Et si les va­cances fai­saient ca­po­ter la loi de mo­ra­li­sa­tion ?

La plu­part des dé­pu­tés ont dé­jà quit­té Pa­ris, et beau­coup n’ont pas pré­vu de re­ve­nir mer­cre­di pour le vote dé­fi­ni­tif du texte. Or il faut une ma­jo­ri­té ab­so­lue pour l’adop­ter.

Le Parisien (Paris) - - POLITIQUE - VALÉRIEHACOT

tout ce que j’avais à dire sur cette loi. Fran­che­ment, je ne vois pas l’in­té­rêt de re­ve­nir mer­cre­di pour la voter. » Eric Woerth (les Ré­pu­bli­cains), le pré­sident de la com­mis­sion des Fi­nances, as­sume : pas ques­tion pour lui de dé­lais­ser ses ran­don­nées en mon­tagne pour faire un simple acte de pré­sence d’une heure trente à l’As­sem­blée mer­cre­di.

Comme lui, des cen­taines de dé­pu­tés ont dé­jà dé­ser­té Pa­ris pour se mettre au vert après une an­née élec­to­rale éprou­vante et une ses­sion ex­tra­or­di­naire bien rem­plie. Et un cer­tain nombre d’entre eux ont la ferme in­ten­tion de sé­cher le vote du pro­jet de loi sur la confiance dans la vie pu­blique pro­gram­mé mer­cre­di.

Ce texte de­vait en théo­rie être adop­té avant le 2 août, date of­fi­cielle de la fin des tra­vaux par­le­men­taires, mais faute d’ac­cord entre le Sé­nat et l’As­sem­blée, l’exé­cu­tif a dé­ci­dé de re­pous­ser le vote d’une se­maine. Quitte à cou­rir le risque d’of­frir à l’opi­nion l’image de rangs clair­se­més à l’As­sem­blée… mais aus­si de faire pe­ser une me­nace sur l’adoption du texte. « C’est un pro­jet de loi or­ga­nique

ce­la si­gni­fie qu’il doit être adop­té à la ma­jo­ri­té ab­so­lue. Si l’ab­sen­téisme est trop éle­vé, il pour­rait ne pas être vo­té », s’in­quiète un dé­pu­té. Près de la moi­tié des élus LR sont dé­jà par­tis en va­cances, même si cer­tains, comme Ch­ris­tian Ja­cob, le pré­sident du groupe, vont faire l’al­ler-re­tour dans la jour­née. Même constat chez les so­cia­listes, ou en­core au Front na­tio­nal, où Ma­rine Le Pen, à en croire Gil­bert Col­lard « va faire son pos­sible pour être là, même si elle est cre­vée ». Quatre In­sou­mis sur 17 de­vraient man­quer à l’ap­pel, « mais on a leurs pro­cu­ra­tions », sou­ligne Clé­men­tine Au­tain. Plus pré­oc­cu­pant pour l’is­sue du vote, cer­tains élus de la Ré­pu­blique en marche (LREM) ont eux dé­jà pris la clé des champs. « Ceux qui sont à l’étran­ger ne se­ront pas en me­sure de re­ve­nir », confie l’un d’eux.

Conscient du dan­ger, Ri­chard Fer­rand,le­pré­si­dent­du­grou­peLREM à l’As­sem­blée, a pris les de­vants. Dès mar­di, le jour de l’an­nonce de la pro­lon­ga­tion de la ses­sion, ses équipes ont pro­cé­dé à un comp­tage des pré­sents. Et mis la pres­sion sur leurs troupes. « On s’est as­su­rés que tous ceux qui ne se­raient pas là lais­se­raient bien leur dé­lé­ga­tion. Nous n’avons au­cune in­quié­tude », ba­laie Gilles Le Gendre, le vice-pré­sident du groupe.

Pas ques­tion en ef­fet de prendre le moindre risque après les ca­fouillages qui ont émaillé les der­nières se­maines. « Ce se­rait fa­tal à Ri­chard Fer­rand », pro­nos­tique dé­jà le cen­triste Jean-Ch­ris­tophe Lagarde. Le dé­pu­té de Seine-Saint-De­nis n’a, lui, pas l’in­ten­tion de fran­chir les grilles du Pa­lais-Bour­bon mer­cre­di : « Si le vote a été dé­ca­lé, c’est à cause d’un ca­fouillage de la Ré­pu­blique en marche ! On au­rait pu at­tendre la rentrée pour le voter, mais non, le gou­ver­ne­ment veut faire une opé­ra­tion de com avec ce texte bidon en plein mois d’août », ful­mine le par­le­men­taire.

Même ana­lyse du cô­té de la France in­sou­mise : « L’exé­cu­tif a des mé­thodes au­to­ri­taires, dé­plore Clé­men­tine Au­tain. Il au­rait pu ar­rê­ter la ses­sion comme pré­vu et la re­dé­mar­rer plus tôt. Cette dé­ci­sion n’est pas res­pec­tueuse de la vie des autres. »

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