Pas fa­cile de se soi­gner en été

SAN­TÉ Au cours de la pre­mière quin­zaine d’août, les dé­serts mé­di­caux n’ont ja­mais mieux por­té leur nom. Il existe tou­te­fois des ini­tia­tives in­té­res­santes pour y re­mé­dier.

Le Parisien (Paris) - - SOCIÉTÉ - PAR FLORENCE MÉRÉO

À VILLEROY (Seine-et-Marne), les ha­bi­tants ont re­trou­vé ven­dre­di leur (seule) mé­de­cin, après quatre se­maines d’ab­sence… et au­tant de ga­lères pour se faire soi­gner. Ceux de Cuffies, dans l’Aisne, n’ont pas cette chance. Après un mois de congés an­nuels en juillet, le ca­bi­net du village de 1 800 ha­bi­tants a dé­fi­ni­ti­ve­ment fer­mé. Et pour cause : Marc De­latte, le mé­de­cin qui y était ins­tal­lé, est de­ve­nu… dé­pu­té (LREM). Ac­ca­pa­ré par l’As­sem­blée, il re­nonce à son ac­ti­vi­té mé­di­cale, lais­sant au coeur de l’été — et au-de­là — la com­mune sans gé­né­ra­liste.

« En­core un dé­part, se dé­sole Lau­rence Levaux, la pharmacienne de Cuffies. Ce­la fait donc zé­ro mé­de­cin pour quinze com­munes ! C’est la panique : mon té­lé­phone sonne de 8heures à 19heures. Les ha­bi­tants ne savent pas où al­ler. » D’au­tant plus, re­prend-elle, que la plu­part « ne partent pas en va­cances. Il y a beau­coup de per­sonnes âgées non vé­hi­cu­lées, et leurs ma­la­dies ne s’ar­rêtent pas en août », iro­nise-t-elle.

Im­pos­si­bi­li­té pour les pro­fes­sion­nels de trou­ver un rem­pla­çant pen­dant leurs va­cances, in­té­rim sa­tu­ré… L’été, et par­ti­cu­liè­re­ment les quinze pre­miers jours d’août, crée de nou­velles cris­pa­tions et ac­cen­tue la dé­ser­ti­fi­ca­tion qui touche nos zones ru­rales, mon­ta­gnardes, nos ban­lieues. Sur l’en­semble du ter­ri­toire, peu d’entre nous sont épar­gnés.

LES HÔPITAUX MARSEILLAIS DOIVENT DÉPROGRAMMER DES OPÉ­RA­TIONS

« L’été est un mo­ment où ap­pa­raissent de nou­velles ten­sions pour se soi­gner, no­tam­ment pour tout ce qui n’est pas pro­gram­mé », concède Mi­chel Hu­guet, de l’agence ré­gio­nale de san­té (ARS) Ile-de-France. Pour pal­lier les va­cances (sans rem­pla­ce­ment) des li­bé­raux dans la ci­té pho­céenne, les hôpitaux marseillais doivent même déprogrammer des opé­ra­tions pour ac­cueillir un flux de pa­tients non pré­vu.

Pour­tant, pour ne pas lais­ser des ha­bi­tants ou des tou­ristes déses­pé­rés, des com­munes in­novent. A Gri­gny (Es­sonne), ville qui cu­mule dif­fi­cul­tés so­ciales et pro­blé­ma­tiques de sé­cu­ri­té, deux mé­de­cins de l’hô­pi­tal voi­sin ont été dé­ta­chés pour as­su­rer trois consul­ta­tions par se­maine (lire ci-des­sous). A l’hô­pi­tal de Cher­bourg (Manche), peu at­trayant géo­gra­phi­que­ment, per­sonne ne fait l’au­truche : « Il y a un pro­blème de sous-ef­fec­tif. Nous avons en­vi­ron 150 mé­de­cins, il en fau­drait 25 de plus pour com­plé­ter les équipes et dé­ve­lop­per l’ac­ti­vi­té, note Xa­vier Biais, le di­rec­teur des fi­nances. Cet été, c’est com­pli­qué aux ur­gences mais aus­si au ser­vice gy­né­co­lo­gie. » Mais ce­la au­rait pu être pire ! Les ef­forts de l’éta­blis­se­ment pour pan­ser les plaies lui ont per­mis de main­te­nir en poste des in­ternes et de re­ce­voir, fin mai, le prix de l’at­trac­ti­vi­té mé­di­cale de la Fé­dé­ra­tion hos­pi­ta­lière de Fran- ce (FHF). Ailleurs, il ar­rive que l’on manque de so­lu­tions. C’est le cas dans la Drôme, où les ur­gences de l’hô­pi­tal de SaintVal­lier sont fer­mées après 20heures (lire page sui­vante).

Mais, pour se mul­ti­plier, les ini­tia­tive sont be­soin de moyens hu­mains et fi­nan­ciers. « La lutte contre la dé­ser­ti­fi­ca­tion mé­di­cale est ma grande prio­ri­té », pro­met­tait Agnès Bu­zyn, mi­nistre de la San­té, lors d’une in­ter­view à notre jour­nal pa­rue le 16 juin. Ce se­ra son chan­tier de la rentrée : un plan, en pré­pa­ra­tion, se­ra an­non­cé fin sep­tembre.

C’EST LA PANIQUE : MON TÉ­LÉ­PHONE SONNE DE 8HEURES À 19HEURES. LES HA­BI­TANTS NE SAVENT PAS

AL­LER” OÙ LAU­RENCE LEVAUX, LA PHARMACIENNE DE CUFFIES (AISNE)

Gri­gny (Es­sonne), dé­but août. Noël­lia, 2 ans, a pu se faire soi­gner par un mé­de­cin gé­né­ra­liste prê­té par l’hô­pi­tal de Cor­beil-Es­sonne, dans une salle mise à dis­po­si­tion par la mai­rie.

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