Re ca­drage à tous les étages

FACE aux flot­te­ments di­vers qui fra­gi­lisent son dé­but de quin­quen­nat, Em­ma­nuel Ma­cron pro­cède à un ser­rage de vis tous azi­muts.

Le Parisien (Paris) - - FAIT DU JOUR - A.D. ET V.H. ET PH.M.

LEGOUVERNEMENT SOUS TEN­SION

« On est sou­vent en désac­cord, mais c’est moi qui com­mande. Faut se mé­fier de ses mi­nistres ! » Em­ma­nuel Ma­cron a-t-il écou­té ce conseil que lui a glis­sé Do­nald Trump lors d’une ren­contre of­fi­cielle ? De­puis quelques se­maines, le pré­sident met son gou­ver­ne­ment sous pres­sion. Une équipe en plein ro­dage : « La ca­rac­té­ris­tique la plus forte, c’est qu’ il n’ y avait pas de culture, d’ his­toire com­mun es entre les mi­nistres », concède l’un d’ entre eux.

Aga­cé par les ré­cents couacs (coup de ra­bot sur les APL, pro­jet de loi sur le droit à l’er­reur re­pous­sé car ju­gé mal fi­ce­lé…) et par des mi­nistres trop ef­fa­cés, le chef de l’Etat veut re­prendre les choses en main. Il a de­man­dé à son équipe de mieux mettre en pers­pec­tive l’ac­tion du gou­ver­ne­ment. « Il a le sen­ti­ment que ça n’avance pas aus­si vite qu’il le vou­drait. Pour­tant, ses mi­nistres n’ont pas dé­mé­ri­té, la seule vraie er­reur, c’était les APL, mais il vit très mal sa baisse dans les son­dages », croit sa­voir un proche.

Pas de hur­le­ments, dont il n’est pas cou­tu­mier, plu­tôt de la co­lère gla­ciale : « Quand il n’est pas content, vous le com­pre­nez im­mé­dia­te­ment, en trois re­marques, vous sa­vez que vous avez fait une conne­rie », ra­conte un mi­nistre. Le chef de l’Etat garde un oeil constant sur ses équipes. Il en­voie de nom­breux mes­sages sur la mes­sa­ge­rie WhatsApp, par­fois dans la nuit : « Ma­cron se couche très tard », sou­pire un membre du­gou­ver­ne­ment…

Et le se­cré­taire gé­né­ral de l’Ely­sée, Alexis Koh­ler, veille au grain. « C’est lui qui re­cadre les mi­nistres », confie un fa­mi­lier. Ces der­niers ne sont pas près de souf­fler. Le re­ma­nie­ment, ce n’ est pas pour tout de suite, mais, dans trois mois, l’ac­tion de cha­cun se­ra éva­luée. Et Ma­cron a pré­ve­nu : mieux vaut te­nir ses ob­jec­tifs…

LESDÉPUTÉS PRIÉS D’ÊTRE EF­FI­CACES

« On a fi­ni nos classes, l’op­po­si­tion a man­gé son pain blanc. Je vous an­nonce une ren­trée sur­pre­nante. » Bru­no Bon­nell, dé­pu­té LREM de Villeur­banne (Rhône), bombe le torse.

De­puis plu­sieurs se­maines, les ma­cro­nistes mul­ti­plient pour­tant les gaffes sur les bancs de l’As­sem­blée. La faute à l’in­ex­pé­rience. « Ils sont ar­ri­vés comme on dé­barque sur la Lune. Ils po­saient des ques­tions si­dé­rantes », se sou­vient un mi­nistre. Mais aus­si à une or­ga­ni­sa­tion dé­faillante. Prin­ci­pal ac­cu­sé : Ri­chard Fer­rand, le pré­sident du groupe, qui a brillé par son ab­sence dans l’hé­mi­cycle. « Il y a 314 no­vices, tous ap­pren­tis. Sauf qu’il n’y a pas de maître d’ap­pren­tis­sage. On ac­cuse ce pauvre Ri­chard de tous les maux, mais il n’y a pas grand monde au­tour de lui pour se char­ger de l’ap­pren­tis­sage », le dé­douane un mi­nistre.

