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To­ny Gat­lif signe un film poi­gnant, poé­tique, gor­gé de danses et de mu­siques, sur l’exil, dont ce­lui ac­tuel des mi­grants.

Le Parisien (Paris) - - LOISIRS | CINÉMA & CULTURA - CA­THE­RINE BALLE

vec « Djam », To­ny Gat­lif re­vi­site le thème qui l’ob­sède : l’exil. Le réa­li­sa­teur de « Gad­jo Di­lo », 68 ans, met en scène le pé­riple d’une Grecque en Tur­quie, mais ce­lui-ci n’est qu’un pré­texte pour d’en­ivrantes scènes de chants et de danses re­bé­ti­ko, la mu­sique des Grecs chas­sés de Tur­quie en 1922. En toile de fond, Gat­lif parle des mi­grants afri­cains qui tran­sitent par la Grèce et la Tur­quie. Sur sa route, Djam croise des ins­crip­tions lais­sées par des ré­fu­giés ou des gi­lets de sau­ve­tage aban­don­nés…

De la mu­sique re­bé­ti­ko, que j’ai dé­cou­verte il y a trente-cinq ans en Tur­quie. J’en avais écou­té dans une ta­verne et j’avais été fas­ci­né par ces gens qui dan­saient sur la table. J’avais aus­si été sé­duit par ces chan­sons qui ont à voir avec la mu­sique tzi­gane, le blues, le jazz… Le re­bé­ti­ko, c’est une mu­sique de mal-ai­més. Et j’ai eu l’idée de Djam, ce per­son­nage fé­mi­nin ex­trê­me­ment libre. Oui, c’est ce que je connais par coeur. J’ai vé­cu l’exil des pieds-noirs quand je suis ar­ri­vé d’Al­gé­rie en France en 1960. Je me sou­viens en­core pré­ci­sé­ment de ce que j’avais dans ma valise, alors que je n’avais que 12 ans. Ce qui me pas­sionne, c’est ce qu’on ap­porte dans son exil, c’est-à-dire sa culture. eu lieu les at­ten­tats du 13 No­vembre. J’ha­bite à deux pas du Ba­ta­clan et ce­la m’a tel­le­ment cho­qué que des jeunes viennent tuer d’autres jeunes que j’en avais la nau­sée. J’ai ar­rê­té d’écrire, de pen­ser. Et puis, comme je vou­lais par­ler de Djam, cette femme re­belle, mais non vio­lente, j’ai re­pris mon scé­na­rio. Et j’ai dé­ci­dé d’y in­té­grer les ré­fu­giés parce que, en tant que ci­néaste, j’écris la vie. J’ai choi­si de par­ler d’eux à tra­vers leurs « traces » — les ins­crip­tions, les gi­lets de sau­ve­tage… — parce que ça au­rait été vul­gaire de re­cons­ti­tuer un nau­frage de ré­fu­giés. Je ne me voyais pas de­man­der à un ma­chi­niste de ti­rer sur le fil d’un ca­not pneu­ma­tique… D’ailleurs, j’ai re­fu­sé de mon­trer les chaus­sures d’en­fants ré­fu­giés que j’ai trou­vées sur les lieux. Ça au­rait été tire-larmes. On ne fait pas du ci­né­ma avec une ca­tas­trophe hu­maine.

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