L’Eu­rope dit stop aux im­plants Es­sure

200 000 femmes en France portent ces dis­po­si­tifs mé­di­caux. Ils sont sus­pen­dus de com­mer­cia­li­sa­tion. En cas de dou­leurs, les femmes sont in­vi­tées à consul­ter leur mé­de­cin.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - PAR MARC PAYET

RE­BON­DIS­SE­MENT dans l’af­faire des im­plants contra­cep­tifs Es­sure du la­bo­ra­toire al­le­mand Bayer. Cette mé­thode de contra­cep­tion dé­fi­ni­tive, uti­li­sée par 200 000 femmes en France et 1 mil­lion dans le monde, est « suspendue pour une du­rée de trois mois » dans l’Union eu­ro­péenne (UE), le temps d’exa­mi­ner de plus près son rap­port bé­né­fice-risque pour la san­té.

S’ils ne sont pas en­core in­ter­dits dé­fi­ni­ti­ve­ment, ce­la sonne tou­te­fois comme un vrai désa­veu pour ces dis­po­si­tifs mé­di­caux. « Le Pa­ri­sien » - « Au­jourd’hui en France » avait ré­vé­lé (nos édi­tions du 9 dé­cembre der­nier) les pro­blèmes liés à ces im­plants, dont se plai­gnaient dif­fé­rentes pa­tientes (lire ci-des­sous). Cette dé­ci­sion pose tou­te­fois plu­sieurs ques­tions.

POUR­QUOI UNE SUS­PEN­SION DE TROIS MOIS ?

Pour être com­mer­cia­li­sé, tout dis­po­si­tif mé­di­cal doit avoir un mar­quage CE. Or ce­lui des im­plants Es­sure ar­ri­vait à échéance le 3 août. Et, coup de théâtre, l’agence de cer­ti­fi­ca­tion char­gée du dos­sier, l’or­ga­nisme ir­lan­dais NSAI (Na­tio­nal Stan­dards Au­tho­ri­ty of Ire­land), a dé­ci­dé de ne pas re­nou­ve­ler le cer­ti­fi­cat de com­mer­cia­li­sa­tion d’Es­sure dans l’UE pen­dant trois mois, jus­qu’à ce que toutes les ques­tions en sus­pens trouvent une ré­ponse.

On ne sait pas sur quelles don­nées s’est ap­puyé le cer­ti­fi­ca­teur. On peut sup­po­ser qu’il ne veut pas ris­quer d’être te­nu res­pon­sable en cas de pro­cès. Consé­quence im­mé­diate : en France, l’Agence na­tio­nale de sé­cu­ri­té du mé­di­ca­ment (ANSM) a de­man­dé à la so­cié­té Bayer « de pro­cé­der au rap­pel des pro­duits en stock au­près de tous les éta­blis­se­ments de san­té. En consé­quence, il est de­man­dé par me­sure de pré­cau­tion de ne plus im­plan­ter dès à pré­sent le dis­po­si­tif mé­di­cal Es­sure ».

Pour au­tant, l’ANSM dé­fend, de fa­çon un peu contra­dic­toire, « l’avis du co­mi­té d’ex­perts qu’elle a réuni le 19 avril 2017. Ce der­nier a conclu que les don­nées scien­ti­fiques, por­tant sur­plusde100 000femmes,ne re­met­taient pas en cause la ba­lance bé­né­fice-risque de cet im­plant ».

La so­cié­té Bayer a, de son cô­té, fait part de son « désac­cord pro­fond » après la dé­ci­sion de sus­pen­sion de son pro­duit.

QUE DOIVENT FAIRE LES FEMMES QUI EN PORTENT ?

Les mé­de­cins les ap­pellent à la vi­gi­lance mais sans cé­der à la pa­nique. Le pro­fes­seur Is­raël Ni­sand, pré­sident du Col­lège na­tio­nal des gy­né­co­logues et obs­té­tri­ciens fran­çais (CNGOF), trouve « nor­mal que, de­vant les com­pli­ca­tions qui ap­pa­raissent, de l’ordre de quelques cen­taines l’an der­nier sur 28 000 im­plants po­sés, on re­fasse le cal­cul du bé­né­fice-risque ».

Mais il in­siste sur le fait que les femmes ne doivent pas s’af­fo­ler : « Si elles le sup­portent bien, il faut gar­der ces im­plants. Si elles ont des dou­leurs, ou des chan­ge­ments sur­ve­nus dans leur com­por­te­ment de­puis leur pose, elles doivent consul­ter leur gy­né­co­logue. »

Se­lon le pro­fes­seur Oli­vier Graess­lin, chef du ser­vice de gy­né­co­lo­gie du CHU de Reims (Marne), et qui co­or­donne des don­nées sur ce su­jet, « il faut se gar­der de tout alar­misme. Rien ne se­rait plus pré­ju­di­ciable qu’une pré­ci­pi­ta­tion des femmes vers leurs mé­de­cins pour exi­ger un re­trait du dis­po­si­tif. Il faut se mé­fier des ex­cès du prin­cipe de pré­cau­tion ».

Les deux pro­fes­seurs sou­lignent que l’al­ter­na­tive aux im­plants contra­cep­tifs Es­sure, c’est-à-dire l’opé­ra­tion et la li­ga­ture des trompes, pré­sente bien plus de risques en ma­tière d’ef­fets se­con­daires.

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