Les lourdes ac­cu­sa­tions d’un dé­pu­té belge

Ce ne sont plus deux mais cinq en­tre­prises fran­çaises qui ont re­çu des oeufs conta­mi­nés au fi­pro­nil, im­por­tés des Pays-Bas et de Bel­gique.

Le Parisien (Paris) - - FRONT PAGE - PAR BÉRANGÈRE LEPETIT, CHRIS­TINE MATEUS ET FRÉDÉRICMOUCHON

A-T-ON CONSOM­MÉ en France des oeufs conta­mi­nés au fi­pro­nil, cet in­sec­ti­cide qui n’a rien à faire dans nos as­siettes ? Le mi­nis­tère de l’Agri­cul­ture a ré­vé­lé hier soir que cinq éta­blis­se­ments de trans­for­ma­tion d’oeufs si­tués dans la Vienne, le Maine-et-Loire, le Pas-de-Ca­lais, le Nord et le Mor­bi­ha­non­tre­çu­de­soeuf­scon­ta­mi­nés en pro­ve­nance des Pays-Bas et de Bel­gique. Mais dif­fi­cile pour l’heure de sa­voir si cette mo­lé­cule « mo­dé­ré­ment toxique » se­lon l’Or­ga­ni­sa­tion mon­diale de la san­té (OMS) s’est re­trou­vée en rayon. Le dé­pu­té bel­geJean-MarcNol­let­craintque des pro­duits fre­la­tés ne cir­culent en Eu­rope de­puis plu­sieurs mois

(lire page 7). Alors que l’Al­le­magne, for­te­ment tou­chée par le scan­dale, a dé­non­cé hier une fraude cri­mi­nelle, en France l’en­quê­te­ne­fait­que­com­men­cer.

ILA FRANCE A-T-ELLE TARDÉ À RÉAGIR ? NON… OF­FI­CIEL­LE­MENT

Se­lon le mi­nis­tère de l’Agri­cul­ture, les au­to­ri­tés belges ont in- for­mé la Com­mis­sion eu­ro­péenne par le Ré­seau d’alerte eu­ro­péen (RASFF) le 20 juillet. Mais la « pre­mière alerte of­fi­cielle concer­nant la France est émise le sa­me­di 5 août », pré­cise le mi­nis­tère de l’Agri­cul­ture. Deux autres alertes concer­nant des éta­blis­se­ments de l’Hexa­go­ne­son­tre­çuesles6et8août.Les deux pre­miers concer­nés, dans la Vienne et le Maine-et-Loire, ont re­çu des lots conta­mi­nés entre le 11 et le 26 juillet.

Ce­pen­dant, la France, dès le 28 juillet, ne pou­vait igno­rer qu’une me­nace sa­ni­taire cou­vait à ses fron­tières. Ce jour-là, un éle­vage du Pas-de-Ca­lais a été pla­cé sous sur­veillance après le si­gna­le­ment par l’éle­veur de l’uti­li­sa­tion de fi­pro­nil par son four­nis­seur belge. Soit une se­maine avant la mise en garde eu­ro­péenne. Les ana­lyses me­nées dans cet éle­vage se sont d’ailleurs ré­vé­lées po­si­tives. « Au­cun oeuf is­su de cet éle­vage n’a été mis sur le mar­ché », ras­sure le mi­nis­tère.

