Une Sage à la Jus­tice

Le Parisien (Paris) - - FAIT DU JOUR - PAR A.D. ET NEL­LY TERRIER

CE MI­NIS­TÈRE RÉGALIEN, rien que pour elle, Ni­cole Bel­lou­bet n’en avait ja­mais rê­vé. Pour­tant, à 62 ans, cette an­cienne prof de droit n’a pas hé­si­té un ins­tant avant d’ac­cep­ter la pro­po­si­tion que lui a faite au té­lé­phone ce Pre­mier mi­nistre qu’elle ne connais­sait pas.

Dans le sillage de la dé­mis­sion fra­cas­sante de Fran­çois Bay­rou, la voi­là donc ins­tal­lée au rez-de-chaus­sée de l’hô­tel par­ti­cu­lier de la place Ven­dôme qui abrite le mi­nis­tère de la Jus­tice, juste à cô­té d’un luxueux pa­lace, le Ritz. Par les hautes fe­nêtres de­vant les­quelles sont po­sées les presses à scel­ler uti­li­sées pour mo­di­fier la Cons­ti­tu­tion, on aper­çoit dans le jar­din une table en teck et quelques buis­sons de roses.

ELLE A TRA­CÉ SA VOIE AU NI­VEAU LO­CAL, AVEC LE PS

« C’était très in­at­ten­du pour moi. C’est un drôle de ver­tige », ra­conte celle qui n’avait ren­con­tré qu’à une re­prise le « pré­sident Ma­cron », comme elle dit. C’était le jour de son in­ves­ti­ture, à l’Ely­sée. Ni­cole Bel­lou­bet y est pré­sente en tant que membre du Con­seil consti­tu­tion­nel. Au­cun re­gret, semble-t-il, d’avoir quit­té les sa­lons feu­trés de la Rue de Mont­pen­sier où elle est res­tée quatre ans : « J’ai ado­ré le tra­vail que j’y ai fait dans ce qu’il m’a fait dé­cou­vrir de la vie pu­blique, mais, par na­ture, j’ai moins ap­pré­cié le ca­rac­tère sta­tique de cette ac­ti­vi­té. » Au­jourd’hui au coeur du chau­dron po­li­tique, elle s’était uni­que­ment frot­té à la po­li­tique au ni­veau lo­cal, à gauche, et à Tou­louse. C’est avec le PS qu’elle a tra­cé sa voie, comme conseillère mu­ni­ci­pale de la Ville rose, avant de de­ve­nir élue ré­gio­nale de la Haute-Ga­ronne. L’an­cienne rec­trice des aca­dé­mies de Li­moges et de Tou­louse est main­te­nant pro­pul­sée le mer­cre­di ma­tin en Con­seil des mi­nistres…

Où se si­tue-t-elle dé­sor­mais ? « Dans la conti­nui­té, ex­plique-t-elle. Je ne suis pas très table rase. » Elle a ain­si ren­con­tré l’un de ses pré­dé­ces­seurs, Jean-Jacques Ur­voas, et comp- te éga­le­ment échan­ger avec Ch­ris­tiane Tau­bi­ra. L’agré­gée en droit a aus­si en­voyé un cour­rier à Ro­bert Ba­din­ter, avec qui elle tient à s’en­tre­te­nir.

Dis­crète, mais dé­ter­mi­née et pince-sans-rire, la garde des Sceaux s’ex­prime en pe­sant ses mots au tré­bu­chet. Et confesse son goût pour l’opé­ra et la chan­son fran­çaise : « J’adore Ba­la­voine. Quand j’étais rec­trice, j’avais fait ins­tal­ler une chaîne. Je chan­tais à tue-tête ! » Peut-être le re­frain de la chan­son « Mon fils, ma ba­taille » : « Les juges et les lois… »

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