SES COU­LEURS

Le Parisien (Paris) - - AU FIL DELETE - YVES JAEGLÉ

trois jeunes gens d’à peine 20 ans, les ar­tistes Ar­man, Yves Klein et le poète Claude Pas­cal dé­cident de « se par­ta­ger le monde ». Klein s’ap­pro­prie le ciel. C’est le dé­but d’une aven­ture qui lui ins­pi­re­ra ses fa­meux « mo­no­chromes » bleus, « son » bleu. Bien plus tard, la cri­tique ap­pel­le­ra Ecole de Nice cette gé­né­ra­tion do­rée, re­jointe par Ben et ses mots doux ou durs, sur toile, et le plus ta­len­tueux des peintres du groupe, Mar­tial R ays s e , ave c s a « R ays s e Beach », un bout de plage de sable en­tou­rée de pein­tures et d’un juke-box qui dif­fuse tou­jours ses tubes, au­tour d’une bouée et d’un bal­lon : une oeuvre, ou le bon­heur à l’oeuvre. « A Nice, le pay­sage est une pein­ture vi­vante », dit à l’époque Raysse. Ce der­nier, de­ve­nu l’un des ar­tistes fran­çais les plus co­tés, cé­lèbre la beau­té du néon à tra­vers la pein­ture d’un té­lé­phone. Ces oeuvres et ins­tal­la­tions aux cou­leurs stri­dentes, on les re­trouve dans l’ex­po­si­tion « A pro­pos de Nice : 1947-1977 », au mu­sée d’Art mo­derne et d’art contem­po­rain (Ma­mac), tout près de la pro­me­nade des An­glais, tout l’été.

Très pop, joyeuse et mo­queuse, plus noire par­fois, cette ex­po­si­tion fait aus­si re­vivre la baie des Anges des an­nées 1950, à tra­vers un ex­tra­or­di­naire pe­tit film d’Agnès Var­da : la jeune ci­néaste épingle les tics des es­ti­vants. Un pur bon­heur, co­mique et tendre. Le charme et la force de cette ex­po­si­tion tiennent aus­si dans sa va­rié­té, avec des (re)dé­cou­vertes comme Claude Gilli, le plus pop des Ni­çois, ses boîtes bleues et ex-vo­to co­quins, pin-up aux pe­tits coeurs rouges, ses bois peints qui font chan­ter les an­nées 1960. Au­cune autre ville n’a pu pré­tendre à une telle place dans l’his­toire des mou­ve­ments ar­tis­tiques en France de­puis la guerre. « Ecole(s) de Nice » fé­dère aus­si d’autres ex­po­si­tions, no­tam­ment « Nice à l’école de l’his­toire » au mu­sée Mas­sé­na, un voyage aux sources de cette Ri­vie­ra, dans l’his­toire, l’ar­chéo­lo­gie, le tou­risme, la géo­gra­phie et l’art… Par­mi les pièces réunies par Jean-Jacques Ailla­gon, an­cien mi­nistre de la Culture, com­mis­saire de cette ex­po et de l’en­semble de cette ma­ni­fes­ta­tion, l’une, pour­tant la plus mo­deste par­mi ces pein­tures an­ciennes et af­fiches d’il y a un siècle, nous happe : une simple une en­ca­drée du jour­nal « le Monde»,da­tée­du­len­de­mainde l’at­ten­tat du 14 juillet 2016. « Nice est la ville des feux d’ar­ti­fice, tout au long de son his­toire. C’est la fête, mais aus­si le deuil », lâche Jean-Jacques Ailla­gon. Une pho­to de Jacques-Hen­ri Lar­tigue, de 1911, rap­pelle l’amour de la py­ro­tech­nie sur la pro­me­nade des An­glais. Cet été, il n’y a pas eu de feu d’ar­ti­fice le 14 juillet à Nice. Un ange passe sur la baie. L’art aide aus­si à re­trou­ver le fil d’une his­toire. Ex­po­si­tions au Ma­mac (place Yves-Klein), mu­sée Mas­sé­na (65, rue de France), et aus­si art contem­po­rain à la ga­le­rie des Pon­chettes (77, quai des Etats-Unis) et au 109, 50, bou­le­vard Jean-Bap­tis­teVé­ra­ny. A voir sur De 10 heures à 18 heures, sauf le lun­di (Ma­mac) ou le mar­di (mu­sée Mas­sé­na), jus­qu’au 15 oc­tobre. Le ti­cket à 10 € donne ac­cès à l’en­semble des mu­sées mu­ni­ci­paux pen­dant vingt­quatre heures. Gra­tuit pour les moins de 18 ans.

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