Tu dors? Non, j’ap­prends!

La mé­moire tra­vaille même pen­dant le som­meil. C’est ce que ré­vèle une étude me­née par des cher­cheurs fran­çais.

Le Parisien (Paris) - - SOCIÉTÉ -

au lieu du tra­di­tion­nel « Tu as rê­vé de quoi cette nuit ? », vous de­man­diez plu­tôt à votre bien-ai­mé(e) ce qu’il (elle) a ap­pris ? Car, oui, les bras de Mor­phée sont pro­pices à la mé­mo­ri­sa­tion de choses nou­velles, nous ap­prend une étude me­née par le CNRS et le Centre du som­meil et de la vi­gi­lance de l’hô­pi­tal pa­ri­sien de l’Hô­telDieu, pu­bliée hier dans la re­vue « Na­ture Com­mu­ni­ca­tions ».

« On sa­vait que le som­meil était pro­pice à la conso­li­da­tion des connais­sances de la jour­née, mais, là, on a vu qu’on pou­vait aus­si ap­prendre des cho- ses simples, en l’oc­cur­rence des sons », s’en­thou­siasme le pro­fes­seur Sid Koui­der, cher­cheur au CNRS. Une tren­taine de per­sonnes âgées de 18 à 35 ans ont ac­cep­té de dor­mir avec un étrange casque sur la tête ser­vant d’élec­troen­cé­pha­lo­gramme. Des sti­mu­li — un bruit in­con­nu qui res­semble à un gré­sille­ment de ra­dio — leur ont été dif­fu­sés pen­dant plu­sieurs nuits. « Et ils l’ont ac­quis, c’est-à-dire qu’ils pou­vaient le re­con­naître à leur ré­veil », note le cher­cheur. Mais at­ten­tion, le som­meil est ca­pri­cieux et ne nous laisse pas ap­prendre quand bon nous chante. C’est pen­dant le som­meil lé­ger (soit 50 % de notre nuit) et sur­tout pen­dant le som­meil paradoxal (le mo­ment où l’on rêve, 25 % de la nuit) que la mé­mo­ri­sa­tion s’est opé­rée.

Le der­nier som­meil, le pro­fond, ne nous fe­ra rien ap­prendre. Au contraire, montre l’étude, il nous fait ou­blier, désap­prendre même ! « C’est une phase d’ou­bli. Le cer­veau filtre ce qu’il a ap­pris mais qui lui est su­per­flu, pas né­ces­saire. Il y a une telle au­to­route d’in­for­ma­tions qu’il en laisse, à ce mo­ment-là, sur le bas-cô­té », note Sid Koui­der.

Mais quel in­té­rêt d’ap­prendre des gré­sille­ments ? « C’est une porte ou­verte, ré­pond le cher­cheur. De­main, on pour­ra ap­prendre de nou­veaux mots, des as­so­cia­tions de mots, des phrases. En théo­rie, tout semble pos­sible. » Les ex­pé­riences noc­turnes se pour­suivent, d’ailleurs, avec de joyeux dor­meurs qui tentent d’ap­prendre une langue étran­gère.

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