DUROIDESBELGES

Notre Ré­pu­blique est en­tou­rée de mo­nar­chies. Mais qui sont ces rois et reines dont on parle si peu ? L’in­dis­pen­sable Sté­phane Bern nous ap­porte son re­gard éclai­ré. Au­jourd’hui, une drôle d’his­toire belge.

Le Parisien (Paris) - - AU FIL DELETE - YVES JAEGLÉ

de Lae­ken semble bien plus en­nuyeux que le pa­lais de Bu­ckin­gham, vu de France. Alors que ce mois d’août est mar­qué par les vingt ans de la dis­pa­ri­tion de La­dy Di, et que les sup­po­sées lé­gères ten­sions entre les trop par­faits Kate et William sur leur dé­sir d’avoir ou pas un troi­sième en­fant font le bon­heur des ga­zettes, que nous offre la mo­nar­chie belge ? En fait, un feuilleton in­croyable, mais peu sui­vi chez nous. Ce­lui de Del­phine Boël, qui se dit fille na­tu­relle de l’an­cien roi Al­bert II — qui avait suc­cé­dé à son frère Bau­doin —, et soeur ca­chée de l’ac­tuel mo­narque, Phi­lippe, cou­ron­né en 2013. Cette ar­tiste plas­ti­cienne d’avant-garde mène un pro­cès sans fin pour faire re­con­naître sa fi­lia­tion royale, dont beau­coup de Belges sont per­sua­dés. Un pre­mier test ADN a en ef­fet conclu que son « père » lé­gal, Jacques Boël, in­dus­triel ric h i s s i m e , n’é t a i t p a s s o n gé­ni­teur. Rien n’oblige l’oc­to­gé­naire Al­bert II à ac­cep­ter lui-même ce test as­sez peu mo­nar­chique. Le se­cret est de toute fa­çon de Po­li­chi­nelle. De no­to­rié­té pu­blique, Al­bert et la reine Pao­la ont été très long­temps au bord de la rup­ture, et même du di­vorce, au cours des an­nées 1970, avant de se ré­con­ci­lier. Le roi a en­tre­te­nu une liai­son avec la ba­ronne Sy­bille de Sé­lys Long­champs pen­dant plus de vingt ans, dont se­rait née Del­phine, en 1968. La ba­ronne, qui sou­tient la dé­marche ju­di­ciaire de sa fille, a tout ra­con­té à la té­lé­vi­sion belge en 2013, de­vant plus d’un mil­lion de Belges. Del­phine ga­mine ap­pe­lait le roi « Pa­pillon » plu­tôt que pa­pa. Ce der­nier au­rait, se­lon elle, cou­pé les ponts en 2001 : « Tu ne dois plus ja­mais m’ap­pe­ler. D’ailleurs, tu n’es pas ma fille. »

La re­ven­di­ca­tion n’obéit pas à un mo­tif fi­nan­cier. La fa­mille Goël pèse un mil­liard d’eu­ros, bien plus que celle du roi. Mais main­te­nant qu’elle sait que son père of­fi­ciel n’est pas son père bio­lo­gique, Del­phine Boël ai­me­rait sa­voir de qui elle tient vrai­ment. Une autre paire de manches. Le feuilleton ju­di­ciaire n’avance pas, et la mo­nar­chie très ca­tho­lique n’a au­cune en­vie de faire sa confes­sion.

Fin mars, le tri­bu­nal de pre­mière ins­tance de Bruxelles a dé­cla­ré la de­mande en désa­veu de pa­ter­ni­té de Jacques Boël, in­tro­duite par Del­phine Boël, re­ce­vable mais non fon­dée, ce qui em­pêche celle-ci d’in­tro­duire une ac­tion en re­con­nais­sance de pa­ter­ni­té du roi Al­bert II. Une dé­ci­sion qui en suit beau­coup d’autres, et contre la­quelle les avo­cats de l’ar­tiste ont fait ap­pel.

Jacques Boël, lui, n’a pas contes­té l’ac­tion en désa­veu de pa­ter­ni­té in­tro­duite par Del­phine Boël à son en­contre. L’an pro­chain, cette der­nière au­ra 50 ans. Mais tout in­dique que le vieux roi ne lui fe­ra au­cun ca­deau.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.