DES SENTINELLES DEVENUES DES CIBLES

A Le­val­lois, hier ma­tin, les sol­dats de l’opé­ra­tion Sen­ti­nelle ont été l’ob­jet d’une at­taque. C’est la sixième fois en deux ans.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - PAR JU­LIEN CONSTANT ET AN­TO­NY LIEURES

SIXIÈME AT­TAQUE TER­RO­RISTE me­née en deux ans contre des sol­dats de l’opé­ra­tion Sen­ti­nelle. Hier ma­tin, à Le­val­lois (Hauts-de-Seine), un homme de 37 ans a lan­cé sa voi­ture contre les mi­li­taires qui s’ap­prê­taient à pa­trouiller dans la ville. Les jours des mi­li­taires ne sont pas en dan­ger et leur agres­seur a été ar­rê­té quelques heures plus tard. Le pire a été évi­té.

Om­ni­pré­sents dans les rues du pays, les sol­dats sont de­ve­nus des cibles ou­ver­te­ment dé­si­gnées par le groupe Etat is­la­mique… mais aus­si un ren­fort pour pa­trouiller dans les villes et ras­su­rer les po­pu­la- tions. Cette nou­velle agression a aus­si­tôt re­lan­cé le dé­bat sur la pé­ren­ni­sa­tion de ce dé­ploie­ment de 7 000 sol­dats, mo­bi­li­sés de­puis les at­ten­tats de Pa­ris en 2015 pour ef­fec­tuer aux cô­tés des forces de l’ordre des mis­sions de sé­cu­ri­sa­tion ci­vile.

300 PO­LI­CIERS MO­BI­LI­SÉS POUR INTERPELLER LE SUS­PECT

Vers 7 h 45, place Ver­dun, à Le­val­lois, une BMW s’en­gage dans une al­lée qui mène au foyer où les mi­li­taires de Sen­ti­nelle se re­posent. La voi­ture per­cute le vé­hi­cule de pa­trouille des sol­dats qui, sous l’ef­fet du choc, heurte les six hommes du 35e ré­gi­ment d’in­fan­te­rie de Bel­fort qui s’ap­prê­taient à par­tir en pa­trouille. « Quatre sol­dats sont lé­gè­re­ment bles­sés et deux autres sont plus sé­rieu­se­ment tou­chés : l’un d’eux souffre de dou­leurs à la co­lonne ver­té­brale et le se­cond au­rait la cla­vi­cule cas­sée », as­su­rait, hier, une source proche de l’af­faire. La BMW s’en­fuit en trombe. « J’ai tout de suite re­gar­dé à la fe­nêtre et les mi­li­taires étaient en émoi, té­moigne Vi­viane, 56 ans. J’ai eu le temps de voir une grosse voi­ture tour­ner dans la rue à toute vi­tesse. »

Les bles­sés sont conduits à l’hô­pi­tal Per­cy de Cla­mart (Hauts-de-Seine) et à l’hô­pi­tal Bé­gin à Saint-Man­dé (Val-de-Marne), les mi­nistres de l’In­té­rieur, Gé­rard Col­lomb, et des Ar­mées, Flo­rence Par­ly, se rendent à leur che­vet. « Je condamne avec la plus grande fer­me­té cet acte lâche qui n’en­tame pas la dé­ter­mi­na­tion des mi­li­taires à oeu­vrer pour la sé­cu­ri­té des Fran­çais », dé­clare la mi­nistre des Ar­mées.

L’at­taque a cho­qué les ha­bi­tants et les élus de la com­mune. « C’est un acte odieux », a im­mé­dia­te­ment dé­non­cé le maire (LR) de Le­val­lois, Pa­trick Bal­ka­ny. La com­mune abrite de­puis en­vi­ron deux ans une cin­quan­taine de mi­li­taires de Sen­ti­nelle dans un lo­cal mis à leur dis­po­si­tion par la mai­rie. « On a en­ten­du un grand bruit de fer­raille, et les mi­li­taires qui criaient », ra­conte Jean­Claude, 70 ans, re­trai­té.

Trois cents po­li­ciers sont alors mo­bi­li­sés pour re­trou­ver la voi­ture. C’est la pré­sence d’es­prit d’un jeune po­li­cier en stage au com­mis­sa­riat d’Ar­gen­teuil (Val-d’Oise) qui se­ra dé­ci­sive pour la suite. Il voit pas­ser une grosse voi­ture noire, à l’avant ac­ci­den­té, et re­lève le nu­mé­ro d’im­ma­tri­cu­la­tion qu’il trans­met à sa hié­rar­chie. Les en­quê­teurs dé­couvrent qu’il s’agit de la voi­ture de l’agres­seur de Le­val­lois, qui vient d’une agence de lo­ca­tion. Grâce au GPS, ils la re­pèrent en­ga­gée sur l’A16 au ni­veau de Leu­lin­ghen-Bernes (Pas-de-Ca­lais). Vers 13 h 30, les hom­mes­de­la­bri­ga­de­de­re­cherches et d’in­ter­ven­tion de la police ju­di­ciaire de Lille (Nord) et Rouen (Sei­neMa­ri­time) mettent en place un bou­chon sur la voie ra­pide pour « l’en­ca­ger ». Lorsque la BMW ar­rive, son conduc­teur re­fuse de s’ar­rê­ter. Il heurte une voi­ture de police avant d’es­quis­ser un geste qui fait pen­ser aux forces de l’ordre qu’il va s’em­pa­rer d’une arme. Les fonc­tion­naires ouvrent le feu et blessent Ha­mou Ben­la­trèche de cinq balles. « Il a vi­si­ble­ment ten­té de se faire tuer par la police, ex­plique une source proche de l’af­faire, car il n’y avait pas d’arme dans sa voi­ture. » L’homme a été conduit à l’hô­pi­tal dans un état grave.

Dans l’après-mi­di, les en­quê­teurs de la bri­gade cri­mi­nelle de la police ju­di­ciaire pa­ri­sienne et les po­li­ciers de la DGSI (Di­rec­tion gé­né­rale de la sé­cu­ri­té in­té­rieure) ont me­né plu­sieurs per­qui­si­tions au do­mi­cile du sus­pect et chez des per­sonnes de son en­tou­rage à Be­zons (Val-d’Oise) et ailleurs en Ile-de-France, pour ten­ter de sa­voir s’il a bé­né­fi­cié de com­pli­ci­tés.

Le­val­lois-Per­ret (Hauts-de-Seine), hier ma­tin. Les mi­li­taires s’ap­prê­taient à par­tir en pa­trouille quand ils ont été at­ta­qués.

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