Il est sor­ti dans l’es­pace

Toute la se­maine, nous re­ve­nons sur des prouesses qui ont mar­qué l’an­née. Au­jourd’hui, la mis­sion ac­com­plie par l’as­tro­naute Tho­mas Pes­quet hors de la Sta­tion spa­tiale in­ter­na­tio­nale.

Le Parisien (Paris) - - AU FIL DELETE - ALINE GÉ­RARD

agrippe lour­de­ment la poi­gnée. En­core une pe­tite pous­sée et ce se­ra le grand saut… Il est 13 h 10, ce 13 jan­vier 2017, quand Tho­mas Pes­quet s’ap­prête à se lan­cer pour ce qu’il ap­pelle « son vol ul­time », sa pre­mière sor­tie dans le vide cos­mique. Sa mis­sion ? Bran­cher de nou­velles bat­te­ries plus per­for­mantes et moins coû­teuses afin d’amé­lio­rer l’alimentation so­laire de la Sta­tion spa­tiale in­ter­na­tio­nale (ISS).

Par­mi les as­tro­nautes fran­çais, ils ne sont que trois à avoir dé­jà connu le grand fris­son : Jean-Loup Ch­ré­tien en 1988 de­puis la sta­tion so­vié­tique Mir, Jean-Pierre Hai­gne­ré en 1999, éga­le­ment de­puis Mir… puis Phi­lippe Perrin en 2002 à par­tir de l’ISS. Pour un as­tro­naute, une sor­tie ex­tra-vé­hi­cu­laire, comme on dit dans le lan­gage spa­tial, c’est le Graal, l’ex­pé­rience to­tale, un som­met de stress et d’eu­pho­rie qui fait ex­plo­ser les sens à tel point que face au spec­tacle de l’énorme boule bleue lu­mi­neuse qui roule et vous as­pire, cer­tains n’ont plus en­vie de re­ve­nir. C’est aus­si l’un des exer­cices les plus pé­rilleux qui soient. Bien­tôt, le jeune Nor­mand va se re­trou­ver à jouer les élec­tri­ciens, avec 450 km de vide sous les pieds, re­te­nu à l’ISS, qui fonce au­tour de la Terre à 28 000 km/h, par un simple fi­lin d’acier, sa ligne de vie.

S’il a été « élu » par­mi les autres membres de la sta­tion, « c’est parce que, lors de sa pré­pa­ra­tion, il a ex­cep­tion­nel­le­ment bien réus­si tout ce qui était en­traî­ne­ment en pis­cine », ex­plique Fran­çois Spie­ro, res­pon­sable des vols ha­bi­tés au Cnes (Centre na­tio­nal d’études spa­tiales). « En dé­col­lant de Baï­ko­nour deux mois avant, Tho­mas sa­vait qu’il avait ses chances, pour­suit-il, mais rien n’était sûr à 100 %. Pes­quet a ap­pris la nou­velle seule­ment une di­zaine de jours avant. » Pour Pes­quet, sont en­fin ré­com­pen­sées des di­zaines d’heures de ré­pé­ti­tion de­vant des images en 3D ou en pis­cine à re­pro­duire in­las­sa­ble­ment les mêmes pro­cé­dures et gestes sur des ma­quettes im­mer­gées.

De­vant leur mo­ni­teur dans la salle du centre de com­mande de Hous­ton (Texas), comme au Cad­mos (Cnes) à Tou­louse, l’équipe mé­di­cale qui le suit pa­tiente. Ils sont une ving­taine vis­sés ce jour-là à leurs écrans, prêts à ré­agir si ses pa­ra­mètres vi­taux (ten­sion, pouls, rythme car­diaque) s’em­ballent !

Top go ! Au tour de Tho­mas d’y al­ler. Son col­lègue, l’Amé­ri­cain Shane Kim­brough, est sor­ti le pre­mier du sas, la tête la pre­mière. En tant que deuxième à sor­tir, Tho­mas a le droit de par­tir, lui, les pieds en avant, vers l’abîme. Un peu moins ver­ti­gi­neux. C’est fait ! Il vole. « Quand on sort du sas et qu’on bas­cule comme ça dans 450 km de vide, il faut avoir le coeur bien ac­cro­ché. Mais, très ra­pi­de­ment, le cer­veau com­prend qu’en fait on ne va pas tom­ber, qu’on va flot­ter », confie­ra-t-il par la suite.

En­gon­cé dans son sca­phandre de 200 kg con­çu pour en­cais­ser des + 150 °C, à - 150 °C, car toutes les 45 mi­nutes, là-haut, le plein so­leil al­terne avec l’ombre, le Fran­çais se met illi­co au tra­vail. Il connaît la pro­cé­dure par coeur mais les gants ri­gides rendent les gestes pa­tauds. L’in­té­rieur du sca­phandre vé­ri­table cor­set, cou­su d’élec­tro­nique, n’est guère plus confor­table, en dé­pit des sous­vê­te­ments spé­ciaux do­tés d’un sys­tème ré­fri­gé­rant in­té­gré qu’il a re­vê­tus. Et sous le casque à vi­sière, on a très vite en­vie de se grat­ter la tête, le nez… Ce­la peut vite tour­ner à l’ob­ses­sion, c’est la rai­son pour la­quelle cer­tains partent avec des casques équi­pés de « grat­toirs », des sortes de lan­guettes in­té­rieures.

18 h 20 (heure de Pa­ris) : fin de la mis­sion ! Pes­quet a fait quatre fois le tour de la Terre. Lui et son col­lègue ont abat­tu le job à une vi­tesse éclair. Re­ve­nu à bord. Le Fran­çais re­prend ses es­prits et sa­voure : il vient de ren­trer dans le pe­tit cercle fer­mé des as­tro­nautes ayant « vo­lé ». De­puis que l’homme a mar­ché sur la Lune, ils ne sont que 200 (sur 500) à avoir eu ce pri­vi­lège.

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