Il a gra­vi l’Eve­rest deux fois

Toute la se­maine, nous re­ve­nons sur des prouesses qui ont mar­qué l’an­née. Au­jourd’hui, le Ca­ta­lan Ki­lian Jor­net ra­conte son in­croyable double as­cen­sion du Toit du monde, les 21 et 27 mai, sans oxy­gène.

Le Parisien (Paris) - - AU FIL DE L’ÉTÉ -

tech­niques, des cram­pons, quelques livres. Pre­mier ob­jec­tif : se faire la main avec sa com­pagne sur un « pe­tit » 8000m, le Cho Oyu, à une tren­taine de ki­lo­mètres à vol d’oi­seau de l’Eve­rest. En huit jours, le som­met est at­teint. Quelques jours de ré­cu­pé­ra­tion, puis c’est l’Eve­rest. En en­chaî­nant les deux som­mets, Ki­lian Jor­net est sur­tout dé­jà pré­pa­ré à la prin­ci­pale épreuve, le faible taux d’oxy­gène dans l’air de la « zone de la mort », au-de­là des 7 000 m.

« Juste avant de par­tir, avec mon équipe, j’ai fait des com­pé­ti­tions de ski. Puis, le mois avant, une pré­ac­cli­ma­ta­tion, avec quelques séances en chambre d’al­ti­tude, en hy­poxie (

Et une der­nière se­maine en Eu­rope dans un re­fuge des Alpes à 4000m… » beau­coup… J’ai dé­vo­ré Mi­lan Kun­de­ra, Jo­sep Pla, un Ca­ta­lan, Da­vid Fos­ter Wal­lace. » Et puis, lui qui aime les lé­gumes qu’il cultive avec son amie, le re­grette : « On y mange sur­tout du riz ! »

Adepte d’« ex­pé­di­tions ul­tra­lé­gères », le jeune homme dé­crit son ma­té­riel : « Sac à dos de 6-7 kg, com­bi­nai­son en du­vet, chaus­sures à cram­pons, lampe fron­tale, 2l d’eau. Plus des moufles, du gel éner­gé­tique pour le sucre, un pio­let, une ca­mé­ra et des lu­nettes de so­leil. »

Les éco­no­mies se font aus­si sur le temps des tra­jets, jus­qu’au mo­nas­tère de Rong­buk, son point de dé­part. « Après le vol Ge­nève-Kat­man­dou au Né­pal, la de­mi-jour­née pour les vi­sas, le vol vers Lhas­sa au Ti­bet, et une quin­zaine d’heures de route… Ce qui prend une se­maine et de­mie, on l’a fait en trois jours. »

Son idée : un « single push » (une ex­pé­di­tion sans in­ter­rup­tion) en vingt-six heures de­puis Rong­buk, par la face nord de l’Eve­rest. Cette ex­pé­di­tion clôt « les Som­mets de ma vie », une sé­rie en­ta­mée en 2012, qui fe­ra bien­tôt l’ob­jet d’un do­cu­men­taire. Ki­lian Jor­net a choi­si la voie la moins fré­quen­tée : « Au sud, il y a la cas­cade de glace du Khum­bu, c’est trop dan­ge­reux sans les cordes fixes. » Mais comment se pré­pare-t-on à l’Eve­rest ?

« J’ai com­men­cé quand je suis né. Je m’en­traîne tous les jours de­puis mes 13 ans : six cents heures par an et le double au­jourd’hui. C’est cette base qui fait qu’on est phy­si­que­ment ca­pable. Je n’ai pas chan­gé pour l ’ Eve re s t . E n h ive r : s k i e t al­pi­nisme entre deux et quatre heures le ma­tin et une heure et de­mie l’après-mi­di. L’été, entre trois et huit heures de course à pied. » Il faut aus­si se pré­pa­rer au risque : « Pour être à l’aise dans des si­tua­tions dif­fi­ciles, j’ai fait plus d’ac­ti­vi­té en­ga­gée. C’est-à-dire une tech­nique où l’on ap­prend à se rap­pro­cher, phy­si­que­ment et men­ta­le­ment, du mo­ment où l’on se dit :

» Im­per­tur­bable, Ki­lian Jor­net ex­plique : « Je dis­cute beau­coup avec des amis yo­gis pour ar­ri­ver à me dé­ta­cher de mes émo­tions. J’y ar­rive dans des gestes tech­niques, où c’est l’ins­tant pré­sent qui compte. Où est-ce que je mets la main ? Le fu­tur n’existe pas, le pas­sé non plus. Quand tu fi­nis, tu sens une fa­tigue men­tale. En soi, c’est une mé­di­ta­tion. »

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