Em­ma­nuel Ma­cron a joué les in­vi­tés sur­prises, le 18 juillet, à une ré­cep­tion or­ga­ni­sé eau mi­nis­tère des Re­la­tions avec le Par­le­ment où tous les dé­pu­tés L REM étaient conviés afin de les re­mo­bi­li­ser. Le 26 juillet, une dis­crète réunion stra­té­gique a réuni à l’Ely­sée le pre­mier cercle du pré­sident, dont Fer­rand, pour ten­ter de flui­di­fier les re­la­tions entre l’exé­cu­tif, les groupes par­le­men­taires et le par­ti. Voyant ces échanges re­pro­duits dans la presse, le pré­sident s’est mis en co­lère, ren­dant ses équipes, dé­jà peu ba­vardes, en­core plus si­len­cieuses… « Il y au­ra d’autres réunions de ce type, mais sous la hou­lette du Pre­mier mi­nistre, sans le pré­sident », as­sure Chris­tophe Cas­ta­ner, le porte-pa­role du gou­ver­ne­ment.

LEPARTI À RE­METTRE EN MARCHE… AVANT

Trois mois après l’ar­ri­vée à l’Ely­sée d’Em­ma­nuel Ma­cron et la vic­toire aux lé­gis­la­tives, LREM est tou­jours un par­ti en chan­tier, flan­qué d’une di­rec­tion pro­vi­soire aus­si in­au­dible que mal iden­ti­fiée par les Fran­çais et qui n’a tou­jours pas de siège. Le par­ti peine à ac­cou­cher de ses nou­veaux sta­tuts, qui ont fait l’ob­jet de re­cours en jus­tice et sont ac­tuel­le­ment sou­mis au vote des adhé­rents jus­qu’à la date as­sez sur­réa­liste du… 15 août !

Cette si­tua­tion in­édite sous la Ve Ré­pu­blique com­mence à don­ner des che­veux blancs au som­met du pou­voir comme aux cadres du mou­ve­ment .« Lais­sons pas­ser le mois d’août, mais, à la ren­trée, il est urgent de ré­gler cette ques­tion afin que le pré­sident et le gou­ver­ne­ment puissent s’ap­puyer sur un par­ti qui sou­tienne leur ac­tion et qui l’ex­plique sur le ter­rain », juge Fran­çois Pa­triat, le pré­sident du groupe LREM au Sé­nat. En at­ten­dant, les listes pour les sé­na­to­riales du 24 sep­tembre ne sont tou­jours pas bou­clées…

L’AD­MI­NIS­TRA­TION AU PAS

Que ce soit à Ber­cy, à l’Intérieur, dans les pré­fec­tures ou en­core les am­bas­sades, Em­ma­nuel Ma­cron en­tend pro­cé­der à un grand re­nou­vel­le­ment de l’ad­mi­nis­tra­tion. Ob­jec­tif : s’as­su­rer que la cour­roie de trans­mis­sion entre le gou­ver­ne­ment et les ser­vices de l’Etat fonc­tionne bien. En clair, que les di­ri­geants de la haute ad­mi­nis­tra­tion soient bien « Ma­cron com­pa­tibles ».

Se­lon BFM, 250 hauts fonc­tion­naires se­raient dans le vi­seur. Dans la seule ad­mi­nis­tra­tion cen­trale, 52 no­mi­na­tions ont eu lieu de­puis le 7 mai, tan­dis que 47 di­rec­teurs ont été re­con­duits.

Ri­chard Fer­rand, le pré­sident du groupe LREM à l’As­sem­blée na­tio­nale, est mon­tré du doigt pour ses ab­sences et te­nu pour res­pon­sable des ca­fouillages de ses dé­pu­tés no­vices.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.