IDES PRO­DUITS FA­BRI­QUÉS AVEC DES OEUFS CONTA­MI­NÉS ONT-ILS PU ÊTRE COM­MER­CIA­LI­SÉS EN FRANCE ? OUI, DANS DES MAYONNAISES, DES G­TEAUX, DES SAUCES…

D’après le mi­nis­tère de l’Agri­cul­ture, une fois l’alerte lan­cée, les treize pre­miers lots conta­mi­nés ont été blo­qués à des fins d’ana­lyse le 7 août… soit près d’un mois après leur li­vrai­son. Or, dans ces cas­se­ries, ils peuvent être conser­vés entre une se­maine et deux mois en chambre froide. Ils ont donc eu le temps d’être trans­for­més en li­quide et ven­dus sous forme de bi­dons à des en­tre­prises agroa­li­men­taires pour en faire des sauces, des mayonnaises, des gâ­teaux. « La du­rée moyenne de sto­ckage est de deux se­maines, re­con­naît Ch­ris­tian Ma­ri­nov, de la Con­fé­dé­ra­tion fran­çaise de l’avi­cul­ture (CFA), liée à la FNSEA. S’ils ont été uti­li­sés, c’est en pe­tite quan­ti­té dans des pro­duits trans­for­més. »

ILE SYS­TÈME D’ALERTE EU­RO­PÉEN A-T-IL FAILLI ? POUR L’UFC-QUE CHOI­SIR, C’EST OUI.

« Nous n’avons pas ti­ré les leçons des pré­cé­dents scan­dales alimentaires. Les au­to­ri­tés de contrôle, quels que soient les pays, sont dans le cha­cun pour soi.La­po­si­tion­de­laBel­gique,qui atu­le­ris­queau­nom­du­se­cretde l’ins­truc­tion, est in­en­ten­dable », dé­plore Cé­dric Musso, di­rec­teur de l’ac­tion po­li­tique au sein de l’as­so­cia­tion de dé­fense de consom­ma­teurs UFC-Que choi­sir. D’au­tant que l’Eu­rope vient de lan­cer des me­sures pour mul­ti­plier les con­trôles sa­ni­taires. « Mais pour faire da­van­tage de con­trôles in­opi­nés, il faut des ef­fec­tifs, re­lève Cé­dric Musso. Or, la France les a bais­sés de 16 % en cinq ans. »

ILES ÉLE­VEURS FRAN­ÇAIS ONT-ILS PU SE SER­VIR DU PRO­DUIT IN­CRI­MI­NÉ ? OUI, MAIS CE SE­RAIT DES CAS ISOLÉS.

Pour l’ins­tant, seuls les oeufs d’une ferme du Pas-de-Ca­lais se sont ré­vé­lés conta­mi­nés suite à l’uti­li­sa­tion d’un an­ti­pa­ra­si­taire dans le­quel se trou­vait illé­ga­le­ment du fi­pro­nil ven­du par son four­nis­seur belge. « Les con­trôles vé­té­ri­naires très ré­gu­liers sur les ex­ploi­ta­tions li­mitent les risques dans l’Hexa­gone », ras­sure Jean-Mi­chel Schaef­fer, de la Con­fé­dé­ra­tion fran­çaise de l’avi­cul­ture (CFA). Le CNPO, l’in­ter­pro­fes­sion de l’oeuf, qui réunit toute la fi­lière, se fait plus af­fir­ma­tif : « A ce stade, au­cune pro­duc­tion d’oeufs dans des éle­vages fran­çaisn’est­con­cer­née­par­cette fraude et au­cun oeuf fran­çais com­mer­cia­li­sé à des­ti­na­tion du grand pu­blic n’est conta­mi­né. » Les in­ves­ti­ga­tions sont pour­tant en­cours­pour­le­sa­voir.

À L’HEURE QU’IL EST, NOUS N’AVONS TOU­JOURS PAS TI­RÉ LES LEÇONS DES DIF­FÉ­RENTS SCAN­DALES ALIMENTAIRES. LES AU­TO­RI­TÉS DE CONTRÔLE […] SONT DANS UNE LO­GIQUE DU CHA­CUN

SOI.” POUR CÉ­DRIC MUSSO, DE L’AS­SO­CIA­TION UFC-QUE CHOI­SIR

An­vers (Bel­gique). Les usines de trans­for­ma­tion des oeufs pour l’agroa­li­men­taire sont tou­chées par la crise des poules trai­tées au fi­pro­nil.

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