A Gri­gny, dans l’Es­sonne, on teste le « mé­de­cin vo­lant »

Le Parisien (Paris) - - SOCIÉTÉ -

À CAUSE de ses pous­sées de fièvre, les grands yeux noirs de Noël­lia, 2ans, ne trou­vaient pas le som­meil de­puis plu­sieurs nuits. « J’ai ten­té d’ap­pe­ler au moins cinq gé­né­ra­listes, avant d’es­sayer les pé­diatres. Tous ab­sents », sou­pire Serge, son pa­pa qua­dra­gé­naire ins­tal­lé à Gri­gny (Es­sonne). « Je com­men­çais à m’in­quié­ter, alors je me suis dit que j’al­lais al­ler à l’hô­pi­tal, mais… »

« Mais », en­core mieux, c’est l’hô­pi­tal qui est ve­nu à lui ! Ici, dans le cadre bu­co­lique — et sé­cu­ri­sé — de la Fer­meNeuve, à mi-che­min entre les deux ci­tés de la ville, une ex­pé­rience, unique en Ile-de-France, est me­née de­puis jan­vier. L’hô­pi­tal de Cor­beil-Es­sonnes (le CHSF), si­tué à une dou­zaine de ki­lo­mètres, dé­tache et « prête » plu­sieurs fois par se­maine deux de ses mé­de­cins. Ils re­çoivent les pa­tients dans de grands lo­caux mis à dis­po­si­tion par la mai­rie.

Si les murs blancs sont im­per­son­nels, tout le reste y est : la table de consul­ta­tion, le pèse-per­sonne, le ther­mo­mètre élec­tro­nique, l’ar­moire à ur­gences… Et sur­tout les blouses blanches, dans une ville jeune, à plus faible es­pé­rance de vie qu’ailleurs, mais qui est mé­di­ca­le­ment dé­ser­tée avec seule­ment 3,2 mé­de­cins pour 10 000 ha­bi­tants, quand la moyenne dé­par­te­men­tale est à 7,7, et la na­tio­nale à 9,7 !

« Même si ce­la était com­pli­qué, nous te­nions ab­so­lu­ment à main­te­nir l’ex­pé­ri­men­ta­tion l’été. C’est une fa­çon de pour­suivre la dy­na­mique en­ga­gée. Il y a de réels be­soins », note Mo­ha­med Dje­dai, le di­rec­teur ad­joint du CHSF. La salle d’at­tente qui conti­nue à se rem­plir en ce mar­di 1er août lui donne rai­son. Ce­la fai­sait des se­maines que Fa­ti­ma, 31 ans, cher­chait un mé­de­cin pour ana­ly­ser ses ré­sul­tats d’exa­mens. « Vous avez dé­ve­lop­pé un sé­rieux dia­bète, on va re­gar­der ce­la en­semble », an­nonce le docteur Pungi Sadi Mabondo. Ce grand gaillard de 63 ans est sa­la­rié de l’hô­pi­tal. « J’ai tou­jours vou­lu m’oc­cu­per des gens qui en ont le plus be­soin. Or, là, je re­çois beau­coup d’en­fants mais aus­si des per­sonnes qui n’ont plus de mé­de­cin traitant et qui renouent ain­si avec les soins. »

Prô­né par la nou­velle mi­nistre de la San­té, ce type d’ex­pé­ri­men­ta­tion de­vrait faire des pe­tits en France et dé­pas­ser le cadre hos­pi­ta­lier. Des mé­de­cins de ville pour­raient ain­si al­ler faire des « consul­ta­tions tem­po­raires » dans des zones en souf­france, dans un rayon de 30 à 50 km.

« Il faut pro­mou­voir ce concept de mé­de­cin vo­lant, as­sure le pré­sident du Syn­di­cat des mé­de­cins li­bé­raux (SML), Phi­lippe Vermes ch. En zone ru­rale, par exemple, je con­nais un sa­cré nombre de vo­lon­taires prêts à don­ner une consul­ta­tion une ou deux fois par mois. A condi­tion que la mai­rie mette à dis­po­si­tion un lo­cal et que ce­la soit fi­nan­ciè­re­ment in­té­res­sant, c’es­tà-dire que la consul­ta­tion soit por­tée à 30 ou 35 €. » FL.M.

JE RE­ÇOIS BEAU­COUP D’EN­FANTS MAIS AUS­SI DES PER­SONNES QUI N’ONT PLUS DE MÉ­DE­CIN TRAITANT ET QUI RENOUENT AIN­SI

SOINS” AVEC LES LE DOCTEUR PUNGI SADI MABONDO

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