Com­ment elle s’ est pro­pa­gée

Le Parisien (Paris) - - FAIT DU JOUR - PAR CH­RIS­TINE MATEUS

JUS­QU’OÙ IRA la crise des oeufs conta­mi­nés ? Par­tie des PaysBas, elle s’étend à l’Al­le­magne, la Suisse, la Suède, la Bel­gique et au­jourd’hui la France, ain­si qu’au Royaume-Uni. Ce feuilleton es­ti­val a dé­bu­té aux yeux du grand pu­blic le 4 août, lorsque la chaîne de su­per­mar­chés Al­di re­tire brus­que­ment tous ses oeufs de la vente en Al­le­magne. Mais d’autres épi­sodes se sont joués en a mont, en toute dis­cré­tion, dès la fin juin.

Cette dé­ci­sion du dis­coun­teur fait suite à la dé­cou­verte dans cer­tains oeufs néer­lan­dais et al­le­mands d’un taux trop éle­vé de fi­pro­nil, un in­sec­ti­cide in­ter­dit dans le trai­te­ment des ani­maux des­ti­nés à la chaîne ali­men­taire par l’Union eu­ro­péenne, car dan­ge­reux pour le foie, les reins et la thy­roïde. Au moins 10 mil­lions d’oeufs sont concer­nés. Une me­sure « de pure pré­cau­tion », ras­sure tou­te­fois le groupe al­le­mand. Même en grande quan­ti­té, le fi­pro­nil est en ef­fet consi­dé­ré comme« mo­dé­ré­ment toxique» pour l’homme par l’Or­ga­ni­sa­tion mon­diale de la san­té (OMS).

Com­ment cet in­sec­ti­cide s’est-il re­trou­vé dans les étals des su­per­mar­chés de nos voi­sins eu­ro­péens ? A l’ori­gine, des éle­veurs néer­lan­dais et al­le­mands ont ache­té à la so­cié­té ba­sée aux Pays-Bas Chickf rien du nan­ti pa­ra­si­taire: le Dega -16. Sauf que ce­lui-ci conte­nait illé­ga­le­ment le fa­meux fi­pro­nil, une mo­lé­cule an­ti­poux et tiques uti­li­sée cou­ram­ment dans les col­liers in­sec­ti­cides pour chiens et chats. Se­lon les jour­naux al­le­mands, Chick­friend se se­rait four­ni au­près d’un dis­tri­bu­teur belge de pro­duits chi­miques. L’homme est au­jourd’hui soup­çon­né par les en­quê­teurs d’avoir com­man­dé à une usine rou­maine un mé­di­ca­ment pour ani­maux conte­nant du fi­pro­nil et de l’avoir mé­lan­gé au Dega-16, avant de le com­mer­cia­li­ser.

LES AU­TO­RI­TÉS BELGES AU COU­RANT DE­PUIS JUIN

« Les éle­veurs s’éton­naient aus­si d’avoir trou­vé un trai­te­ment re­dou­ta­ble­ment ef­fi­cace. Ils ont été vic­times d’une tricherie. Nous au­rions pu tous tom­ber dans le pan­neau », dé­nonce Ch­ris­tiane Lam­bert, pré­si­dente de la FNSEA.

« J’at­tends des au­to­ri­tés com­pé­tentes qu’elles élu­cident ce dos­sier ra­pi­de­ment et mi­nu­tieu­se­ment. En par­ti­cu­lier la Bel­gique et les Pays-Bas », pointe le mi­nistre de l’Agri­cul­ture al­le­mand, Chris­tian Sch­midt, dont le pays est le plus tou­ché par ce scan­dale. « Quel­qu’un a clai­re­ment pro­cé­dé avec une éner­gie cri­mi­nelle pour fre­la­ter des oeufs avec un pro­duit in­ter­dit », a-t-il ajou­té.

Les au­to­ri­tés belges sont au­jourd’hui clai­re­ment cri­ti­quées sur cette af­faire. Elles ont en ef­fet re­con­nu sa­voir de­puis juin qu’il y avait «un pro­blème » avec la conta­mi­na­tion des oeufs, mais elles avaient gar­dé le se­cret pour évi­ter de gê­ner le dé­rou­le­ment de l’en­quête pour « fraude ». Elles n’ont aler­té les pays voi­sins que le 20 juillet.

Après avoir af­fir­mé dans un pre­mier temps que l’Hexa­gone n’était pas concer­né, le mi­nis­tère de l’Agri­cul­ture a an­non­cé hier que 13 lots d’oeufs conta­mi­nés en pro­ve­nance des Pays-Bas avaient été li­vrés en France «entre le 11 et le 26 juillet ». Deux éta­blis­se­ments de fa­bri­ca­tion de pro­duits à base d’oeufs, dans la Vienne et le Maine-et-Loire, sont concer­nés, pré­cise le mi­nis­tère. Ce­lui-ci n’était tou­te­fois pas en me­sure de dire dans l’im­mé­diat si les pro­duits in­cri­mi­nés s’étaient re­trou­vés dans le com­merce. L’en­quête conti­nue donc.

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