du ROI FE­LIPE

Notre Ré­pu­blique est en­tou­rée de mo­nar­chies. Mais qui sont ces rois et reines dont on parle si peu ? L’in­dis­pen­sable Sté­phane Bern nous ap­porte son regard éclai­ré. Au­jourd’hui, cap sur l’Es­pagne.

Le Parisien (Paris) - - AU FIL DE L’ÉTÉ - PAR YVES JAEGLÉ

LE NOU­VEAU ROI DÉ­FEND L’UNI­TÉ DU PAYS

POUR UN TEMPS,

et pour toute une gé­né­ra­tion, la mo­nar­chie es­pa­gnole fut la plus évi­dente, la plus né­ces­saire des cours qui semblent à cer­tains si fu­tiles en Eu­rope. Dans les an­nées 1970, à gauche comme à droite, et même de notre cô­té de la fron­tière, on res­pec­tait, on re­mer­ciait même, Juan Car­los, le jeune roi qui avait permis la tran­si­tion dé­mo­cra­tique de l’Es­pagne, le pays de Guer­ni­ca, après la guerre ci­vile de 1936, puis une dic­ta­ture de presque qua­rante ans sous la fé­rule du gé­né­ral Fran­co.

Quand l’au­to­crate meurt fin 1975, ce à quoi l’on as­siste, ce n’ est même pas une res­tau­ra­tion de la mo­nar­chie, mais une « ré­ins­tau­ra­tion », se­lon le mot de Sté­phane Bern, à par­tir de presque rien, avec de nou­velles règles à éta­blir. Dans un Etat fra­gile, le jeune Juan Car­los joue par­fai­te­ment son rôle de ga­rant de la Cons­ti­tu­tion, qu’il vient dé­fendre en pleine nuit à la té­lé­vi­sion lors d’un coup d’Etat mi­li­taire avor­té en 1981, qui a fait trem­bler le pays, et in­quié­té les voi­sins fron­ta­liers. Et puis, quelques dé­cen­nies plus tard, pa­ta­tras. Mo­nar­chie trop par­faite, pas si hon­nête que ça. Juan Car­los ab­dique le 18 juin 2014, à 76 ans, à bout de souffle et de ri­di­cule : le vieux roi est par­ti chas­ser l’élé­phant au Bots­wa­na en ga­lante com­pa­gnie et en pleine crise éco­no­mique.

Son sa­fa­ri et sa double vie sen­ti­men­tale sont érein­tés. Il n’a plus la grin­ta, la niaque. Am­biance de cor­ri­da. Et l’es­to­cade : l’in­fante Cris­ti­na, sa fille, a épou­sé un spor­tif, cham­pion olym­pique de hand­ball… mais éga­le­ment de dé­tour­ne­ment d’ar­gent pu­blic : 6,1 M€ pour l’es­croc, mon prince ! La mo­nar­chie est pas­sée des coups d’éclat aux coups bas. Après l’ab­di­ca­tion, Fe­lipe VI, plus Mon­sieur Propre que sa soeur, de­vient roi presque en ca­tas­trophe. Avec Le­ti­zia, son épouse, il res­taure la Ca­sa Real, la mai­son royale. Le nou­veau mo­narque rend pu­blic son sa­laire : 234 000 € par an, en baisse de 20 % par rap­port à son père. La va­leur n’at­tend pas le nombre des eu­ros.

Dans un pays tra­ver­sé par l’in­dé­pen­dan­tisme, Fe­lipe mul­ti­plie les dé­pla­ce­ments en Ca­ta­logne pour dé­fendre l’uni­té du pays. Mais il doit faire face à un autre front. A la mort du dic­ta­teur Fran­co, la gauche et la droite tra­di­tion­nelles avaient sou­te­nu le pacte de tran­si­tion dé­mo­cra­tique de 1975 à 1982, qui a don­né son as­sise à la mo­nar­chie. Alors que so­cia­listes et conser­va­teurs dé­clinent, Pa­blo Igle­sias, le lea­deur de Po­de­mos, le par­ti de la gauche ra­di­cale en pleine as­cen­sion, a of­fert au roi un cof­fret de la sé­rie « Game of Th­rones » pour lui faire comprendre « la crise po­li­tique » es­pa­gnole. Pas vrai­ment un geste dé­fé­rent. Les douze tra­vaux d’Her­cule de Fe­lipe ne sont pas ter­mi­nés.

Lors de son ac­ces­sion au trône d’Es­pagne en 2014, Fe­lipe VI ne bé­né­fi­ciait que de 40 % d’opi­nions fa­vo­rables. Trois ans après, sa cote de po­pu­la­ri­té a grim­pé jus­qu’à 77 %.

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