­lou­bet dé­fend un pro­jet sen­sible qui au­ra né­ces­si­té plus de 51 heures de dé­bats et 955 amen­de­ments.

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